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| | | Histoires Courtes pour lecture rapide | |
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Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 6 Nov à 14:32 | |
| Oui, je sais. En retard, comme d'habitude : ________ « Tout finit toujours par s’arranger »________ Lacey Wratz, la fille du Shériff Wratz. Voilà pourquoi elle était sur la photo dans le journal. Elle venait juste voir son papounet ; rien à voir avec une justice quelconque qui ferait que les mauvais seraient punis comme dans les films. Un peu déçue, Kane descend du bus après la fin des cours pour rejoindre le garage le plus fréquenté de la ville "Earnie's", du nom de son propriétaire. Elle entre par la porte de garage presque toujours ouverte, jour et nuit. Ce qui ne veut pas pour autant dire que quelqu'un y travaille d'ailleurs. Elle passe près d'un véhicule suspendu en l'air qu'elle pense reconnaître comme étant sa vieille Mercury mais voilà que c'était encore l'espoir qui lui jouait des tours. Elle entre plus profondément dans le bâtiment et arrive dans une pièce plus grande, remplie de véhicules en tous genres, tous en réparations. Elle entend alors la voix d'un jeune homme avec un petit accent mexicain presque inaudible suivie de quelques rires féminins. Elle s'approche et trouve Rico, le neveu de Earnie en train de discuter avec une femme apportant sa voiture accidentée. Il semble lui montrer comment prendre le niveau d'huile. Kane observe d'abord la scène sans rien dire quand Rico commence à caresser la main de la femme. Kane, se sentant embarrassée, se décide à parler : - Euh... Excusez-moi. Vous êtes Rico? A ces mots, la main de Rico se rétracte et la femme ose à peine regarder la jeune fille, gênée. - Bien, merci Rico. Je... Je passe la chercher demain? demande la femme en prenant bien soin de ne pas regarder Kane. - Demain, oui. Sans problème, répond le garagiste qui ne semble pas gêné le moins du monde. La femme quitte la pièce en jetant des petits regards frénétiques derrière elle. Comme pour s'assurer qu'on ne la juge pas du regard : - Kane, j'imagine? Oncle Earnie m'a dit que tu passerais. - Il le savait? s'étonne Kane. Il m'avait dit que j'avais la semaine pour y réfléchir. - Et quand on a besoin d'argent, on réfléchit vite, reprend Rico en s'essuyant les mains dans un chiffon. Il se dirige vers la salle plus petite à l'entrée où la voiture est toujours en suspension. Kane le suit. "T'as jamais travaillé dans un garage, hein?" - Oui, c'est vrai je débute... Mais j'apprends vite, affirme Kane. - Ouais, c'est comme ça que j'ai appris aussi. "Vite"! - Ah, ce n'est pas une passion? Rico appuie sur un bouton pour faire descendre le véhicule au niveau du sol. - J'ai été viré de la fac... D'ailleurs, au passage, bosse bien à l'école. C'est pour ton avenir. Ensuite j'avais besoin d'un boulot et Earnie m'a tout de suite pris. J'ai eu de la chance... ajoute-t-il en soupirant. La voiture au sol, Rico ouvre le capot. - Les études supérieures sont vraiment aussi dures ou est-ce que les adultes essaient de nous effrayer pour nous faire bosser? demande Kane en plaisantant. - Oh c'était pas pour les notes, mais bon... Tu sais... "des affaires d'étudiants", conclue Rico. - J'imagine que je le saurais quand j'y serais. - Allez, on s'y met. Pour commencer je vais te montrer ce que c'est qu'un moteur. - Euh... Je ne vais pas commencer aujourd'hui? s'étonne Kane. - Nan. Je vais pas te demander de te salir dès le premier jour. Je vais devoir te trouver une combi d'abord. Aujourd'hui, c'est cours théorique, explique Rico. - Génial. - Le moteur se compose toujours, je dis bien toujours de la culasse, qui recouvre le bloc moteur. Le bloc moteur c'est tout le reste. C'est l'armature principale si tu veux. Il s'arrête brusquement en la regardant alors qu'elle acquiesce de la tête : - Oui, le "bloc moteur" donc, dit Kane en essayant de le relancer dans son explication. - T'as pas besoin de prendre des notes? s'étonne Rico. - Euh, oui, oui. Je vais prendre mon cahier, répond-t-elle en fouillant dans son sac. - Nan, nan. Va pas gâcher du papier. Prends plutôt ton portable. - Euh... Ce n'est pas un de ces téléphones qui fait caméra, appareil photo, micro-ondes et sèche cheveux, vous savez, répond Kane gênée par son portable antique - Quasiment tous les téléphones font magnéto. T'enregistres en message vocal, explique le garagiste. Kane sort son portable et le donne à Rico qui presse quelques touches successivement : "Et là, ça enregistres ce que je dis." Il appuie sur une touche et, miracle de la technologie : "Et là, ça enregistres ce que je dis" Rico lui rend le portable, fier d'avoir initié une personne à cette petite combine : - Ah, merci. Et dire que je ne m'en doutais même pas. Elle tient son portable devant elle comme si elle s'adressait à une personne : Téléphone, tu remontes soudain dans mon estime. - Allez, on reprend. T'auras les bases d'ici demain. C'est vrai, Kane ne prend pas souvent des notes. Elle a de la mémoire. Une très bonne mémoire. Et c'est bien là son seul atout. Au moins, elle pourra s'en sortir pour obtenir son diplôme l'an prochain. En espérant qu'elle aura réglé quelques uns de ses problèmes d'ici là. Pour l'instant, elle semble avoir retrouvé un emploi. Reste à s'occuper de la protection de l'enfance et de sa voiture. Avec un peu de chance, elle pourra la récupérer. D'autant plus qu'elle a un plan. Après une nuit agitée de pleurs et de cauchemars pour son petit Jun, Kane part pour le lycée pour essayer d'arranger les choses. Avec, pour une fois, le sentiment qu'elle a une chance de réussir. Elle rejoint un groupe de jeunes filles sur le parking dès son arrivée. L'une d'entre elles est Lacey Wratz, la fille du Shérif. Kane a eu le temps de réfléchir et elle en vient à la conclusion que Lacey n'a peut-être rien à voir avec sa punition pour avoir sécher l'heure de prière mais que le coup de la fourrière a toutes les chances d'être une manière de se venger, un peu extrême au passage : - Salut, tu te souviens peut-être pas de moi. La fille au "tas de boue"? demande Kane - Je suis avec mes copines, là. Ca se voit pas? répond Lacey, méprisante. Kane plonge la main dans sa poche : - Je voulais juste te demander... - Rien du tout. Je te connais pas, moi. - Juste deux minutes, s'il te plaît? supplie Kane. Lacey se tourne vers ses amies qui comprennent aussitôt que ces deux minutes vont durer un peu plus : - Bon, tu veux quoi alors? - Je veux que tu saches que je ne t'en veux pas pour avoir envoyé ma voiture à la fourrière et j'espère qu'on pourra oublier ce petit incident et rester amies. - Je suis assez d'accord, sauf pour la fin. J'ai pas besoin d'amies. C'est toi la sans amis, ici, s'exclame Lacey. Kane ne réagit pas à cette remarque en apparence mais elle ressent un petit choc de l'entendre pour la première fois. Elle connaissait sa condition sociale mais on ne lui avait jamais définit aussi clairement : - Tu veux dire que c'est toi qui a fait ça? Le témoignage anonyme à la police ; c'était toi? demande Kane. Devant n'importe qui d'autre elle aurait probablement menti pour se couvrir mais pas devant Kane. La fille est une vraie paria, personne ne se soucie de son avis et sa parole face à celle de la fille du bon Sheriff Wratz ne vaut absolument rien. Le pot de terre contre le pot de fer. La populaire contre l'impopulaire. Le risque zéro personnifié. - Marrant, hein? - Non, pas du tout! Comment je vais récupérer ma voiture? - Mais de quoi tu te plains. Ca fait 48 heures, va la récupérer point! Tu vas pas me prendre la tête avec ça, lance Lacey en s'éloignant. Kane la rattrape à grands pas : - Tu sais, bien sûr, qu'un faux témoignage peut être considéré comme un crime, dit Kane, une idée derrière la tête à l'évidence. - Mon père est shérif, ok? Tu ne m'apprends rien du tout, répond Lacey, exaspérée. - C'est vrai... Désolée de t'avoir fait perdre ton temps. - Tu peux, ouais. Elle s'éloigne et entre dans le bâtiment principal. Kane la regarde entrer en souriant avant de sortir son portable de sa poche et de mettre fin à l'enregistrement des aveux de Mademoiselle Wratz. Kane ne peut pas récupérer sa voiture sans un vrai permis en règle mais peut-être que Lacey pourrait en faire la demande à son papounet sous peine de diffuser ces aveux. Aujourd'hui c'est Jeudi, et comme tous les jeudis Kane a rendez-vous avec Mademoiselle Ashton, la psychologue du lycée pendant l'heure de permanence. Mais cette séance est spéciale. Elle a vraiment son importance puisque Mlle Ashton jugera aujourd'hui de la qualité des progrès de Kane depuis ses dernières semaines et décidera ou pas d'une autre série de rendez-vous. Depuis ses deux dernières années, ses rendez-vous ont été de plus en plus fréquents. Au départ une fois par trimestre, par mois, puis par semaine. C'est quasiment la seule cliente de Mlle Ashton au lycée. Mais évidemment, comme tous les professeurs du lycée St John, Mlle Ashton est une psychologue affiliée à l'église ce qui rend son travail parfois un peu compliqué. Elle respecte malgré tout le secret professionnel, même vis-à-vis des prêtres de l'établissement. C'est Monseigneur Mulligan qui a conseillé ces entrevues à Kane dès son retour au lycée. C'était sa matière supplémentaire personnel. Presque son atelier hebdomadaire. Kane est assise dans une chaise ancienne mais confortable dans le bureau boisé de Mlle Ashton assise dans le même type de fauteuil face à elle. Elles sont devant le bureau car Mlle Ashton pense que le bureau est une barrière entre elle et ses "patients" qui les met mal à l'aise la plupart du temps. Et puis, au bout de deux ans de rendez-vous avec Kane, c'est devenu une habitude : - Alors. Tu penses savoir où tu en es, dans ta vie de tous les jours? demande Mlle Ashton, une feuille sur un dossier posé sur les cuisses. - Oui, enfin... Ouais, je pense que je sais où je vais. - Tu n'as pas l'air très convaincue par toi-même. Je me trompe? - Je cherche encore un peu... Je vais me concentrer sur mes études pour l'instant. - Je vois... Donc, tu as changé d'avis sur la qualité de ta vie? Quand tu disais qu'elle était... Elle fouille dans l'épais dossier de Kane : "Temporairement brisée" - Ma vie n'est pas brisée. Je dirais plutôt qu'elle est... effritée? explique Kane, confuse. - Et tu penses être en mesure de faire quelque chose? - Je vais faire des efforts, c'est promis. Je vais m'intégrer, je vais participer aux activités de groupes... Je vais retourner au club d'échecs, pour commencer ! - Doucement, doucement. Tu as le temps. Personne ne te demande de devenir la fille la plus populaire du lycée. Essaie juste de te sociabiliser progressivement. - Bien sûr. Je vais y aller "doucement", répond Kane en esquissant un sourire. Mlle Ashton note quelques mots sur une feuille avant de la ranger dans le dossier : - Alors je crois que nous avons fini. Enfin, en ce qui me concerne, tu as fait énormément de progrès depuis notre première entrevue. - Est-ce que je dois comprendre que nous allons rompre dans notre relation intime lycéenne dépressive/psychologue? - Oh, mais garde bien à l'esprit que si tu veux parler il suffit de venir. Au pire tu appelles le numéro vert, dit-elle en le montrant du doigt, sur une pancarte au mur. - Ne le prenez pas mal mais je ferais de mon mieux pour ne pas avoir à le faire, répond Kane en souriant. Elles se lèvent toutes les deux et Mlle Ashton va ranger le dossier de Kane dans un casier qu'elle ferme à clé. - Je te souhaite une bonne journée, Kane. Vraiment, dit Mlle Ashton affichant un grand sourire sincère, presque rassurant. Kane répond par un sourire et referme doucement la porte derrière elle. Il y a quelques moments comme ça où Kane mériterait vraiment un bel Oscar pour sa prestation. Bien sûr que non, elle ne va pas mieux. Pas du tout. Sa situation actuelle est peut-être pire qu'à l'époque alors qu'elle n'était déjà pas bien reluisante. Mais voilà, elle vient de libérer une heure pour un boulot potentiel et ça c'est essentiel si elle veut s'en tirer. Pour faire bref, disons qu'elle a toujours autant de problèmes qu'il y a deux ans mais qu'ils ont évolué ainsi que Kane qui a appris à y faire face. Mais comme souvent, cette interprétation de la "jeune fille décidée à rendre sa vie meilleure", l'a fait réfléchir. Peut-être a-t-elle réellement une chance de passer à autre chose et de vivre sa vie comme n'importe quelle adolescente de son âge? A peine s'est-elle posée la question qu'elle aperçoit Lacey et ses amies traverser le couloir. Non, Kane ne peut pas avoir la vie d'une adolescente de son âge. D'ailleurs, peut-être même qu'elle n'en veut pas. ... _________________  |
|  | | Peter Administrateur

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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 6 Nov à 14:37 | |
| ...Kane fouille dans son sac et en sort son téléphone. L'opération "chantage" commence. Ou devrait commencer car à peine a-t-elle composé le numéro de la jeune fille, qu'elle a pu récupérer à l'accueil du parking du lycée, qu'elle est coupée dans son élan par Mme Watson : - Kane? Vous ne devriez pas être en salle de prière pour la punition? - J'y vais justement. Je dois juste passer un petit coup de fil, dit-elle en montrant son téléphone. Oh, au fait ! - Oui? répond Mme Watson. - Vous avez déjà donné ma place au club échec? - Je crains que oui, mais je vous avais prévenu... explique Mme Watson, s'excusant presque d'avoir tenu ses engagements. - Oui, bien sûr. Je comprends bien. Vous me l'aviez gardé déjà assez longtemps et je vous remercie. - Vous pourrez peut-être la récupérer en discutant avec votre ami, ajoute-t-elle en souriant. - Mon ami? - Oui, Jun. C'est lui qui a récupéré votre place. - Je vois... - Vous êtes amis, non? demande Mme Watson, inquiète d'avoir fait une gaffe. - Quelque chose comme ça, oui. Mme Watson s'éloigne comme elle est venue au bout du couloir. Kane la regarde partir, tout sourire. Elle vient d'en avoir la preuve, la vie est une garce mais le lycée est une jungle. Loi du plus fort ? Non, du plus rusé. Jun a encore frappé, mais ce n'est pas un problème. Kane est vraiment à même de définir ce qu'est un "problème". Lacey Wratz ; le seul problème pour l'instant. Kane compose le numéro de Lacey sur les touches d'une cabine téléphonique murale et attend. Elle ne semble pas être très pressée de décrocher, il ne reste plus qu'à laisser un message. Kane va chercher les aveux de Lacey sur son portable et le colle au combiné du fixe en lançant la lecture après le bip sonore : - Lacey, c'est Kane la fille au tas de boue. J'ai un message pour toi, dit-elle avant de lancer l'enregistrement : "- Tu veux dire que c'est toi qui a fait ça? Le témoignage anonyme à la police ; c'était toi? - Marrant, hein? - Non, pas du tout! Comment je vais récupérer ma voiture? - Mais de quoi tu te plains. Ca fait 48 heures, va la récupérer point! Tu vas pas me prendre la tête avec ça," Elle arrête la lecture du message mais l'efface par accident : - Oh non, c'est pas vrai ! s'exclame Kane avant de raccrocher le combiné de la cabine murale. Elle a effacé son seul moyen de pression. Heureusement, le message est passée. En espérant qu'elle n'aura pas à le faire écouter à nouveau, elle range le portable dans son sac et se précipite vers la chapelle. Le père Joseph est debout devant l'autel, les bras croisés et son air sévère habituel. Jun est avachi à l'extrémité premier banc de la rangée de gauche. - Un peu de tenu, quand même ! Jun se redresse en grommelant et jette un oeil vers l'entrée au fond de la salle. Le père Joseph en fait autant et en profite pour regarder sa montre : - Si jamais j'apprends qu'elle sèche cette heure de... Avant qu'il ne finisse sa phrase, Kane pousse les portes de la petite chapelle en prenant l'air essoufflée : - Kane, pile en retard ! lance Jun, fier de lui. - Ah... Je suis désolé père Joseph... - Oui, oui, comme toujours. Allez installez-vous vite là. Elle s'avance et va s'asseoir à l'extrémité du premier banc de la rangée de droite. Jun et Kane se jettent un regard furtif, chacun à une extrémité de la pièce. Le père Joseph regarde sa vieille montre mécanique et redescend la manche de sa soutane par dessus : "Bien, vous savez très bien pourquoi vous êtes là. Vous avez été jugés coupables et vous venez ici afin de payer pour vos fautes. Je tiens à vous dire que c'est le principal qui a choisi une heure de punition pour vous. Personnellement je vous aurais collé aux travaux d'intérêts généraux... - Ou au goulag, coupe Jun presque en chuchotant. Kane s'empêche de rire in extremis à cette remarque. - Vous dites ? demande le père Joseph - Et si on commençait ? rattrape Kane Le père Joseph quitte progressivement Jun des yeux et reprend sur le même ton strict : - Vous resterez ici 60 minutes au minimum. Pas de pause pipi, pas de coup de téléphone, pas de discussion. Rien que le silence. Réfléchissez à ce que vous avez fait. Pensez à votre avenir. Top ! Il se dirige alors vers la sortie alors que ses pas résonnent dans toute la petite chapelle. Il s'arrête brusquement et se retourne vers les punis qui en font autant pour le voir : "Inutile de vous dire que si jamais vous tentiez de me rejouer La Grande Evasion, des sanctions plus lourdes seront prises à votre encontre. Sur ce, je surveille l'entrée principale si jamais vous avez besoin de moi." Sur ces mots il se dirige vers la sortie et pousse les portes qu'il prend bien soin de refermer derrière lui. Il aimerait beaucoup pouvoir fermer à double tour derrière lui mais voilà : les consignes de sécurité ne le lui permettent plus comme dans le temps. Le silence s'installe lentement alors que s'écoulent les premières secondes de leur détention. Kane se rapproche de l'allée centrale en glissant le long de son banc pour se rapprocher de Jun de l'autre côté de l'allée, tout au bout du banc : - Alors Scofield, dis-moi que tu as plan pour nous faire sortir d'ici, tatoué quelque part, lance Kane, tout sourire. - Il dit ça pour nous faire peur. Si on essayait de filer on prendrait la sortie de derrière, évidemment. Et c'est là, qu'il nous attend. - On dirait que t'as tout prévu, remarque Kane presque sérieuse. - A peu près tout, ouais. Jun se rapproche de l'allée centrale à son tour en traînant son sac derrière lui le long du banc. - Et t'avais prévu de me piquer ma place au club d'échecs ? - Hé, je ne t'ai rien piqué. Tu n'y allais pas depuis des semaines, se défend le jeune homme. - C'est vrai, je le reconnais mais... Entre nous. Qu'est-ce que t'y connais aux échecs ? - Suffisamment, t'inquiète pas. - Par exemple ? - Par exemple je sais que quand un pion quitte une case un autre pion peut prendre sa place. Kane prend une petite seconde pour décrypter le message de Jun et pour tenter de lui attribuer une signification quelconque mais finit par abandonner. Trop d'efforts. L'humour la sortira de cette mauvaise passe comme toujours : - Est-ce que c'est encore une de te profondes métaphores existentielles pour dire que nous sommes des pions ? demande Kane, tout ce qu'il y a de plus sarcastique. - Nous ? Non ! Toi à la limite, peut-être. Moi je me verrais plus comme un... "Garde" ? Curieusement, Kane ressent un vrai bien être d'un coup. Cette heure de punition se révèle être son heure la plus détendue depuis des semaines. Elle domine, elle est même sur le point d'asséner un coup verbal presque fatal à son adversaire. Mais son bonheur temporaire n'a rien de surprenant parce qu'elle est avec Jun. Son autre Jun. Le Jun. Elle prend donc le temps de profiter du moment avant d'enchaîner : - Ca me fait plaisir que tu aies pris ma place. - Ah ouais, s'étonne Jun - Oui. Au moins je suis sûre que tu ne tarderas pas à te faire éliminer. Au passage, le "garde" aux échecs : ça n'existe pas. Jun se met alors à réfléchir intensément à la question alors que Kane se détend, satisfaite de sa rhétorique. Soudain, quelqu'un semble vouloir entrer. Chacun glisse à l'autre bout de son banc, l'air de rien. Monseigneur Mulligan entre dans son habit habituel, un chapelet à la main. Il jette un oeil vers les bancs et aperçoit des cheveux qu'il croit reconnaître comme ceux de Kane. Il s'avance le long de l'allée centrale et arrive au niveau du premier banc : - Kane, qu'est-ce que vous faites là? - Oh, disons que je suis... Punie. Vous savez, pour l'heure de prière. - Oh, pas encore cette histoire. Ca devient ridicule. - Oui mais ce sera terminé dans approximativement... 49 minutes? - Ecoutez, je vais vous laissez y aller. Je m'occuperais du père Joseph, d'accord. Il n'est pas nécessaire d'effriter votre vie plus que ça... Il est brusquement coupé dans son élan de générosité par une sensation étrange. Comme s'il n'était pas seul avec Kane dans cette chapelle. Cette impression que quelqu'un vous observe. Rien à voir avec Dieu cette fois, juste Jun assis derrière en silence qui lui coupe la parole : - 51 minutes en fait, dit-il pour corriger l'estimation de Kane. Vous êtes sérieux pour la libération anticipée, Monseigneur ? Mulligan se retourne un peu surpris et, semble-t-il, un peu déçu. Il s'efforce de lui sourire pour seule réponse et se tourne vers Kane : - Je dois aller à l'hôpital tout de suite, je vous laisse y aller. Tous les deux, bien sûr. - C'est très gentil de votre part, répond Kane. J'étais préparé à passer les prochaines minutes, moulée par le banc en bois massif, enchaîne-t-elle en plaisantant. - Vous savez, dans la vie, tout finit toujours par s'arranger, explique Mulligan avec un sourire bienveillant. C'est alors qu'une voix se fait entendre en provenance du couloir qui mène à la chapelle. C'est celle de Mme Watson. Elle entre, un grand manteau sombre dans les bras, elle-même étant vêtue d'un imperméable beige pâle. Elle approche de Monseigneur Mulligan le visage vide jusqu'à apercevoir les deux jeunes gens qui lui donnent brusquement le sourire : - Monseigneur, votre manteau. - Je vous remercie, dit-il en l'enfilant avec l'aide de Mme Watson. Les deux adolescents se lèvent et s'étirent de leurs quelques minutes de stabilité : "Je vous souhaite une bonne journée malgré tout. Tâchez de ne plus sécher les cours à l'avenir." - Promis, répond Kane - On va essayer, marmonne Jun. Les deux adultes quittent la chapelle en silence, laissant les jeunes plantés comme des piquets au milieu de l'allée centrale. "Tout finit toujours par s'arranger." Tout ce que Kane espère c'est qu'elle sera encore là pour le voir. ... _________________  |
|  | | Peter Administrateur

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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 6 Nov à 14:41 | |
| ...Jun jette un regard circulaire autour de lui en se demandant ce qu'il fait encore là à attendre alors qu'ils sont légalement exemptés de punition. Il se dirige vers la sortie puis s'arrête en se tournant vers sa camarade. Kane semble perdue dans ses pensées, un peu inquiète : - Mulligan a dit qu'il allait à l'hôpital... Est-ce qu'il est malade ? - J'en sais rien. On s'en va, on verra après OK ? répond Jun - Euh... Ouais, ouais... Mais tu sais, personne ne t'empêche de sortir là. - Tu sais que t'as raison, dit-il en se précipitant dehors. Fin de l'heure de détente. Retour à sa vie "infernale". Elle aura pu souffler un peu et Kane sait qu'elle ne peut pas en espérer plus. Dans le bus pour aller au Pick-A-Chick'n, Kane a pris ses marques. Pour être tranquille, elle vise la place du fond avant 16 heures où personne ne veut s'installer sachant que les clodos et les voyous y passent le plus clair de leur temps de nuit. Sinon, et comme aujourd'hui, la place située au dessus de la roue avant droite pour profiter d'une petit radiateur à ses pieds tout en gardant les yeux sur le trajet par la vitre et sur le plan du bus affiché de l'autre côté au dessus de la vitre sur un panneau éclairé. Elle peut aussi contrôler qui monte dans le bus et ainsi juger du risque potentiel que va représenter le trajet. Au pire, elle préfère aller à pieds que risquer sa vie. Kane ne prends jamais de risques inconsidérés. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elle n'en prend pas du tout. Alors qu'elle est perdue dans ses pensées habituelles, payer les factures, tenter de récupérer sa place à la boîte de télémarketing, Jun... Son téléphone se met à sonner. Numéro Inconnu. Elle décroche : - Allo? - Allo, Mademoiselle Kane ? demande une voix rauque. - Oui, c'est bien moi. Qu'est-ce que... - Service de Protection de l'Enfance. Vous avez bien reçu notre courrier ? Soudain, Kane se sent oppressée, prisonnière de ses responsabilités qui lui reviennent brusquement en plein visage alors qu'elle soufflait enfin. Malgré ses efforts, il semble qu'il y ait toujours cette force qui lutte contre elle et qui l'écrase aux moments les plus inopportuns. - Euh... Oui, je l'ai... J'ai vu ça. - Navré de vous déranger, votre concierge nous a donné votre numéro. Elle revoit le visage de son petit Jun qui sourit en l'accueillant à son retour des cours lorsqu'elle n'a pas trouvé de boulot avant de partir au St James Coffee. Elle se revoit le bercer dans ses bras alors qu'il pleurait le matin, sachant que sa maman allait partir pour toute la journée et qu'il n'aurait probablement pas la chance de la revoir jusqu'au lendemain matin. C'est triste à dire mais plus elle passe du temps avec son fils et moins elle a les moyens de le faire. Du fait, son bébé doit être la personne qu'elle voit le moins chaque jour. Seul le week-end peut lui permettre d'assister aux premiers mots de Jun et de passer un peu de temps avec lui. Sans sa concierge bienveillante, Kane n'aurait jamais pu garder Jun et voilà qu'elle pourrait être responsable de son départ pour une famille d'accueil. Kane est partagée entre la rage et la compréhension. - Oui, je comprends... - Le rendez-vous est pris pour dans une semaine, c'est bien compris? - C'est noté, oui. - Bien, comme vous avez pu le lire, si vous ne vous présentez pas à ce rendez-vous avec l'enfant les services de protection de l'enfance seront en droit de venir le chercher à votre domicile sous 24 heures. - Oui. Ce ne sera pas nécessaire. Je viendrais, prononce Kane presque des sanglots dans la voix. - Bien, au revoir mademoiselle, conclue la voix rauque avant de raccrocher lourdement. Kane reste pétrifiée, le bras levé, le portable collé à l'oreille. Elle respire lentement alors que son coeur s'emballe. Elle est vraiment acculée, dos au mur. Comme s'il n'y avait aucune échappatoire. Une seule s'offre à elle pour l'instant, l'issue du bus pour aller travailler. Réunir des fonds, montrer qu'elle peut s'occuper de Jun seule. Mais qui? Qui a bien pu la dénoncé? Pas sa concierge, elle en est certaine... A peine a-t-elle posé le pied sur le trottoir à l'arrêt de bus situé à environ 6 mètres de l'entrée du Pick-A-Chick'n que Kane entend déjà des hurlements en provenance du fast-food. Elle se précipite discrètement vers l'entrée, inquiète et découvre une scène peu commune. Amy, sa collègue supposée jouer la mascotte tout comme Kane, se tient debout devant le jeune responsable d'équipe en tenant la grosse tête de poulet du costume sous le bras. Elle le montre du doigt de son autre main et ne cesse de hurler. Kane, pousse discrètement la porte derrière Amy qui semble hors d'elle : - Alors déjà d'être sous les ordres d'un bouffon d'à peine dix mois mon aîné est un peu juste pour moi mais je le supporte mais que tu te prennes pour le chef et que tu traites ce que tu appelles ton "équipe" comme de la merde... Nan! Nan, ça je vais pas le supporter plus longtemps ! Alors autant te le dire tout de suite, du jour où j'ai voulu travailler ici je n'ai pas cessé de te trouver repoussant et stupide parce qu'il faut reconnaître que tu as toutes les caractéristiques d'un futur vieux con ! On sait tous les deux que tu n'as ce poste que parce que ton père est le patron et si seulement il avait un minimum de lucidité il t'aurais expliqué ce que je viens de faire : tu n'es pas à la hauteur pour diriger qui que ce soit ! Kane réprime un rire profondément libérateur alors que Amy se retourne et remarque sa présence. Tous les clients ont les yeux fixés sur cette étrange scène. Amy reprend : En un mot comme en cent, je démissionne pauvre tâche ! annonce-t-elle en lançant la tête de poulet sur le jeune responsable qui la rattrape in extremis. Amy sort en souriant au passage à Kane qui la suit, encore ébahie par ce qu'elle vient de voir. - Ouah... Tu peux me dire ce que c'était que ça ? - Je ne vois pas de quoi tu parles. - Et bien, disons juste que tu viens d'envoyer au visage de ce jeune homme ce que n'importe quel employé au monde rêve secrètement de dire à son patron. - Ils m'ont prise, explique Amy, toute enjouée. Au centre commercial, j'ai été prise, ça y est ! - Oh Amy, c'est fantastique ! se réjouit Kane - Oui, ça fait des mois que j'attendais ça. Et enfin, enfin libre ! - Tu sais quoi, tu l'as bien mérité. Et puis tu m'as donné quelques idées pour mon discours de départ quand j'aurais trouvé un moyen de partir d'ici, dit Kane, pensive. - Si jamais ça t'intéresse... Et quand je serais un peu installée, hein. J'essaierais de te donner un petit coup de pouce. Enfin, si ça t'intéresse - Euh... Oui! Oui, ce serait génial merci. Mais en attendant, je vais me débrouiller. - Je penserai à toi, promis. Amy la serre dans ses bras et en profite pour observer le responsable d'équipe encore sous le choc à travers les portes vitrées. Kane se force à sourire à son amie qui se dirige vers le parking avant de s'arrêter : Hé Kane, craque pas. Ca va s'arranger, j'en suis sûre et certaine, dit la jeune fille avant de rejoindre sa voiture. Kane a beaucoup de mal à se réjouir pour les autres. Pas tellement une marque d'égoïsme, plus une habitude qu'elle aura prise. Elle se retrouve du jour au lendemain avec si peu d'amis qu'elle aura perdu l'habitude d'être heureuse pour les autres. Elle lutte déjà suffisamment pour être heureuse pour elle-même. Après cette petite séquence "il y en a qui ont de la chance", Kane entre au fast-food et se dirige vers le responsable à l'accueil : - J'imagine que je vais pouvoir faire des heures supplémentaires le temps que vous trouviez une remplaçante pour Amy. - Des heures supp'? Toi? Laisse moi rire : "Ha, Ha" ! Les gens se bousculent pour travailler au Pick-A-Chick'n ! Cette garce ne sait pas ce qu'elle perd. Mon père peut la faire renvoyer de tous les fast-foods de la ville s'il veut ! - OK... Je vais m'habiller. - Nan, c'est pas la peine. Tu peux suivre ta copine. - Merci pour cette offre mais je préfère rester. - Sans déconner, mais je te demande pas ce que tu préfères. C'est toujours moi le responsable d'équipe ici jusqu'à nouvel ordre. - Quoi? Je ne comprends pas. Est-ce que je suis... Virée? - Tout juste. - Mais... Je... Et pour quel motif ? - Oh, t'en fais pas je trouverais. - C'est de l'abus de pouvoir pur et simple ! - Va dire ça à ta copine, la cinglée ! Et plus la peine de venir ici, ni dans aucun autre fast-food de la ville... De la région, peut-être même ! Kane le regarde une seconde, subjuguée par les réflexions hautement insensées du jeune homme : - Je vois... Je vois... Tu sais, Amy avait raison au fond... T'es déjà un vieux con ! Elle tourne les talons et quitte le restaurant sous les applaudissements de quelques clients amusés. Le responsable reste derrière son comptoir, la tête baissée, humilié par son "équipe". Kane s'éloigne du restaurant en traînant les pieds. Elle va se poser sur un banc près de l'arrêt de bus. Elle regarde l'heure sur son portable et se met à renifler. Plus elle cligne des paupières et plus ses yeux se remplissent de larmes. Elle s'assure qu'il n'y a personne aux alentours avant d'éclater en sanglots. Kane a toujours refusé de se montrer faible en public et ça même avant qu'elle n'ai perdu ses parents. Deux boulots perdus en une semaine, c'est déjà arrivé et ça ne signifie qu'une chose : c'est une mauvaise semaine. Une autre mauvaise semaine consécutive. Elle sèche ses larmes et s'assure à nouveau que personne ne l'observe. En regardant autour d'elle elle remarque une voiture dont les roues ont été retirées et qui tient désormais sur quatre parpaings. Elle fixe le véhicule qui aurait pu être le sien et réfléchit. Voyant que les moyens légaux ne lui permettent plus de subvenir à ses besoins, Kane décide d'utiliser les moyens "moins légaux", l'expression du milieu pour désigner l'illégalité pure et simple. Elle repense au visage de son petit Jun et se fait le serment à elle-même qu'elle ne laissera personne le lui enlever. Le bus arrive pendant que Kane se prépare à affronter la réalité. Celle de Peterkin Park. Alors qu'elle apporte un plat à une table, Kane a la mauvaise surprise de voir que Jun est à nouveau venu au St James Coffee. Il attend à une table près de l'entrée. Kane va le voir, exaspérée : - Dis-moi tout, le père Joseph te paye pour s'assurer que je ne sois pas une mauvaise chrétienne dans ce lieu de débauche ? - Hé, c'est quand même pas de ma faute si j'aime bien l'ambiance du quartier. - Si tu cherches une bonne ambiance je te conseille le Pick-A-Chick'n du centre ville ou même un cimetière en fait, ce sera aussi ambiancé qu'ici... - Ouais, j'ai hésité en passant devant en plus. - Alors tu vas commander quelque chose ou est-ce que tu essayes juste de me faire perdre du temps ? - Oh, est-ce que ça marche ? - Ecoute c'est vraiment pas le moment... Alors si tu pouvais juste aller te faire rapidement égorger au coin du parc tu me rendrais un grand service. - Aouch ! T'es dure. Et si on commençait par un bon petit milk-shake? - Je vous amène ça tout de suite "jeune homme légèrement collant et malheureusement dénué de sens de la répartie", conclue Kane en partant vers le bar. Après avoir transmis la commande de Jun, Kane fixe la pendule qui indique 19h30 et rejoint Mme Hunch derrière le comptoir : - Madame, j'ai un petit service à vous demander. - Ouh là, je t'avais pourtant dis que je faisais pas d'avance sur salaire petite. - Non, ça n'a rien à voir. Il faut que je m'absente quelques minutes, mais je vous promets que je récupérerai le temps perdu. - On parle de combien de minutes, là ? - 20 minutes, une demi-heure grand maximum. - Ouais... Tu vas pas revenir complètement déchirée, hein ? - Non, bien sûr que non. J'ai un rendez-vous très important. - Ah, vas-y alors. Te fais pas de souci. Mais revient vite, hein. - Promis. Merci madame. Kane entre dans la cuisine pour déposer sa tenue de serveuse et prend une petite pause pour respirer en s'appuyant sur le bord de l'évier. Elle jette un oeil à la pendule à nouveau, trois minutes se sont écoulées depuis la dernière fois. Elle jette un bref regard dans cette cuisine où elle passe si peu de temps et où Madame Hunch se contente de réchauffer la plupart de ses plats acheter en surgelés. Son regard se perd parmi les ustensiles qui ne servent jamais comme ce set de couteaux de cuisines qui vont du simple couteau de table fin et précis à l'énorme couteau de boucher. Kane ne va pas faire une bêtise. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge elle y a déjà pensé, plus d'une fois. Mais depuis que Jun est né elle ne se permet même plus d'y songer. Maintenant elle est mère. Quoi qu'elle fasse, elle le fait pour eux. Kane reparaît dans le restaurant, son sac en bandoulière et salue Mme Hunch de la main en se dirigeant vers la sortie. Jun la regarde filer d'un oeil suspect, sentant que quelque chose se prépare. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 6 Nov à 14:43 | |
| ...De l'extérieur le parc à l'air désert, il est d'ailleurs fermé puisque le gardien a quitté sa loge en fermant tous les portails. Mesure inutile depuis le temps, la plupart des visiteurs du soir passe par-dessus les murs, possèdent des doubles ou sont devenus des spécialistes dans l'art de crocheter les serrures. Au fond, Peterkin Park ne ferme jamais, seul le type de visiteurs change au cours de la journée. Kane, elle, n'est jamais venu au parc de nuit. Elle l'a souvent longé en longueur comme en largeur mais elle n'aura jamais été assez folle pour tenter d'entrer à un tel horaire. Pas jusqu'aujourd'hui. Elle grimpe sur un banc collé à un des murs du parc et s'accroche aux barreaux en posant ses pieds sur le bout de mur un peu plus bas avant de basculer de l'autre côté des barreaux. Elle atterrit de l'autre côté sans mal mais se cache aussitôt derrière quelques buissons pour observer avant d'agir. Prendre des risques : oui, mais des risques calculés seulement. Elle aperçoit un groupes d'hommes assez jeunes, la vingtaine environ, le groupe qu'elle aperçoit habituellement en jetant un oeil à travers les barreaux quand elle attend le bus pour rentrer. Ils apportent avec eux un poste pour la musique, une lanterne et s'installe principalement autour du tourniquet qui leur sert essentiellement de sofa multi usage. D'autres groupes se forment un peu plus au fond dans le parc, près d'une mare aux canards qui n'a jamais accueilli de canards à part à son inauguration. Elle vise le groupe du tourniquet qui semble plus enclin à la conversation. Qui "semble". Elle sort de sa cachette et se dirige lentement vers eux. Au départ personne ne la remarque, puis un des groupes de la mare la montre du doigt ce qui attire l'attention de ceux du tourniquet pourtant plus proches. Ils la voient s'avancer en hésitant et se dressent aussitôt en souriant. - Psst, ho tu t'es perdue ? - Bonsoir mademoiselle, tu cherches quelqu'un ? - Du calme, ok. Je veux juste parler... répond Kane, terrifiée même si elle tente de le cacher. - Mais ouais, mais moi aussi. Viens on parle vite fait là bas, tranquille t'inquiète, lance vulgairement un des gars. - Je veux voir votre... euh... Boss? - J'ai pas de boss moi, t'as vu. Je suis mon propre boss. Ils se rapprochent d'elle et voilà qu'elle se met à reculer lentement. On entend alors siffler et tout le groupe se tourne vers un buisson derrière eux. Un jeune noir plutôt petit sort de l'ombre et se rapproche d'eux : - Alors, y a plus de respect ? Vous allez arrêter d'effrayer mademoiselle, hein. - C'est vous le chef ? - Nan, moi je suis Marcus. Y a pas de chef ici. - D'accord, mais si j'ai quelque chose à proposer. A qui je dois m'adresser ? - Je sais pas, un maquereau nan ? - On sait tous les deux que je ne parle pas de ça. - Nan, désolé. Je sais pas de quoi tu parles... Il s'approche d'elle et s'apprête à la toucher quand Jun débarque de nulle part et se place entre les deux : - Hé ! Je te conseille d'enlever ta main, tout de suite ! - Oho ! D'où tu le sors, le chien de garde, s'étonne Marcus qui n'a pas l'air plus inquiet que ça. - Je... Je ne sais pas ce qu'il fait là, je vous jure. Elle attrape Jun par le bras et l'emmène un peu plus loin : - Qu'est-ce que t'es venue faire ici ? demande Jun, inquiet - Je pourrais te retourner la question, répond Kane furieuse. - Quand je suis sorti je t'ai vu passer par dessus le mur. J'ai cru que t'étais tombée. - Et depuis quand tu t'inquiètes pour moi, hein ? Marcus et ses gars commencent à les rejoindre sur la pointe des pieds dans le dos de Jun. Kane, qui les voit avancer, bouscule Jun et sort brusquement un grand couteau de boucher qu'elle brandit vers eux : - Hé, restez où vous êtes ok ! hurle-t-elle à la surprise générale. - Ok, ok. Faut pas t'énerver bébé, dit Marcus en essayant de la calmer. - Quoi! Mais d'où est-ce que tu sors ça ? demande Jun, subjugué - Tu ferais mieux d'y aller maintenant Jun. - Nan, je vais pas... - Jun, s'il te plaît ! s'exclame Kane, visiblement sûre d'elle. - T'as entendu la demoiselle, nan ? ajoute Marcus. Jun lance un regard de tueur à Marcus qui lui répond par un sourire. Il jette un dernier regard à Kane avant de partir en se retournant tous les 3 mètres. Kane brandit son couteau devant chaque gars : - Bon, je crois que j'ai réussi à capter votre attention maintenant. - Vas-y, dis-moi ce que tu cherches bébé, enchaîne Marcus. - Combien je peux avoir avec ça ? demande-t-elle en sortant quelques billets froissés de sa poche avec sa main libre. - Oh, t'es pas sérieuse hein? T'espères pas que je vais me mettre à compter. - Il y a presque 150 dollars, là. - Là t'en as pour... 50 grammes, facile. - Quoi, c'est tout ? - Je sais pas si tu suis la Bourse mais la coke est presque toujours en hausse. - Ouais, je penserais à acheter des actions alors. En attendant je peux les avoir maintenant ? - Attends, tu me prends pour un dealer ou quoi? - C'est ce que t'es, nan ? - Ouais, ouais. Mais j'ai pas ta came moi. Faut que t'ailles voir un aut' gars. - Et c'est qui cet "aut' gars" ? - Le gars s'appelle Chut. - Chut ? Comme "chut", pour dire à quelqu'un de se taire ? - Ouais, pareil. - Euh... OK. Et où est-ce que je peux trouver Chut ? - On trouve pas Chut, c'est lui qui te trouve. Moi je lui passe le message et il sait qu'il doit passer à l'endroit habituel. Tu vas sur les bords d'Avon Lake... Tu vois où c'est ? - J'y suis déjà passée, ouais. - A minuit, soit là-bas. Pas demain, après demain il y sera. Habille-toi classe, hein. Sinon il risque de te prendre pour une p... - J'ai compris. Je m'arrangerais. - T'as qu'à me laisser ton numéro de téléphone et je t'appelle dès que j'ai du nouveau. - Non merci, on va s'en tenir à la méthode habituelle ok? - Ah, on te l'a fait pas à toi hein, remarque Marcus en souriant à pleines dents. Elle range les billets dans sa poche et change le couteau de main. - J'espère que c'est pas un mauvais coup ton histoire, menace Kane. - Oh, moi tu peux me faire confiance tu sais bébé, affirme Marcus. - Nan, j'en sais rien. Justement. Elle repart à reculons vers le mur dont elle vient et jette un regard autour d'elle avant de ranger son couteau et de sortir de l'arène de son premier affrontement avec la vie quotidienne du quartier : délinquance, vols et trafics en tous genres. La voilà maintenant partie pour rejoindre ce monde si coloré et en même temps si glauque, si facile et pourtant si dangereux. Mais Kane ne peut pas se permettre de cracher sur une solution pour une question d'éthique. Elle ne fera de mal à personne en vendant de la drogue... Pas directement... Cas de conscience. Elle retourne bosser, le coeur lourd. Inquiète pour les futures répercussions de cette affaire et de la rumeur qui pourrait en découler si jamais Jun venait à parler de ce qu'il croit avoir vu. A la sortie du St James Coffee, Kane est effectivement restée pour rattraper le temps perdu. Pour preuve, la voilà en train de courir en hurlant derrière le dernier bus qui s'éloigne avant même qu'elle n'ai rejoint l'arrêt. Elle finit par s'arrêter, épuisée par sa soirée. Elle s'assied une seconde sur une borne en pierre sur le bord du trottoir quand elle croit apercevoir une personne assise dans une voiture garée. Elle ne voit le véhicule que du coin de l'oeil mais elle pense l'avoir déjà vu quelques heures auparavant, rôdant autour du lycée alors qu'elle quittait la chapelle. Dans l'obscurité elle croit distinguer un objet surplombant le toit du véhicule, peut-être le signe d'un taxi. Et voilà qu'elle sombre dans la parano. Elle s'imagine qu'elle a été suivie toute la journée. Mais par qui ? Marcus, bien sûr ! C'est ridicule, elle ne l'a rencontré que plus tôt dans la soirée. Ce n'était pas lui dans la journée, c'est impossible. Elle se remet à marcher en accélérant le pas et en essayant de dresser la liste de ses ennemis potentiels. Après quelques secondes elle se rend compte que la liste de ceux qui ne l'apprécient pas serait sans fin mais elle constate surtout que le véhicule la suit lentement, tous phares éteints. Elle commence sérieusement à paniquer et se lance dans les ruelles labyrinthiques du quartier pour regagner sa résidence de New Eden mais elle ne manque pas de se perdre. Elle constate que la voiture ne la suit plus et elle tente de regagner une rue plus large mais en arrivant dans la rue, elle tombe sur un taxi garé et pense immédiatement à la voiture qui la filait depuis quelques minutes. Elle fait demi tour et se retrouve dans une autre rue large mais un peu plus peuplée. Pensant qu'elle n'a plus d'autres options, elle se dirige vers le groupe de personnes pour demande son chemin : - Excusez-moi, vous savez dans quelle rue nous sommes là ? - Ca va bien, ou quoi ? - Vas-y viens, je te montre la rue. Sentant que la tension monte, Kane sort son couteau de boucher à nouveau : - N'approchez pas d'accord. Je sais m'en servir. Les quelques personnes semblent très réceptives à ses menaces et se mettent à reculer lentement en souriant pour des raisons inconnues. Kane sent soudain comme une présence derrière elle qui se confirme froidement lorsqu'elle sent un canon traverser ses cheveux avant de se coller tout contre son crâne. - Lâche le couteau maintenant, avant que je m'énerve, chuchote la voix d'un homme assez costaud posté derrière Kane. Kane se perd alors dans ses pensées. Elle ne s'imaginait vraiment pas finir comme ça : abattue dans une rue mal fréquentée du quartier Sud pour 150 dollars, laissant un bébé de 2 ans aux services de protection de l'enfance. Ajoutons avec ça une rumeur de trafiquante de drogue au tableau et voilà l'image que le petit Jun gardera de sa mère biologique. Elle se le dit clairement, elle a eu tort et elle va payer pour ses erreurs. L'un des deux hommes devant elle se met à fouiller dans son sac tandis que l'autre lui retire son couteau. L'homme derrière elle commence à la caresser de sa main libre en l'embrassant dans le cou. C'est alors que la voiture qui filait Kane réapparaît au coin de la rue. Rien à voir avec le coupé de Jun. Le véhicule accélère brusquement alors que les phares s'allument et que la sirène se met à clignoter en hurlant. La police, dans le quartier Sud ? Impossible. Les trois gangsters se mettent à détaler comme des lapins en jetant Kane au sol. La voiture fonce et s'arrête en freinant brusquement à côté de Kane, allongée sur le trottoir. La porte passager s'ouvre alors et Kane entend une voix familière : - Dépêche toi, monte ! Kane ne se fait pas priver. Elle ramasse ses affaires et bondit dans la voiture. La police, dans le quartier Sud ? Impossible, c'est vrai. Mais ce n'est pas exactement la police. Juste Lacey Wratz, la fille du shérif, au volant d'une voiture de patrouille : - Lacey, qu'est-ce que... Tu ne... Laisse tomber, je ne veux rien savoir, prononce difficilement Kane, essoufflée et encore sous le choc. - T'as failli y passer hein. C'est à toi ce truc, demande Lacey en désignant le couteau qui dépasse du sac de Kane. - J'avais pris ce couteau de boucher pour... le ramener à mon travail, je l'avais oublié dans mon sac. - C'est génial... Enfin je veux dire, c'est horrible - C'est donc le contraire, remarque Kane. - J'ai reçu ton message. Tu sais, la fourrière. - oh... Oui. C'est toi qui m’as suivi ? - Reconnais que ça a été plutôt utile, répond Lacey en conduisant à toute blinde. - Euh... Oui, sûrement.... Kane fixe Lacey une seconde, essayant de mesure l'incongruité de la situation avant de se tourner vers sa vitre, le regard perdu dans le vague. Qui aurait cru ça possible ? Lacey Wratz, la fille du Shérif. En quelques heures à peine elle passe de "pire peste" à "seule alliée" en quelque sorte. On ne peut pas dire pour autant que tout s'arrange mais il semblerait que Kane aussi ait droit à un peu de chance de temps en temps. Elle retient ses larmes pendant le trajet jusqu'à New Eden, son chez soi. Elle y retrouvera celui pour qui elle se bat chaque jour en essayant de réfléchir à ce qui a faillit arriver cette nuit si son ennemie n'était pas venue à son secours... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 2:51 | |
| On est plus qu'à quelques parties de la fin. Pour la suite je mettrais seulement les liens, promis ________Guess who’s coming to deal her________ Le soleil s'est levé péniblement aujourd'hui, Kane, elle, est debout depuis des heures. Elle a très peu dormi en pensant à tout ce qu'elle a traversé. Elle est assise sur un meuble de récup qui sert de tabouret mais aussi de table et de rangement parfois. Elle regarde Jun dormir, emmitouflé dans la couette alors que la pièce se rafraîchit. Kane en est déjà à son troisième café. Elle sait que ce qu'elle s'apprête à faire est dangereux et illégal mais elle n'a plus le choix. Elle a urgemment besoin d'argent si elle veut pouvoir garder son fils. Le rendez-vous avec les Services de Protection de l'Enfance (SPE) approche inexorablement. Chaque jour passé est un jour perdu. Elle n'a pas le choix, elle ira jusqu'au bout. Elle passe toute la journée à se cacher de tous tout en espionnant les conversations. Elle veut savoir ce qui se dit, elle craint d'être le sujet de conversation du jour. "La petite Kane traîne dans les quartiers chauds avec des dealers". Elle s'est tellement répétée cette phrase dans la tête qui lui semble presque l'avoir entendu. Elle a ce sentiment désagréable que tout le monde vous observe. "Tout le monde" ne sera pas un problème. Elle s'inquiète surtout de ce que Jun a pu dire. Lacey ? Non. La jeune fille croit encore que Kane à ses aveux sur son portable, elle ne dira rien. Mais Jun, que va-t-il faire ? Kane veut savoir mais pourtant elle l'évite, elle se cache et l'aperçoit brièvement de loin. A croire qu'il l'évite aussi. L'atmosphère se refroidit et ça n'a rien à voir avec la baisse de température annonciatrice de l'hiver. Le soir arrive lentement, semble-t-il mais Kane parvient à quitter le lycée sans avoir à affronter Jun ou même à adresser la parole à qui que ce soit. Le seul échange de la journée aura été un regard que Lacey lui a lancé au moment de rentrer en cours, en début de journée. Un regard mêlé de pitié et de... Presque du respect, mais ce n'est pas encore ça. Kane arrive alors au St James Coffee, le coeur lourd et un peu nauséeuse. Elle s'habille et se met au travail comme une espèce d'automate sans la moindre expression dans le visage, le regard vide, dépité. Elle prend commande sur commande et sert les clients sans vraiment les regarder, elle écoute sans écouter et répond sans s'attarder. Mme Hunch a remarqué l'attitude lascive de sa serveuse mais tant que le boulot est fait, elle préfère ne pas se mêler de ses problèmes comme Kane lui a souvent demandé auparavant. Heureusement, ce soir les clients se font rare et ne restent que pour un café. C'est alors qu'un routier pousse la porte du café et commande quelques beignets à Mme Hunch. Kane, qui débarrasse une table, aperçoit un coupé cabriolet dehors, celui de Jun qui lui lance un regard glacial avant de s'éloigner dès que le feu passe au vert. Comme si Kane l'avait déçu. Elle était en droit d'attendre quelque chose de lui mais pas l'inverse. L'amour de Kane n'est pas partagé, elle en est sûre... Elle le croit... Elle en doute. Tout en regardant dehors, elle remarque le camion du routier garé à l'extérieur. Dans la cabine, probablement la femme du routier qui tient un bébé dans ses bras, un bébé qui rit alors que sa mère joue avec lui. La femme sent qu'on l'observe et elle se tourne vers Kane qui détourne le regard aussitôt. Elle se retourne vers le comptoir avec son plateau dans les bras et bouscule le routier par accident : - Hé, regarde où tu marches petite ! lance le grand gaillard. - Excusez-moi, monsieur. Je suis vraiment désolée, répond Kane en essayant de sourire pour limiter les dégâts. Mme Hunch sert son client alors que Kane disparaît dans la cuisine. - Merci, m'dame, dit le routier en posant un billet sur le comptoir avant de sortir. Mme Hunch encaisse le billet alors que le routier repart avec son semi remorque, dehors. Il n'y a plus personne dans le restaurant, Earnie n'est pas encore arrivé et l'absence de Kane est d'autant plus flagrante. Elle s'assure que la caisse est bien fermée, c'est ce qui a plus de valeur dans tout le bar après ses serveuses, et elle entre dans la cuisine. - Kane ? Kane est appuyée, les deux mains sur l'évier quand Mme Hunch la fait sursauter. Elle ouvre brusquement le robinet en reniflant : - Je faisais... La vaisselle, il faut faire la vaisselle, répond Kane essayant désespérément de sécher ses larmes. Mme Hunch s'approche et ferme le robinet devant Kane : - La vaisselle peut attendre, d'accord. S'il y a un problème, tu sais que tu peux m'en parler, remarque Mme Hunch en essayant de voir le visage de Kane qui le cache derrière ses mèches en baissant la tête. - Ca va, madame Hunch. Je vais bien... articule difficilement Kane en reniflant. - Vraiment? C'est pas tellement ce que j'appellerais la grande forme mais si tu dis que tu peux bosser, moi ça me va. Elle tourne les talons et se dirige vers la porte : "Je te laisse faire ta vaisselle et je te sonne dès qu'y a un client, alors." Kane hoche doucement, la tête avant de prendre son visage dans ses mains. Mme Hunch revient lentement vers elle : "Kane ?" Elle tente de se calmer mais ses yeux larmoyants trahissent sa détresse. Mme Hunch la prend dans ses bras et la gamine éclate en sanglots. - Du calme, d'accord. Tout va bien... - Non, rien ne va justement ! coupe Kane en pleurant à chaudes larmes - Tu veux m'en parler ? Tu sais que je ne te jugerais pas. Je ne me permettrais pas, tu peux me faire confiance, explique Mme Hunch Alors qu'elle craque, Kane ne peut s'empêcher de penser aux conséquences. Si jamais elle disait la vérité, les gens sauraient que Jun est son fils, il la regarderont comme une fille mère en plus de... - C'est mon fils ! lâche enfin Kane. Fini de se demander ce que vont penser les gens. Elle ne pourra jamais se sortir de cette situation seule, elle a besoin d'une alliée. - Quoi ? De quoi tu parles, enfin? - Jun, ce n'est pas mon petit frère. J'ai inventé cette histoire pour qu'on nous laisse tranquille mais je peux plus... Je peux plus... - Ton fils ? Oh... Tu connais pas le père ? La question frappe Kane comme un coup de poignard en plein coeur lui coupant presque le souffle. Elle ne sait pas si elle doit parler de l'horrible suite de l'histoire... - Il m'a violé... articule Kane presque en chuchotant. Elle n'aurait pas pu tenir plus longtemps et tant qu'elle avait commencé, elle devait à Mme Hunch les éléments manquants pour comprendre toute l'histoire. Mme Hunch assimile difficilement le flot d'informations sordides mais continue de serrer Kane dans ses bras en cherchant ses mots : - Tu... Le garçon... La police... - Non! Pas la police, ils me le prendront... Je vais le perdre, je veux pas le perdre... - Il faut le dénoncer avant que... - Je ne sais pas qui c'est! avoue Kane en gémissant. Je n'ai pas vu son visage... Je n'ai aucune idée... Mme Hunch mesure enfin le poids qui pèse sur les frêles épaules de la jeune fille depuis près de deux ans. Elle se rend compte qu'elle n'aurait probablement pas tenu aussi longtemps à sa place : - Ecoute, je... Je vais fermer tout de suite, d'accord. Tu vas passer chez moi et on va discuter au calme. Kane sèche ses larmes alors que Mme Hunch prend le sac de la jeune fille et l'amène dans le restaurant. Kane la suit en se mouchant dans une serviette. Earnie arrive comme d'habitude et trouve Mme Hunch en train de tout boucler derrière elles : - Non, me dis pas que tu fermes déjà ? - C'est un cas d'urgence, ok. T'as un resto route à 3 kilomètres à peine. Ils te feront de très bonnes entrecôtes, lance Mme Hunch. Il remarque Kane en train de mettre son manteau, les yeux rouges. Il s'approche d'elle, l'air inquiet : - Kane, ça va pas? On dirait que tu as pleuré, s'exclame Earnie. - T'occupes, lance Mme Hunch. C'est une histoire de garçon, c'est tout. Allez, dehors. Je ferme. Earnie, un peu bousculé vers la porte, se tourne vers Kane : - Est-ce que c'est Rico ? Rico t'a fait du mal ? demande Earnie, très concerné. Kane secoue lentement la tête en mettant son sac. Earnie semble soulagé et déçu à la fois, pour des raisons obscures qui importent peu pour l'instant. - Allez, tout le monde dehors, conclue Mme Hunch en éteignant tout. Mme Hunch habite un minuscule appartement pourtant déjà trois fois plus grand que la cage à lapin de Kane. Son fils est endormi dans sa chambre. Son mari est dieu sait où et depuis un bon moment d'ailleurs. Kane est assise dans un gros canapé trois places en cuir comme on en fait plus, une tasse de tisane chaude dans les mains. Une boîte de kleenex bien entamée est posée sur la table basse au milieu d'une vallée de mouchoirs écrasés. Mme Hunch revient de la cuisine avec un paquet de gâteau : - Je suis désolée, je ferais les courses que demain. J'ai que des petits salés, dit-elle en s'asseyant dans le fauteuil près de Kane. - Ca ira très bien, merci, répond Kane avant d'avaler une gorgée de tisane. Je suis désolée de vous embêter comme ça avec mes problèmes... - Oh, arrête un peu ça. Tu sais que tu ne m'embêtes pas. Je suis là pour t'aider d'accord, répond Mme Hunch en souriant. Et puis aussi pour dormir puisque je suis chez moi, quand même. Kane laisse échapper un rire à cette réflexion : "Enfin, je vois un sourire sur ce visage. Ca va laisser des rides ça. Des bonnes rides." Kane pose sa tasse et regarde un peu autour d'elle la décoration surchargée du salon. Des tableaux, des lustres, des statuettes et des plantes en plastique un peu partout à travers la pièce : - Vous avez un très joli salon, s'exclame Kane qui se sent un peu forcée de faire un compliment pour remercier sa confidente. - Tu plaisantes ? Un débarras, oui ! Après un bref silence : Si tu ne veux plus parler de cette histoire, il n'y a pas de problèmes. - Je ne veux pas en dire plus que vous pouvez en entendre, répond Kane un peu gênée. - Rassure-toi je peux en entendre beaucoup. Le silence revient progressivement alors que la trotteuse rythme leurs échanges de regards. Kane se décide enfin à parler : - Vous avez un fils, vous savez ce que c'est. Jun est tout pour moi. Peu importe comment il est entré dans ma vie. C'est mon fils et je l'aime. - Bien sûr, je comprends. - Vous oui. Mais les Services de Protection de l'Enfance ne sont pas aussi compréhensifs... Pour eux la situation est simple : une adolescente émancipée de 16 ans qui vit dans un taudis avec un gamin de deux ans. Ils feront n'importe quoi pour me le prendre. - Et, comment dire... Tu as déjà envisagé que sa vie serait peut-être meilleure si quelqu'un de plus expérimenté s'occupait de lui ? Ne le prends pas mal, hein. - Oui, bien sûr je comprends votre point de vue. Mais les gens ne comprennent pas que c'est la seule chose au monde qui me fait tenir. Je peux vous dire que si il n'y avait pas eu Jun, il y a longtemps que je ne serais plus là. Kane essuie une larme qui perle sur sa joue avant de reprendre une gorgée de tisane. Mme Hunch regarde la jeune fille, les yeux pleins de compassion et d'admiration. Elle semble comprendre parfaitement la jeune fille. - Bon... Je n'ai vraiment pas les moyens d'augmenter ton salaire, mais ça tu le sais. Ce qu'on va faire c'est que je vais te prêter mes meubles, tout ce que tu pourras prendre, et on va transformer ton appartement en quelque chose de vivable et de propre pour un bébé comme Jun. Les agents vont passer, ils ne pourront pas te l'enlever. Et même s'ils décident de l'emmener tu pourras faire un appel qui reportera un jugement à un mois, peut-être même deux s'il y a des délais de procédure. Kane fixe Mme Hunch les yeux ronds. Elle se serait presque cru dans un cabinet d'avocat pendant une seconde : - Euh... Comment vous... - Comment je sais tout ça ? - Oui... répond Kane encore surprise. - Alors, tu croyais que j'étais née derrière un comptoir. J'ai étudié à la fac, je voulais être greffière. Mais les études ça coûte et mes parents ont pas pu suivre. Moi non plus, mais j'ai bossé un moment. Bon, c'est sûr, j'ai pas fini ma première année mais je me tiens toujours au courant. Kane s'installe correctement dans le canapé, la flamme de l'espoir subitement ravivée de la manière la plus inattendue qui soit : - Vous... Vous croyez vraiment que ça peut marcher ? - La loi est de ton côté, petite. Les gens devraient savoir ça. Quand on connaît bien la loi, on devient presque intouchable, remarque Mme Hunch en s'enfonçant dans son fauteuil. Kane bondit du canapé et se jette dans les bras de sa patronne comme s'il s'agissait de sa mère : - Oh, doucement, doucement! Je vais me casser quelque chose, si tu continues, s'exclame Mme Hunch en riant - Merci Madame Hunch, vous me sauvez la vie ! - Allez, tu peux m'appeler Edna maintenant, d'accord ? Kane la lâche enfin en se redressant : - Oui, désolée Madame... Edna ! Edna, donc, se lève en prenant la tasse de Kane : - Je te débarrasse. Tu veux quelque chose d'autre ? - Non, je vous remercie Edna, répond Kane sans réfléchir puis une information lui revient brusquement en tête : Oh si, il y a quelque chose. Mais je ne voudrais pas abuser. - Vas-y, on est entre nous. De quoi tu as besoin ? - Vous auriez un vieux tailleur que vous ne mettez plus ? - Je dois pouvoir te trouver ça oui. C'est urgent ? - C'est pour demain. J'ai un... Entretien d'embauche, répond Kane en hésitant à mentir à sa nouvelle confidente. - Bien sûr, je te montre ça tout de suite, répond Edna en quittant la pièce. Kane grimace en la suivant. Malgré qu'elle ait accepté de partager sa souffrance et quelques uns de ses secrets et elle n'est pas prête à laisser tomber ses plans. Demain soir, à minuit, elle sera sur les abords de Avon Lake pour attendre un dealer qui va lui permettre de gagner l'argent qui lui manque. Pour ça elle a besoin d'une tenue que va lui fournir sa nouvelle amie. Elle ne peut pas lui en parler car elle lui ferait voir son erreur. Kane sait qu'elle fait une erreur mais elle est convaincue qu'il ne peut pas en être autrement. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 2:53 | |
| ...Il a neigé pendant la nuit et toute la ville est recouverte de ce manteau blanc qui fait tant rêver les poètes. Kane met une troisième couche de vêtements d'été faute d'avoir mieux sous la main et part en embrassant Jun, encore endormi. Elle croise sa concierge dont le sourire s'efface de jour en jour. Dans le bus pour le lycée, Kane essaie d'énumérer ses problèmes. Après s'être rendu compte du chiffre astronomique qu'elle risque d'atteindre elle reprend ses comptes seulement avec les problèmes liés au lycée. Jun, Lacey et le père Joseph pour l'instant sont en tête d'une manière ou d'une autre. Oh, il y avait aussi cette histoire de club d'échecs mais c'est encore lié à Jun. La dernière discussion qu'ils ont eu seul à seule avant que Mulligan ne vienne les délivrer. Il lui a permit de réparer sa vie "effritée"... En réfléchissant à ces mots, une phrase de Mulligan lui revient comme un boomerang en plein visage. Il disait qu'il ne fallait pas "effriter" sa vie plus qu'elle ne l'était déjà. Drôle de coïncidence quand même. Elle se souvient avoir utilisé la même expression lors de son dernier rendez-vous avec Mlle Ashton, la psychologue du lycée. Possible qu'elle lui en ait parlé, le secret professionnel étant souvent violé au sein du lycée St John. Les dossiers sont sous clés et Mlle Ashton possède la clé. Mais Mulligan, l'homme le plus respecté de l'établissement possède probablement son propre double. Souvent, comme aujourd'hui, Kane s'embarque toute seule dans une paranoïa en partant d'un détail insignifiant. En descendant du bus, elle ne peut plus s'empêcher de penser à ce détail. "Effriter" ce simple mot résonne dans sa tête comme s'il y avait une signification particulière à trouver. Elle aurait laisser tomber habituellement n'ayant pas la possibilité de prolonger ses raisonnements. Mais voilà qu'elle avait soudain accès à une base de données vivante au lycée. Lacey est toujours à son entière disposition grâce aux aveux virtuels qu'elle détient contre elle. Elle rejoint donc la jeune fille devant les casiers dans le couloir en prenant une profonde inspiration : - Hé, tu vas bien? - T'es pas obligée de me parler, tu sais, répond la jeune fille déjà exaspérée. - Merci de m'avoir aidé l'autre soir. - Euh... Je sais pas si t'es au courant mais on appelle ça "sauver la vie", lance Lacey, sarcastique - Vraiment ? J'appellerai plutôt ça "s'excuser pour avoir envoyer ma voiture à la fourrière alors que j'avais un rendez-vous urgent", répond Kane sur le même ton - Bon, et qu'est-ce que tu me veux ? - Je ne vais pas te demander de récupérer ma voiture, rassure-toi. J'ai laissé tomber l'idée. - Pff... Et donc ? Tu pourrais activer s'il te plaît, j'ai des cours, s'exclame Lacey. - Et bientôt tu seras punie par la loi pour faux témoignage. Alors, tu préfères perdre 5 minutes avec moi ou gâcher 5 mois de ta vie plus une amende ? - Tu devrais pas me laisser choisir. - OK, je vais faire court. Qu'est-ce que tu sais de Monseigneur Mulligan ? - Euh... Il est genre vieux, moche et c'est le boss au dessus du principal. Il est moche aussi, je l'ai déjà dit ? - Merci, mais je me fiche un peu de ce que tu en penses. Je veux que tu me dises ce que tu sais. - Oh... J'en sais rien. Je le connais pas vraiment, pourquoi ? - J'ai entendu qu'il allait régulièrement à l'hôpital, tu sais rien là dessus ? - Mulligan va souvent à l'hôpital. Il va voir des patients mourants. Enfin seulement ceux qui sont à fond dans la religion et tout ça, là. - OK. Peu importe alors. Est-ce qu'il pourrait avoir un double des clés de certaines salles ? - Toutes! C'est "Monseigneur" Mulligan, ça m'étonnerait qu'on lui ferme des portes, lance Lacey en souriant presque. Kane en revient à son idée. Mulligan a pu consulter son dossier. Décidée à en savoir plus, elle décide de se lance dans une petite consultation : - J'aurais besoin que tu te renseignes dans les fichiers de ton père pour savoir à qui j'ai à faire. Lacey la regarde en ouvrant des gros yeux. Elle songe fortement à tenter le diable en s'en prenant à son maître chanteur. Elle ne croit pas Kane d'user de son avantage : - J'imagine que c'est le moment où tu me rappelles pourquoi j'accepterais de t'aider... - Et bien, tu sais... Oublie ça. Je le découvrirais par mes propres moyens. Elle part laissant Lacey pensive et un peu embarrassée. Elle pensait détenir le pouvoir. Elle pensait la tenir. Elle découvre qu'elle se trompait tout du long. Lacey n'a aucun pouvoir : juste des craintes. Perdue dans ses pensées, Kane traverse les couloirs sans regarder devant elle et tombe subitement sur Jun qui traîne avec ses potes. En un instant toute la masse d'élèves agglutinés dans le couloir devient floue et ils ne se voient plus que l'un l'autre : - Jun... - Kane... - Alors, tu vas bien ? - Ca va. Toi ? - Pareil. - Cool. - Ouais... Ils soupirent presque en même temps. Ils semblent chercher une sortie à cette discussion ô combien pesante et embarrassante. Kane se décide déjà à poursuivre son chemin quand Jun enchaîne : - J'ai... J'ai rien dit, pour l'autre soir. - Vraiment ? C'est gentil, merci. - Euh... Ouais. Mais tu... Jun laisse flotter sa phrase dans l'air en espérant que Kane la conclura par des explications solides. - Je peux pas t'en parler, je suis désolée. - Ah mais tu... Tu fais ce que tu veux, c'est sûr. Juste... Le revoilà, ce regard inquiet que Kane avait décelé dans ses yeux le soir de sa rencontre avec Marcus au parc. Elle n'ose pas trop y croire même si elle espère qu'il se cache quelque chose derrière ce regard. "Fais attention à toi, ok ?" - Bien sûr. Je fais très attention. Merci. Les amis de Jun s'impatientent, dos aux casiers en lui faisant des signes. - Euh... Bon. Je dois aller faire... Quelque chose... Quelque part... Quelques temps... - Oui, je vois que le devoir t'appelle, répond Kane en s'efforçant de sourire. Jun la regarde en s'éloignant à reculons avant d'être embarqués par ses potes un peu nerveux. Kane le regarde s'éloigner en ressentant cette sensation si familière de déjà vu. Elle reprend sa marche solitaire en occultant presque complètement le fait qu'elle ait des gens soucieux de son bien-être, des soutiens. Volontaires comme Mme Hunch, pardon, Edna et Jun, semble-t-il. Ou involontaire comme Lacey. Lacey Wratz, justement, la fille du shérif qui se permet tout grâce à son statut social. Une fille populaire. Une fille méprisante. Une intouchable. Combien de fois s'est-elle permis tout ce qui est interdit dans le règlement intérieur comme les relations amoureuses de tous types dans les toilettes, fumer dans l'enceinte du lycée ou sur le parking, dégrader les locaux par divers moyens ou encore porter des tenues choquantes hautement contraires à la politique vestimentaire du lycée. Tout le monde sait ce qu'elle vaut, sauf les gens un peu exclus comme Kane et son propre père, le shérif Wratz. Alors qu'elle se lave les mains dans les toilettes, Lacey voit la porte d'un des cabinets dans le miroir face à elle. Elle remarque des inscriptions en tous genres. Elle tente vainement de se sécher les mains avec une de ces machines stupides qui ne fait que brûler la peau en laissant toute l'humidité puis retourne à la porte du cabinet. Elle passe les messages au crible : - Une Cassie propose de donner des cours de soutien aux élèves de toutes classes. Rien d'intéressant... - Une jeune fille au nom très exotique de Sarafina offre ses services sans préciser de quels types de services elle s'occupe. Dégoûtant... - Une énième chaîne qui se finit comme toujours par : "Si tu ne fais pas passer ce message à 10 personnes tu mourras dans une semaine". Bah voyons... Puis suivent les habituels messages de filles jalouses ou tout simplement méchantes qui font démarrer des rumeurs sur leurs rivales et sur les élèves les plus faibles qui ne s'en relèveront probablement pas. Lacey ne peut s'empêcher de rire à ces messages d'insultes tous plus vulgaires les uns que les autres puisqu'elle s'amuse de temps en temps à en ajouter quelques uns selon son humeur. Elle remarque qu'il reste de la place en haut de la porte et se met à sortir son rouge à lèvres. Elle est d'accord pour aider Kane, mais elle le fera à sa manière. Elle commence à écrire le message : "Mulligan le pervers ! Il a les clés du vestiaire des filles et les mate ! Témoignage d'une victime". Elle contemple son oeuvre en souriant, très fière d'avoir pu aider en s'amusant. Mais était-ce vraiment la bonne solution ? Mme Watson entre en s'essuyant les mains. Lacey se dépêche de ranger son rouge à lèvre dans son sac qu'elle renverse presque dans la précipitation : - Euh... Qu'est-ce que vous faites dans les toilettes des élèves, madame ? demande Lacey en s'efforçant de jouer l'innocence - vraiment pas évident pour elle, il faut le reconnaître. - Ces toilettes étaient plus proches, j'ai juste besoin de me laver les mains. - Bien sûr. Comme vous voulez, enchaîne Lacey en se rapprochant de la porte à reculons. Bonne journée, lâche la jeune fille avant de fuir. Mme Watson lui sourit et se lave les mains tranquillement sans faire attention au désordre régnant dans toute la pièce. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 2:54 | |
| ...Kane ignore tout de cette tentative maladroite de Lacey et se conduit donc normalement, pour peu que ce mot ait la moindre raison d'être dans la vie de la jeune mère. Elle est là, à sa place dans le bus pour le garage. Earnie est aussi un de ses soutiens, ainsi que son neveu Rico... Oui, Kane fait toujours ce classement mental des gens sur lesquels elle peut se reposer dans les coups durs. Mais elle en vient rapidement à son rendez-vous du soir. Avon Lake, minuit, tenue classe. Aussi paradoxal que ça puisse être, la vente de drogue est facilitée au sein même du lycée St John. De nombreux endroits sont propices aux échanges les plus divers. La plupart du temps, le toit du lycée n'est pas surveillé. Qui pourrait imaginer le nombre de choses qui peuvent se passer chaque jour et chaque soir sur ces toits. Tout s'achète et tout se vend. Kane n'y est allée qu'une seule fois, poussée par des amies à l'époque où elle avait encore des amies. Elle se prépare mentalement à accepter de distiller l'addiction, si ce n'est la mort, parmi ses camarades. A l'entrée du garage, Kane entend des cris en provenance de l'intérieur. Un homme qui en insulte un autre. Elle reconnaît la voix de Rico et s'avance prudemment en restant cachée derrière les véhicules. Elle assiste à la scène de dispute entre un petit homme moustachu plutôt costaud et Rico qui tient une grosse clé à molette au dessus de sa tête. Kane ne comprend pas de quoi ils parlent et ne saisit que quelques mots comme "salaud", "tes sales pattes", "ma femme" et "cocu"... Alors voilà de quoi il est question. Sentant que la situation peut dégénérer à tout moment, Kane sort de sa cachette et se dirige vers les deux hommes : - Rico, il y a un problème ? - T'occupes, petite! répond le petit moustachu - Je... Je travaille ici, monsieur. Je peux savoir ce qui se passe ? Rico abaisse lentement sa clé à molette sans quitter le bonhomme du regard. - Rien. Il se passe rien. Le monsieur va partir. L'homme regarde Kane puis revient à Rico avec le même regard plein de rage : - Si je te chope encore une fois en train de faire le con avec ma femme... Je te jure que ça se finira mal ! lance l'homme avant de partir, toujours aussi furieux. Kane le regarde partir alors que Rico s'éponge le front avec un chiffon. - Alors comme ça, sa femme et toi... - Nan, nan. Faut pas croire n'importe quoi non plus. Sa femme m'a dragué. Elle a vu que ça marchait pas, elle a inventé une histoire pour se venger. Il fait le tour d'un véhicule et va s'ouvrir une cannette de bière. - Et ça t'arrive souvent ce genre d'histoires ? demande Kane, intriguée. - De moins en moins. Faut dire que je fais de plus en plus gaffe. Rico avale sa bière d'une traite avant d'écraser la cannette d'une main sur un établi. Kane le regarde faire sans rien dire. "Désolé... T'en voulais une ?" - Non, merci. Je ne bois pas d'alcool. - Oh ? - Je préfère garder l'esprit clair quand je travaille. - Pour moi c'est pareil. Mais je viens de perdre un sacré bon client là... soupire Rico en se grattant la tête. Kane l'observe dans sa routine et sent que quelque chose ne va pas dans cette histoire. Encore cette paranoïa qui lui reprend. Mais elle doit s'arrêter. Rico est un allié, point. - Je vais me changer. - Je t'attends là, répond Rico en soulevant un capot. Kane s'éloigne, inquiète sans bien savoir pourquoi. Avon Lake, à l'extrémité Ouest de la ville. Un lieu de rencontres et de rendez-vous pour tous les amoureux des environs le jour et un peu en début de soirée. Mais pas en automne. En automne, les feuilles colorées viennent recouvrir la surface du lac le masquant presque aux yeux des passants. S'il n'y avait pas un pont de bois qui le traversait les touristes risqueraient de tenter la traversée de ce qui ressemble à un parc au sol solide recouvert de feuilles. Seuls les reflets du timide soleil "en plastique" à travers les nuages gris peuvent révéler la présence du lac. Il a neigé récemment et les arbres en gardent encore les traces. L'eau est recouverte d'une fine couche de verglas qui fixe les feuilles mortes et les empêche de voler au vent. En cette période de l'année le lieu est très fréquentable mais peu fréquenté. Il est minuit moins cinq et Kane est en place, dans le tailleur prêté par Madame Hunch. Edna. Elle est en place depuis près de dix minutes pour être certaine de ne pas manquer le rendez-vous avec... "Chut" Elle attend là et les rares passants remplissent leur fonction sans jamais s'arrêter. Les idées se bousculent dans son esprit. Elle se met à bâtir des théories invraisemblables sur comment sortir de la galère en laissant tomber cette transaction. Toutes ses théories se basant sur un événement inattendu et lucratif survenant dans les deux prochains jours. Elle regarde à nouveau sa montre : minuit pile. Elle a le visage pâle ce qui est plus dû à la peur qu'au froid. Elle jette un oeil aux alentours avant de se mettre en marche, décidée à fuir les lieux rapidement. C'est alors qu'une berline sombre aux jantes dépareillées arrive le long de la rue qui borde le lac en ralentissant. Elle fixe la vitre conducteur qui se baisse lentement en s'agrippant à son sac à main. Tout à coup, elle entend un sifflement en provenance de la voiture. Elle reste pétrifiée et regarde autour si personne n'assiste à la scène avant de se diriger lentement vers la berline : - C'est Marcus qui t'envoie ? demande une voix masculine plutôt jeune - Oui, c'est lui. Tu es... - Chut... répond la voix du jeune homme, plongé dans l'obscurité. Il tend un sachet qui contient sensiblement plus de 50 grammes, comme prévu avec Marcus. Kane ne fait aucune réflexion et se contente de prendre le paquet en plastique : "Vas-y, envoie les thunes." Elle sort les 150 dollars prévus de son sac à main en rangeant le paquet : - On avait dit 150, hein ? remarque Kane. - Quoi "150" ? T'en as pour 1800 là, tu vas pas me la faire à moi. - Marcus avait dit... - Hé, je veux pas le savoir moi ! Rends-moi la came... Il commence à ouvrir la portière quand une sirène de police retentit au bout de la rue. Il se rétracte aussitôt et claque la porte en démarrant aussitôt. - Quoi... Qu'est-ce... bafouille Kane, terrorisée alors que la voiture de police se rapproche. Elle espère profondément que Lacey est à nouveau au volant. Alors que la berline du dealer s'éloigne en brûlant la gomme, Kane aperçoit deux hommes en képi derrière le pare brise de la voiture de patrouille. Pas de Lacey cette fois-ci. Elle se met à courir en enfonçant les billets dans sa poche. Elle ne sait plus où elle va. Elle a le souffle coupé, les jambes aussi. Elle trébuche à plusieurs reprises. Elle se relève et reprend sa course sans savoir ce qu'elle doit faire ni comment. C'est alors qu'elle se sent comme aspirée par le sol, engloutie par la terre gelée pour avoir commis l'irréparable. Elle ne sait pas ce que signifie cette sensation, elle ne l'a jamais ressentie. Elle se laisse submerger en voyant le sol au niveau de son nez puis coule. Sans s'en rendre compte, Kane a couru droit dans le lac gelé. C'est alors qu'elle est saisie par les bras d'un policier qui la ramène à la surface. Avec l'aide de son collègue, ils étendent la jeune fille sur la rive gelée : - Mademoiselle, mademoiselle vous m'entendez ? demande un des policiers. Kane les regarde mais les voit difficilement, les muscles tétanisés, les yeux mi clos. L'un d'eux va chercher une couverture dans le coffre et ils emmitouflent Kane avant que son collègue ne lui passe les menottes : - Vous êtes en état d'arrestation, mademoiselle. Tout ce que vous direz pourra et sera retenu contre vous devant un tribunal. Si vous n'avez pas d'avocat, il vous en sera commis un d'office. Est-ce que vous avez bien compris vos droits, mademoiselle ? énonce le policier en l'accompagnant jusqu'au véhicule de patrouille. - Je... Oui... Oui. Les deux policiers embarquent Kane paralysée par le froid et la peur. Alors qu'elle se serre dans sa couverture et que la voiture s'éloigne, toute sirène hurlante, Kane reprend ses esprits pour se rendre compte d'une chose. Peu importe si elle est trempée et emmenée d'office au commissariat, la chance est avec elle. Pendant son court passage dans les eaux gelées du lac Avon, elle a perdu son sac à main : un couteau de boucher et 1800 dollars de cocaïne dormant au fond du lac et lui évitant ainsi d'être incarcéré. Dans la misère et l'infortune, Kane a bien appris à relever les événements heureux comme celui-ci. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 2:56 | |
| ...Un policier vient poser un gobelet de café noir devant Kane, assis face à un bureau : - Tiens, ça te réchauffera. Le policier commence déjà à s'éloigner quand Kane l'interpelle : - S'il vous plaît. Vous pourriez m'enlever les menottes pour boire ce café ? Le policier le regarde en souriant : - Fais moi confiance, ça risque pas d'arriver. - Alors comment je suis supposée faire ? demande Kane, se croyant pertinente. Le policier lui fait signe d'attendre et quitte la pièce. Un autre entre avec un dossier dans les mains et s'installe derrière le bureau. - Bon... On a vérifié tes empreintes, t'as pas de casier judiciaire. T'as dis que tu t'appelais ? - Kane. - D'accord, mais tu peux m'en dire plus. Kane comment ? - Je n'ai pas de famille que vous pourriez prévenir si c'est ce que vous voulez savoir. Le policier de tout à l'heure revient et met une paille de McDo dans le café de Kane : - Maintenant tu peux boire, lance l'agent de police avec un petit sourire malicieux. - Trop aimable, répond Kane, sarcastique. Il la salue de sa casquette et quitte le bureau. Le policier face à elle allume l'écran de son ordinateur et ouvre le dossier devant lui. Kane se penche pour boire une gorgée de café noir plus amer que jamais en grimaçant : - Alors, Kane. Tu as dis que tu avais 16 ans, hein ? - J'ai 16 ans, oui. Je suis émancipée et je vis seule. - Ouais, ouais. On verra ça. Quand on t'a demandé ce que tu faisais sur les bords d'Avon Lake à ton arrivée tu as répondu que tu, je cite, "prenais l'air". - J'ai bien le droit, non ? - Tu te fous de qui sérieusement ? - Rappelez-moi de quoi on m'accuse. D'avoir voulu nager dans un lac au milieu de la nuit ? - Racolage passif sur la voie publique. Kane s'étouffe presque en entendant le chef d'accusation alors qu'elle avale difficilement une gorgée brûlante de son café : - Racolage ? Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? L'agent de police pose les billets froissés récupérés dans la poche du tailleur de Kane : - 150 dollars, hein ? Ca fait combien de passes ça ? Une, deux ? - Deux ?! s'exclame Kane, choquée. Si jamais je faisais le tapin, ce que je ne fais pas et ne ferais jamais je l'espère, je ne ferais pas des tarifs aussi peu élevés. 150 dollars ça fait... 75 dollars la passe ! - Le compte est bon. T'as l'air de t'y connaître. - Je sais diviser 150 par 2, est-ce que ça fait de moi une prostitué ? - J'en sais rien, à toi de me dire. - Je ne crois pas, mais à vous de me dire, enchaîne Kane, jouant le jeu du policier. - Je vais te dire... Ce soir tu campes ici. Le policier se lève en fermant le dossier. Kane le regarde faire, surprise d'être enfermée pour rien bien qu'elle connaisse la vérité : - Attendez ! J'ai le droit à un appel, non ? Le policier se retourne et la regarde, exaspéré et presque déçu qu'elle connaisse ses droits. Les menottes enfin retirées, Kane compose le numéro de Lacey sur le téléphone juste à côté des cellules de dégrisement des alcooliques notoires : - Décroche, décroche, décroche... Un petit déclic lui redonne espoir quand tout à coup ; "Salut, c'est Lacey. Préparez-vous à chanter !" suivi du BIP habituel du répondeur. Lacey... C'est Kane. Je sais qu'il est tard, je suis désolée mais... Il faut que tu passes me chercher au commissariat. Je t'expliquerai tout sur place. Tu me dois bien ça, hein... Fais vite, s'il te plaît. A la seconde où elle raccroche, un policier est déjà derrière elle pour l'accompagner à sa cellule où dorment déjà quelques unes de ses supposées "collègues" prostitués. Elle entre et s'installe dans un coin par terre, toujours dans sa couverture. Elle se frictionne les jambes pour se donner chaud en vain. Elle regarde ses co-détenues qui la regardent en retour puis finit par regarder par terre devant elle. Lentement, ses yeux se ferment et son épuisement fait son effet alors qu'elle s'endort. Il est déjà 7 heures et demi du matin mais il fait encore très sombre dehors. Lacey Wratz, la fille du shérif, est en train de discuter avec quelques agents de police en buvant le premier café du matin alors que l'équipe de nuit s'en va en saluant Lacey au passage : - Salut les gars. Bon y va être temps, là. Tu peux la réveiller, maintenant. - Tout de suite, mademoiselle, répond un agent de police en plaisantant. Il se lève et part chercher les clés de la cellule dans son bureau. Lacey le suit et s'arrête près des casiers où sont rangés les effets personnels des détenus. Elle affiche un sourire diabolique : - Est-ce qu'elle avait son portable avec elle ? - Oui, dans sa poche. Il a pris l'eau mais il a l'air nickel. - Ouais, c'est solide ces machins-là hein, remarque Lacey. Le policier trouve enfin la clé : - Tu viens, on va libérer ta copine. - Euh... Je suis pas sûre qu'elle ait très envie de me voir, alors... Je vais attendre là. - Comme tu veux. Je te l'amène, conclue le policier avant de quitter la pièce. A ce moment précis, Lacey le suit jusqu'à la porte pour s'assurer qu'il s'éloigne et elle se précipite vers le casier fermé à clé. Aucun problème pour elle, elle possède tous les doubles des clés du commissariat et même des véhicules de patrouille. Elle trouve rapidement la clé et parvient à ouvrir le tiroir qui contient plusieurs sacs numérotés. Dans le doute, elle passe un coup de fil à partir de son portable et se saisit du sachet dont le portable s'est mis à sonner : celui de Kane. Sachant que sa gentillesse, ou appelons plutôt ça tolérance, temporaire n'est due qu'à ses aveux en enregistrement elle pense tout logiquement qu'en effaçant le message compromettant elle ne sera plus dans l'obligation d'aider Kane ou même de lui adresser la parole. Plus de quoi s'inquiéter dès que le message sera effacé. Elle fouille le portable à la recherche de ce message mais rien. Après vérification il n'y a aucun message d'aucune sorte. Lacey est libre. Peut-être depuis longtemps, d'ailleurs. Elle respire enfin mais elle ressent ce sentiment désagréable pour elle d'admiration pour son maître chanteur qui misait tout sur le bluff. Voilà que la pauvre Kane remonte dans son estime. Rien à voir bien sûr avec une quelconque sympathie. Elle se dépêche de remettre tout en place et quitte rapidement la pièce. Le policier revient alors avec Kane qui s'étire encore un peu, toujours vêtue de sa couverture par dessus son tailleur froid : - Tu peux dire merci à ton amie, tu serais pas déjà dehors si elle... Il constate que Lacey est partie. Kane encore un peu groggy, constate l'absence d'une quelconque personne : - Merci, mon amie, marmonne Kane déjà cynique dès le matin Kane sort du commissariat dans le froid matinal et n'a pas le temps de rentrer chez elle pour se changer. Elle doit partir directement au lycée en tailleur. Elle marche un peu et s'arrête à l'arrêt de bus pour téléphoner chez elle. Savoir si Jun va bien et comment la concierge a géré cette absence imprévue. Après s'être assurer que Jun va bien et s'être excuser plusieurs fois à sa concierge, elle s'assied sur le banc de l'arrêt en essayant de se réchauffer les mains. Un jeune homme portant un sweat capuche traverse la rue dans sa direction. - Hé... Euh, ça va ? Kane le fixe, le visage figé par le froid et détourne le regard. - Je crois pas qu'on se connaisse Le jeune homme se déplace pour lui faire face : - On s'est vu, vite fait, hier soir Kane le dévisage soudain et se lève lentement, étonnée : - Alors c'est toi, "Chut" ? - Euh, ouais. En fait c'est Sean. Chut c'est pour... - L'anonymat, enchaîne Kane. - Ouais, voilà... Puis c'est marrant, je trouve. A ces mots, la seule réponse de Kane est un regard perplexe légèrement supérieure sans être pour autant méprisant. Un regard qui exprime sa non disposition à apprécier quelque humour que ce soit : - J'ai pas ta drogue, tu peux partir, soupire Kane en allant regarder les horaires de bus n'en voyant aucun aux alentours. - Euh... Moi je suis juste l'intermédiaire. C'est à Marcus. Sean enfonce ses mains dans les poches de son jean, un peu embarrassé par la situation : - T'as... T'as rien dit aux flics ? - Non, absolument rien. C'est gentil d'être passé. Sean tourne les talons pour partir mais il revient sur ses pas, se sentant redevable : - Nan franchement, y en a pas beaucoup qu'aurait couvert un mec comme ça. Kane se tourne vers lui en esquissant un sourire presque nerveux : - Et ça mérite une récompense ? - Hein? euh... Bah... Ouais, sûrement. - Tant mieux, j'ai besoin d'une voiture en ce moment. - Je te conduis où tu veux, t'as vu, dit-il en se tournant vers sa voiture récemment volée, de l'autre côté de la route. - J'ai besoin d'avoir ma propre voiture. - Tu veux que je te vole une caisse? - C'est au dessus de tes capacités? - Nan, nan. Pas de problème. Mais nouvelle plaque, tout ça je fais pas. - Trouve juste une bonne voiture. - OK, et on est quitte comme ça... conclue Sean en se frottant les mains, ravi de cet arrangement. - J'ai besoin d'un permis en règle aussi. - Oh, t'as cru j'allais te l'acheter la caisse? Je vais pas te ramener la carte grise aussi. - Si, puisqu'il me la faut. Faut que ça ait l'air légal, explique Kane dans le but de le pousser à fuir et à la laisser tranquille. - Euh... Bah c'est pas évident... Kane commence à avoir un doute : serait-ce possible que ce jeune homme soit disposé à risquer la prison juste pour s'acquitter de sa dette ? Il y aurait des valeurs dans le monde criminel ? Elle tente de revenir en arrière pour en finir avec cette fantaisie déplacée : - Tu vas sûrement te dire que je suis une chieuse... - Mais non. T'es une fille. Tout simplement, répond Sean visiblement prêt à tout pour la remercier. - Je peux compter sur toi ? Sean la regarde puis jette un oeil à sa voiture en réfléchissant, un peu nerveux. Il renifle en se grattant le menton et finit par soupirer : - Bon, 'azy. Pour la voiture c'est réglé. Pour les papiers, je vais voir ce que je peux faire. Kane sourit intérieurement, surprise et un peu choquée qu'il accepte si facilement. Elle commence à croire à la possibilité que ce jeune puisse être sincère. - Amène-la au garage Earnie's en fin de journée. - "En fin de journée"?! C'est tendu. - Oui, alors à ta place je me mettrais tout de suite en chasse. Sean commence à sourire avant de constater que Kane le dévisage, toujours perplexe : - Euh... C'est... Ouais, ok... J'y vais, hein ? Il détale en traversant la rue pour gagner son véhicule. Kane le regarde faire, assez intriguée par ce subit retournement de situation. Comment définir ça dans des termes appropriés ? Une chance inconvenue, un espoir inattendu ou encore un cadeau empoisonné... Parlons de chance de débutant pour ce coup-là. Quoiqu'il en soit, la chance ne dure jamais bien longtemps. Alors que Kane se réchauffe, assise tout près du radiateur intérieur du bus, son portable se met à sonner. Une pensée lui traverse l'esprit : "Est-ce que ça va finir par s'arrêter un jour ?", sentant que son prochain problème l'attend au bout du fil. Elle regarde l'identifiant et voit que c'est un appel de sa banque. Elle laisse passer deux sonneries en fixant son téléphone en refusant de décrocher quand elle constate la gêne parmi les autres passagers du bus qui la regarde d'un air supérieur ou suppliant selon les personnes. Elle finit par décrocher : - ... Allo, oui ? - Allo oui, bonjour. Mademoiselle Kane ? - Oui, c'est moi. - Vous vous souvenez de moi je suis... - Oui, la responsable clients. - Voilà. Alors je vous appelle pour vous signifier que votre compte est débiteur de 200 dollars depuis hier soir. - Quoi ? Comment ça... C'est impossible. Je n'ai pas... Kane se souvient alors brusquement qu'elle a perdu deux emplois successivement dans la semaine et que ce n'est pas le job au garage et les pourboires au St James qui vont lui assurer des sommes suffisantes pour rembourser toutes ses dettes. Plus de télémarketing, plus de Pick-A-Chick'n et donc, des salaires qui se perdent et des dettes qui s'accumulent. "Est-ce que j'ai droit à quelque chose ? Un délai... Un crédit, c'est possible ?" - Alors vous avez droit à un crédit, oui. Plafond de... 300 dollars. - Quoi, c'est tout ? - Je suis désolée mais c'est la proportionnelle par rapport à la moyenne du solde de votre compte. Le bon vieil argot de banquier à la noix qui n'est compréhensible que par eux-mêmes, et encore ! Croient-ils sérieusement que qui que ce soit puisse comprendre le moindre mot de ce charabia ? Savent-ils de quoi ils parlent ? - OK, vous pourriez me faire la version pour débutant en gestion de compte bancaire ? - Vous n'avez pas le droit à plus. Vous n'avez pas assez déposé. - Je vois... Mais j'ai vraiment besoin de l'argent. Y aurait-il un moyen pour étendre mon crédit à 2000 dollars, s'il vous plaît madame ? - Bien sûr. Il vous suffit de déposer cet argent sur votre compte. - Mais je n'ai pas cet argent, s'exclame Kane, hors d'elle comme souvent face aux administrations. - Je suis désolée, c'est tout ce que je peux faire. Vous avez 30 jours pour rembourser ce découvert. - C'est impossible... soupire Kane. - Vous êtes prévenue. - ... Kane ne sait même plus quoi répondre, sa gorge est nouée et des milliards d'idées traversent son esprit pour l'instant. Elle tient le portable à son oreille et fixe la route devant elle alors que le bus avance sur la neige boueuse en train d'être salée par un camion devant qui bloque le passage. Kane se sent tout aussi bloquée, si ce n'est plus. Son visage est inexpressif. Une fois de plus, elle est vraiment ailleurs. - Bonne journée, mademoiselle. Au revoir, conclue la responsable clients, privée de réponse par son interlocutrice estomaquée. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 2:58 | |
| ...Au lycée, à l'heure de la pause, Kane, qui n'a pas le temps ni les moyens de filer puisque le père Joseph veille à l'entrée du parking pendant qu'il signe des bons de livraisons de livres pour la bibliothèque Mulligan, est contrainte de passer le temps, assise seule sur un banc. Elle se plonge dans la lecture du journal ultraconservateur du lycée "Le Prophète" qui fait étalage de tous les événements "justes" et pieux qui ont lieux en ville et qui sont organisés par le lycée et par la paroisse. Un article est consacré au doyen de l'établissement, Monseigneur Mulligan, et à sa carrière dans les ordres depuis l'âge de 15 ans. Elle qui voulait récolter des informations sur lui, voilà qui est fait. Rien de bien intéressant : l'homme est monté en grade en traversant les Etats-Unis en partant de l'Ouest jusqu'au comté de Suffolk aujourd'hui. Il a toujours été beaucoup apprécié par ses pairs et a rapidement acquis son titre de "Monseigneur". Il atteint les 70 ans bientôt et se consacre à l'éducation des jeunes chrétiens d'où son rôle au lycée St John. Voyant qu'elle n'a aucun espoir d'aller lire les petites annonces de l'autre côté de la rue, Kane décide de rentrer se réchauffer un peu. En passant, elle aperçoit Jun et ses potes discutant avec un groupe de filles. Jun sentant le regard de la jeune fille se tourne vers elle alors qu'elle détourne le regard avant d'entrer dans le hall. Dans le hall, Kane se promènent en observant quelques affiches : les seules autorisées par le conseil de l'établissement pour vanter les mérites d'une vie saine à tous les niveaux. Elle entre dans un couloir où quelques élèves passent en la croisant quand elle croit reconnaître une silhouette familière au loin. Elle s'approche de la personne en question : - Hé bébé, ça va ou quoi ? Il avance dans la lumière du couloir et Kane reconnaît Marcus, le chef de la bande dont fait partie Sean : - Marcus ? Qu'est-ce que tu viens faire ici ? T'as des clients au lycée ? - Et pourquoi j'aurais pas quelques cours à rattraper ? - Est-ce que c'est le cas ? - Nan, t'as raison. Je venais te voir; - T'as pas peur de te faire attraper. T'as plus tellement l'âge d'être au lycée; - Oh, t'es dure. J'ai même pas 25, moi - Peut importe. Désolée d'être passée te voir. J'ai plus besoin de tes services. - Ouais, j'ai entendu que ça avait merdé l'aut' soir. - Et oui, mais j'ai rien dit. Tout le monde s'en est sorti. - Ah, bébé... On a un souci, tu crois pas ? soupire Marcus - Non, je... vois pas... - Tu me dois des sous, je crois. - Ecoute c'est pas le moment... Avant qu'elle n'ait pu finir sa phrase, Marcus la saisit à la gorge et la colle contre les casiers. Un couple d'élèves qui assistent à la scène quitte précipitamment le couloir à ce moment. Marcus les regarde faire puis revient à Kane : - Maintenant c'est toi qui m'écoute ok ? J'ai été sympa avec toi. Je t'ai bien expliqué et t'as merdé. Alors maintenant tu crois que tu vas m'endormir 1800 dollars ? Nan, nan, ça risque pas d'arriver, t'as compris ? Kane acquiesce tant bien que mal pour répondre : "Fais attention à toi, je rigole pas avec toi moi. T'es n'importe qui, t'es un client, c'est tout. Je vais pas... Me casser la tête avec ça. Tu m'amènes l'argent vite fait ou on va plus être copains. T'entends, je suis pas ton ami moi. T'as cru que tu me connaissais ? Là, je vais devenir méchant si tu te fous de moi..." Les deux élèves reviennent dans le couloir, accompagnés du père Joseph : - Hé, qu'est-ce qui se passe ici ?! s'exclame le prêtre Marcus le regarde en se forçant à sourire. Il lâche progressivement Kane : - Ah nan, ils ont marché... - Vous êtes qui ? - Je suis Marc... Ouais, Marc comme le Saint là. On est dans le même biz', avec Kane. - C'est à dire ? - Euh... Le club de théâtre ! Ouais, on répétait une petite scène là. Je savais pas qu'ils allaient croire que c'était sérieux... Kane, toujours terrorisée, admire intérieurement la propension qu'a le jeune homme à mentir en étant convaincant. Le père Joseph semble prêt à accepter cette version altérée de la réalité : - Oui, mais bon... C'est pas un endroit pour répéter ici, compris ? explique-t-il. Marcus hoche la tête en souriant avant de se tourner vers Kane : - Mets toi bien dans la tête que je t'ai trouvé à ton lycée. Je vais pas beaucoup galérer pour trouver où t'habites, ok ? chuchote Marcus en faisant mine de lui faire la bise avant de partir tranquillement. Le père Joseph le regarde s'éloigner puis se tourne vers Kane qui respire difficilement : - Ca va aller ? La cloche sonne la fin de la pause. Kane se masse la gorge en reprenant son souffle et tente de cacher ses larmes en tournant le dos au père Joseph : - Je vais bien... répond Kane sanglotant en essayant de parler correctement. - Alors allez en cours maintenant. Soyez pas en retard, lance le père Joseph avant de partir embêter d'autres élèves. Après être passée aux toilettes pour cacher ses larmes, Kane retourne en cours toujours aussi bouleversée par sa situation. Ce qui devait l'aider à arranger les choses ne lui apporte que des problèmes. Elle pensait gagner un peu d'argent, elle en doit beaucoup. Elle pensait en finir rapidement et voilà que l'histoire risque de durer. En cours, elle prend des notes mais elle n'écoute rien, n'y personne, l'esprit complètement ailleurs. Elle observe ses camarades qui paraissent tous heureux, un peu ennuyés bien sûr, mais détendus, parfois même souriant. Elle ressent presque comme du mépris de leur part : comment peuvent-ils faire comme si de rien n'était alors qu'elle est dans un tel état de détresse ? Les gens sont égoïstes, n'est-ce pas ? Et ainsi, la journée avance et Kane déprime plus d'heure en heure. Cherchant en vain la moindre solution : Earnie n'acceptera jamais de la payer autant alors qu'elle débute, Madame Hunch n'en a tout simplement pas les moyens... Comment faire pour une jeune fille de son âge pour se procurer une telle somme d'argent dans des délais qu'on devine aussi courts, bien que non définis ? Kane se torture le cerveau sans jamais parvenir à une réponse convenable. L'illégalité n'a vraiment pas payé jusqu'à là alors autant oublier. Mais que reste-t-il ? Et là revient la réponse qu'elle craint et qui ne cesse de tomber : Rien. Kane est seule, elle n'a rien. Toutes ces considérations mêlées à l'atmosphère générale d'un lycée, conservateur en plus de ça envahissent l'esprit de la jeune fille qui se sent écrasée sous les responsabilités. Encore un énième cours, mais celui-là est appréciable. Dans le sens où personne n'écoute et que le professeur de langues n'a aucune autorité, Kane est libre de réfléchir tranquillement sans contrainte mise à part la bonne vieille contrainte de temps. Combien de temps avant que Marcus ne viennent réclamer son dû ? Dans sa réflexion, Kane se met à faire une liste de ses problèmes en essayant de leur associer plusieurs possibilités de solution allant de la simple à la plus saugrenue. Mais voilà que la liste des problèmes s'allonge alors que celle des solutions simples reste désespérément vide. Son portable se met à sonner mais personne n'y fait attention au milieu du chahut de la classe. Une offre d'emploi providentielle ? Sûrement pas. Dommage, c'était la seule solution que Kane avait pu lister. Elle voit que le numéro est masqué : - Allo, qui est-ce ? - Kane, Kane, Kane... Comment va, bébé ? - Marcus ? Qu'est-ce que tu veux ? demande Kane en se tournant vers le mur pour que personne ne la remarque. "J'ai pas encore réuni la somme... Mais j'y arriverais. Si tu me laisses un peu de temps... " - OK, devine où je suis là. - Quoi ? Euh... Comment je saurais... - C'est ça ta cuisine ? Nan ! Tu déconnes ? - De quoi tu parles ? Je comprends pas... - Sinon, c'est ton gamin ou tu le gardes pour une amie ? Et enfin le raisonnement de Kane se déclenche comme le mécanisme d'une arme à feu. La pression sur la gâchette, le déclic et voilà que part le coup. Kane se dresse sur ses jambes en poussant sa chaise en se levant. Marcus est chez elle. Kane commence à respirer en haletant : - Marcus... Non, Marcus... Je t'en supplie... Kane commence à pleurer à chaudes larmes : - Je t'ai dit, je suis pas un petit joueur. Je te l'ai dit ou je te l'ai pas dit ? - Lui fais pas de mal, Marcus je t'en supplie. Je ferais tout ce que tu veux, je te promets mais lui fait pas de mal s'il te plaît, non ! Dans le brouhaha, Jun remarque Kane en pleurs au téléphone. Il détourne le regard croyant avoir mal vu mais au nouveau coup d'oeil il s'aperçoit qu'elle respire difficilement. Il fait signe à ses potes qu'il les quitte et rejoint Kane, toujours au téléphone : - Toi je sais pas, mais moi j'ai fini de jouer, répond Marcus sur un ton menaçant. - J'arrive, j'arrive tout de suite... - Trop tard, coupe Marcus avant de raccrocher. - Non, non !! hurle Kane au téléphone. Elle met la main sur sa bouche en pleurant alors que certains élèves commencent à se poser des questions en la regardant au fond de la salle. Elle va tomber à genoux quand Jun la rattrape : - Hé, Kane. Qu'est-ce qui se passe ? Kane, sous le choc, est incapable de prononcer un mot. Jun ramasse les affaires de Kane et l'accompagne à la sortie quand le professeur les voit passer : - Non mais, vous allez où là ? - Elle se sent pas bien, monsieur. Je l'accompagne à l'infirmerie. - Ah oui ? Oui, bon... Revenez vite. Jun et Kane sortent et s'arrêtent dans le couloir. Kane se remet à pleurer de plus belle en se laissant glisser, dos aux casiers. Jun se baisse pour se mettre à son niveau : - Kane... Kane écoute moi. Dis moi ce qui se passe. Je peux peut-être t'aider... T'as un problème ? C'est le gars du parc ? Kane le regarde, un peu étonnée qu'il ait compris aussi vite. Pendant un instant, elle se rend compte que Jun est la personne qui connaît le mieux la face extérieure de sa vie. Alors, dans un effort surhumain pour se contenir, elle décide de demander de l'aide : - Il faut absolument que je rentre chez moi... Ils vont lui faire du mal... Jun se redresse, l'air inquiet et jette un oeil vers le hall avant de se tourner vers Kane, toujours assise par terre, en lui tendant la main : - On n'a pas de temps à perdre alors. Kane lève les yeux vers lui et prend sa main pour se lever en séchant brièvement ses larmes avec la manche de sa veste de tailleur. Ils partent en courant vers la sortie. Le coupé de Jun file à travers la ville avec Kane à bord, l'air hagard : - New Eden, je prends à droite ? - ... - Kane, t'es avec moi ? - Quoi ? Oui, je... A droite c'est là ! Il freine en dérapant et Kane descend aussitôt du véhicule sans fermer la porte. Jun fait le tour et fonce vers l'entrée. Ils grimpent rapidement les escaliers et arrivent à la porte de l'appartement de Kane qui se met à trembler en sortant ses clés : - Attends ! lance Jun en lui montrant que la porte n'est pas fermée et que la serrure a visiblement été forcée. - Oh non, oh non ! Kane pousse la porte et entre tandis que Jun se saisit d'une planche pensant que les personnes responsables sont encore sur les lieux. La déco de l'appartement de Kane n'était déjà pas bien réjouissante avant l'effraction mais voilà que le taudis ressemble à un vrai squatte avec inscriptions sur les murs, meubles sévèrement endommagés, literies et rideaux déchirés, vaisselle cassée et toutes autres réjouissances qui définies ce genre d'endroit. Jun s'assure rapidement que personne n'est caché quelque part et il se tourne vers un berceau renversé que Kane fixe, les deux mains sur la bouche, sans pouvoir bouger le moindre muscle. Jun s'approche lentement du berceau en passant devant Kane qui le regarde faire en frissonnant. Il se baisse et soulève doucement le berceau pour constater qu'il n'y a pas de bébé. Kane le découvre et se sent soudain rassurée même si la situation n'a rien de rassurant : - Y a personne ici, remarque Jun. Kane reprend son souffle en regardant autour d'elle mais incapable de réfléchir correctement. Jun essaie de comprendre la situation mais fait avec le peu d'informations qu'il a : "Est-ce que quelqu'un saurait où est ton petit frère ?" - Oh... s'exclame Kane avant de filer. Jun la suit en accélérant le pas pour la rattraper. Ils arrivent en bas, à la loge de la concierge et Kane se met à sonner et à tambouriner à la porte : - S'il vous plaît ! C'est Kane ! Ouvrez, je vous en supplie !! Après quelques instants, Jun empêche Kane de se blesser en saisissant ses bras : - Ecoute, si elle était là elle aurait déjà ouvert. Il faut peut-être appeler la police... - La police, non ! Ils... Ils vont me le prendre, je veux pas... - A moins que t'ais une autre solution, je vois que ça. Une fois de plus, Kane et contrainte de réfléchir à cent à l'heure pour sortir d'une situation extrême. Jun commence à appeler la police tandis que Kane se creuse les méninges pour éviter ça. Kane ferme le portable à clapet de Jun avant qu'il n'ait pu dire "Allo" : - Je sais ! Je vais essayer le portable de ma concierge ! s'exclame-t-elle en sélectionnant son numéro dans son agenda - OK, mais si jamais ça répond pas j'appelle la police. - Répondez, je vous supplie répondez... marmonne Kane en entendant les sonneries successives. Oh mon dieu... Répondez, vite ! Jun la regarde, presque aussi inquiet et ouvre à nouveau son téléphone : - Je les appelle... - Attends ! interrompt Kane en entendant un déclic - Allo, Kane ? répond la concierge d'une voix très calme - Oh, vous êtes là ! Je vous supplie, dites-moi que Jun est avec vous... Jun fixe Kane, intrigué : le petit frère de Kane s'appellerait comme lui ? Drôle de coïncidence. Si on peut parler de coïncidence. - Et bien, Jun est avec moi oui. - Mais où êtes-vous, alors ? Vous n'êtes pas à la maison ?! - Comment vous croyez que je fais pour vivre ? Je dois sortir de chez moi. - Et vous avez le culot... Sentant que ça risque de dégénérer d'une seconde à l'autre, Jun lui prend le téléphone : - Où êtes-vous, en ce moment ? - Au salon de coiffure. Je suis même pas à deux rues d'ici et mademoiselle... - Merci, conclue Jun en raccrochant. - Où ? demande Kane en regardant Jun, les yeux remplis d'espoir. Ils arrivent en trombe au salon de coiffure. Jun suit difficilement la cadence alors que Kane se précipite à l'intérieur, il reprend son souffle à l'entrée. La concierge est assise à un fauteuil, en train de se faire couper les cheveux. A un petit mètre d'elle à peine, une poussette avec Jun qui dort profondément à l'intérieur. Kane se précipite vers le berceau : - Mais qu'est-ce qui se passe alors ? s'étonne la concierge - Jun ! Jun a une réaction en entendant son prénom mais se souvient qu'il le partage avec le bébé et se contente d'entrer tranquillement dans le salon. Kane sort Jun de la poussette et le prend dans ses bras en pleurant. Jun se réveille et se met à pleurer également : - Oh, mais vous l'avez réveillé là, remarque une coiffeuse d'un ton supérieur. - De quoi je me mêle ? répond Jun en la fixant droit dans les yeux. Kane berce son fils dans ses bras et il se calme progressivement : - Oh bébé, maman est là... Tout va bien, maman est là... A ces mots, le grand Jun ouvre des grands yeux de surprise. Voilà qui explique bien des choses : Kane a un fils, et elle l'a appelé Jun. Cette coïncidence n'avait décidément rien d'une coïncidence. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 25 Nov à 3:00 | |
| ...Le coupé de Jun se gare sur les abords de Peterkin Park et Kane en descend en regardant le petit Jun à l'arrière : - J'en ai pour 5 minutes. - T'es sûre que tu veux pas que je t'accompagne ? demande le grand Jun - Non, il faut que quelqu'un le surveille. Je te fais confiance. - OK... Tu peux. Je m'en occupe. - Merci pour tout ce que t'as fait d'ailleurs... T'avais aucune raison de... - C'est pas lui, là bas ? interrompt Jun en montrant un jeune homme sortir d'un immeuble délabré. - C'est lui, confirme Kane en remontant dans la voiture. Jun avance et s'arrête brusquement aux côtés de Marcus qui sursaute. Jun descend de la voiture, prêt à lui bondir dessus quand Kane s'interpose entre les deux : "Attends une seconde !" - Hé, il lui arrive quoi à lui ? s'exclame Marcus. - A moi rien, mais toi tu vas tellement déguster... - Du calme, les gars. Du calme. Jun se calme difficilement : - Je t'attends dans la voiture... - Qu'est-ce qui se passe alors ? demande Marcus, l'air faussement innocent. - Ce qui se passe c'est que tu as fait l'erreur de t'en prendre à un bébé. - Je vois pas de quoi tu parles, bébé... - Je crois que tu sais très bien de quoi je parle, reprend Kane. - Tu crois que je mens? - Non, je sais que tu mens, affirme Kane, sûre d'elle mais luttant pour ne pas lui sauter à la gorge. - Bon... Et alors, t'es venue me donner mon fric ou quoi ? - "Tout se paye", tu sais ? - Je m'en ferais un mémo, ok ? - T'as eu tort de faire ça, lance Kane avant de monter dans le coupé. - Et là c'est le moment où j'ai peur ? demande Marcus en plaisantant. - A toi de me le dire, conclue Kane. Jun démarre et le coupé s'éloigne au coin de la rue. Marcus sourit, un peu déstabilisé puis reprend sa promenade. Il fait déjà sombre dehors alors qu'il n'est que six heures. Les nuages n'ont pas quitté le ciel de toute la journée, en plus du vent : voilà une journée parfaite pour la déprime voire la dépression. En quelques heures Kane est déjà passée par les deux états. C'est malgré tout avec le coeur un peu plus léger que Kane se rend au garage, accompagné par Jun qui finit de déplier la poussette. Kane le regarde faire tout en s'occupant du bébé : - Je sais pas si je pourrais arrêter de le dire mais je te remercie encore pour tout ce que t'as fait. - Oh, j'ai pas fait grand chose. Je me suis contenté de te conduire... Hé, faut croire qu'il y a une carrière de chauffeur qui me tend les bras, hein, remarque Jun en plaisantant. - Désolée si j'ai pété les plombs. J'étais vraiment... Enfin bref. Merci beaucoup de ton aide. Jun lui fait signe que ce n'était rien en fermant le coffre de son coupé. Il fait le tour du véhicule et ouvre la porte puis s'arrête alors que Kane installe son petit Jun dans la poussette : - Euh... Le bébé, tu... - Oui ? Jun regarde le bébé qui lui sourit puis sa mère : - Non, rien. Oublie ça. - C'est pas vraiment mon petit frère, si c'était la question. - C'était la question... répond Jun en souriant. Il monte dans sa voiture et démarre. Il s'éloigne alors que Kane lui fait un petit signe de la main. Elle pousse la poussette et entre dans le garage. La berline sombre que Sean utilisait le soir du deal arrive près du garage avec Marcus au volant. Il surveille la jeune fille qui disparaît à l'intérieur. Rico est occupé sous une voiture quand Kane arrive dans la grande salle, déjà changée et en salopette. - Salut Rico. C'est moi. - B'jour Kane... Bouge pas je finis ça... Je suis à toi dans une seconde. - Pas de soucis, répond Kane en jouant avec le bébé qui se met à rire. Rico se cogne en essayant de se relever, surpris par ce bruit inhabituel au garage : "Est-ce que ça va ?" demande Kane Rico sort de sous la voiture en glissant sur sa planche à roulette. Il s'essuie les mains avec son chiffon et se relève : - Un bébé, hein ? - Oui, c'est ça. - Alors, tu m'expliques ? Il voulait prendre des leçons ? - J'espère que ça vous dérange pas, monsieur. Je dois garder mon... Petit frère. - Evidemment que ça me dérange... Kane perd son sourire, surprise par la décision de Rico : - Vraiment ? - Bien sûr, ça me dérange que tu m'appelles "Monsieur". Sert ça aux clients, moi c'est Rico. - Oh oui, bien sûr. "Rico". Rico dévisage Kane et la regarde entièrement : - Ca te va bien cette salopette, t'as changé quelque chose non ? - Non... Enfin, j'ai défait l'ourlet en bas et j'ai resserré un peu la taille. - Et ben, c'est plutôt réussi. - Merci. Pendant une seconde, Kane sentait que Rico essayait peut-être de la draguer mais cette idée la quitte soudainement quand il s'éloigne d'elle. Il se dirige vers un véhicule couvert par une bâche grise : - Apparemment t'as un admirateur dans le coin... - Et cet admirateur ce serait... Toi ? - Non, enfin si bien sûr. Disons un autre, alors. Il fait le tour de la voiture et Kane le suit en amenant la poussette avec elle : "Un gars est passé tout à l'heure, assez jeune... La vingtaine je dirais. Il a dit que c'était pour toi et que vous étiez quittes." Kane a du mal à en croire ses oreilles ce petit brigand dealer de drogue et voleur à la tire occasionnel aurait une parole et il s'y serait tenu. Rico soulève la bâche pour dévoiler une Saab 9-3 1999 noire décapotable un peu poussiéreuse mais d'une allure générale relativement neuve. - C'est... C'est pour moi ? - Et ouais, petite. Oh, il t'as ramené ton permis, dit-il en le sortant de sa poche de chemise. Il a dit que tu l'avais oublié dans sa voiture. - Oui... Qu'est-ce que je peux être étourdie des fois, hein, dit-elle en prenant le permis. Mais en faisant le tour du véhicule, elle s'aperçoit qu'il ne manque pas moins que toute la porte droite : "Ah... Voilà le cadeau empoisonné." - Oh c'est rien ce sera vite fait ça. Et puis comme ça, ça va te motiver pour apprendre. On change le pneu avant droit, on revoit un peu la peinture pour les rayures sur l'aile et on te remet une petite porte. - OK... - Hein, ok on fait ça ? - Ouais, je demande pas mieux. - Allez, viens que je montre comment on va s'y prendre. Il commence à sortir une sorte d'enduis assimilable à du plâtre qu'il place sur ce qui ressemble à des rayures profondes sur l'aile arrière droite. Kane s'y met aussi histoire de se "salir les mains". Dehors, dans le froid, Marcus s'allume un joint près de l'entrée du garage. Il regarde sa montre et tire un peu sur son bonnet pour se couvrir les oreilles avant de tirer sur son joint. Rico montre les gestes à appliquer à Kane, enfin motivée au travail : - Voilà, tu en mets sans trop appuyer. Tu caresses la surface. - Comme ça ? - Non, c'est encore un peu fort. On passera à la lime après et ensuite on pourra toujours poncer alors hésite pas. Rico se montre assez familier comme à son habitude en se collant derrière elle et en lui tenant les mains pour qu'elle exécute les gestes correctement. Marcus, toujours dans le froid, s'assied sur une petite pile de pneus en fumant son joint. Il regarde sa montre en soupirant. Rico est si proche pour lui montrer ce qu'elle a à faire qu'elle peut sentir son souffle sur sa nuque : - Excuse moi Rico, tu pourrais... demande Kane en lui faisant signe de reculer. - Oh oui, bien sûr. Moi c'est pour te montrer, explique Rico en reculant. - Oui, pardon. Je sais bien. Donc, comment je... Rico revient et lui montre en détail ce qu'elle doit faire. Marcus a fini de fumer, ça ne lui fait plus aucun effet. Il regarde l'heure et jette un oeil à l'intérieur du garage. Il descend de sa pile de pneus et s'étire un peu en baillant. Il tire son bonnet sur ses oreilles et se dirige vers sa voiture. Il démarre et s'éloigne alors que le ciel s'obscurcit encore un peu plus. Rico revient avec quelques outils et se penche à nouveau sur Kane qui essaie de bien faire son boulot : - C'est quoi ce parfum que tu portes ? - Euh, aucune idée... Pourquoi, ta petite amie porte le même ? - J'ai pas vraiment de petite amie. - Et "pas vraiment" ça veut pas dire pas du tout, si ? - Disons pas d'officielle. - Oh, je critique pas. C'est une façon de faire, enchaîne Kane un peu gênée mais surtout concentrée sur son ouvrage. - Oui, j'ai toujours de la place pour de nouvelles conquêtes. - J'ai vu les problèmes que ça t'avait apporter d'ailleurs. - Quels problèmes ? - Euh... Rien, rien. Désolée, ça me regarde pas... répond Kane, vraiment gênée cette fois-ci. Rico approche son visage de celui de Kane pour observer son travail de près : - C'est du beau boulot que tu fais là. - Merci... A peine a-t-elle prononcé ce mot que Rico l'embrasse sur la bouche. Elle le repousse brusquement : "Rico ! Mais qu'est-ce qui te prend ?!" - Désolé, désolé... Je sais pas ce qui m'a pris... Kane se redresse et pose ses outils : - Euh... Je devrais peut-être partir... dit-elle en cherchant la poussette des yeux. - Nan, s'il te plaît. Je suis vraiment désolé... C'est ton odeur qui... Rico se rapproche d'elle lentement. - Quoi ? Rico la saisit par le bras puis l'attrape par la taille : "Rico, qu'est-ce qui te prend ?!" - Oh tu le sais... Hein tu le sais ! Kane se débat de toutes ses forces mais il parvient à la coller contre son nouveau véhicule : - Rico, je t'en supplie ! Arrête ! Rico n'arrête pas. Il la tient et ne la lâche plus tout en essayant d'enlever les bretelles de la salopette d'une main : "Au secours ! Aidez-moi !!" hurle la jeune fille. C'est alors que Rico entend des pas. A peine a-t-il le temps de se retourner qu'il prend un puissant coup de pot d'échappement dans le nez. Il lâche prise et tombe sous le choc. Kane se retourne lentement et reconnaît Marcus armé d'un pot d'échappement. Jun se met à pleurer dans sa poussette. Sans réfléchir plus longtemps, Kane se précipite derrière Marcus : - C'est quoi l'embrouille ? demande Marcus en jetant son arme de fortune par terre. - Il est devenu fou, répond Kane en essayant de calmer le petit Jun. Dans leurs dos, Rico se relève et se saisit d'une pince Monseigneur qu'il brandit au dessus de sa tête : - Derrière-toi ! crie Kane. Marcus se tourne subitement vers Rico en sortant un 9 mm qu'il pointe sur sa tête : - Tu vas faire quoi, maintenant ? Hein, tu fais quoi ? Rico se voit contraint de lâcher son outil, le visage en sang. Marcus recule le marteau de son arme : "'Spèce de bouffon. Couche-toi par terre avant que je t'allumes !" Rico obéit et une fois au sol, Marcus le roue de coup de pieds dans l'estomac : - Marcus, arrête s'il te plaît, demande Kane, un peu honteuse d'avoir provoqué un tel déploiement de violence. - T'es sûre que c'est ce que tu veux ? Le gars a essayé de te violer, hein... Réfléchis. - Il a eu son compte, ça va, conclue Kane avant de remettre Jun dans sa poussette. Kane lance un dernier regard à Rico couché par terre : - Je suis désolé, Kane... Je te jure que je le contrôle pas... Je suis vraiment désolé... - Pas autant que moi, répond la jeune fille avant de quitter la salle avec la poussette. Un autre nom à rayer de la liste de ses alliés. Réduisant la liste à... Vraiment très peu de monde. Marcus regarde Rico allongé par terre, qui se tord de douleur : - Pardon... Je voulais pas... - Dommage que tu me dises ça à moi, parce que moi je pardonne pas, répond Marcus. Il s'approche de Rico et lui donne un puissant coup de pied dans la tempe lui faisant cracher du sang par terre. Il recule un peu et enfonce son pied sur l'entrejambe du mécano hurlant à la mort. "Mère de miséricorde, est-ce donc la fin de Rico ?" Une question qu'on est en droit de se poser. Rico mérite-t-il la sentence où est-il réellement malade ? Et si ses pulsions l'avaient déjà mené à commettre l'irréparable ? Et si Rico avait déjà connu Kane, même brièvement, deux ans auparavant ? Des questions qui méritent d'être posées mais qui n'intéressent même pas Marcus qui pointe son canon vers la tête de Rico avant de ranger son arme : - Ce coup-ci j'ai été gentil. La prochaine fois je te descends... Comme un chien... Il le laisse se tordre de douleur, les bijoux de famille en miettes, gisant dans une petite mare de sang. Marcus quitte la salle en s’assurant que personne ne l’a vu. Justice a été rendue ou on en a donné la vague impression… _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 30 Déc à 2:54 | |
| Même en ayant peu de temps je ne peux décemment pas arrêté la publication d'une histoire terminée  J'enchaîne donc avant que 2007 ne me file entre les doigts... ________ « Le crime paie/Un crime sans victime »________ Rico Costas... Un jeune homme brillant. Etudiant en commerce international. Puis survinrent les "affaires d'étudiants" comme disait Rico lui-même. Kane descend du bus, la poussette dans les mains. Elle repense à l'événement inattendu et inexcusable auquel elle vient d'assister en tant que spectatrice mais, surtout, en tant que principale victime. Elle réfléchit à l'intervention de Marcus qui lui semblait salvatrice sur le moment avant qu'elle ne réalise que le dealer ne faisait que protéger son investissement. Elle emmitoufle Jun dans sa petite couverture alors que le vent frais de la nuit vient lui glacer le visage avant de pousser la porte du St James Coffee. Sam, la jeune serveuse finit son service en débarrassant une table alors qu'elle s'est déjà changée, prête à partir. Mme Hunch emporte la vaisselle quand elle aperçoit Kane à l'entrée. Elle pose les assiettes et fait signe en souriant à la jeune fille qui approche, toujours derrière sa poussette : - Ah Kane, te voilà enfin ! J'ai des nouvelles pour toi... s'exclame Mme Hunch. - Plus tard, si ça ne vous dérange pas. - Un problème avec le bébé, demande la patronne en le voyant dans la poussette. - Vous pouvez le garder 5 petites minutes s'il vous plaît ? - oh... Euh, bien sûr oui. - Merci beaucoup, Edna. Je n'en ai pas pour longtemps. Sam attrape son sac derrière le bar et fait un grand sourire à Kane : - Bon courage, dit-elle avant de partir avec pour seule réponse un rictus de Kane. Elle se dirige d'un pas décidé vers la dernière table, celle d'Earnie qui commence, comme toujours, par prendre l'apéritif. Elle se plante à côté de lui en le fixant, sans dire le moindre mot. Le vieux Earnie fait comme si de rien n'était puis quelques secondes passent et il relève enfin la tête : - Euh... Je vais finir l'apéro, d'abord. Merci... - Je ne veux même pas le savoir ! Je viens vous parler de Rico. Earnie pose brusquement son verre qui lui échappe à moitié. Il fixe la bouteille devant lui, osant à peine regarder la jeune fille à ses côtés : - Alors ça y est ? Il t'a tout raconté... C'est alors que le coeur de Kane s'arrête de battre pendant une seconde. Le souffle coupé, les jambes en coton et les mains qui tremblent. Elle s'apprête peut-être à entendre enfin la vérité sur son viol. Mais alors qu'elle est sur le point de l'apprendre, elle n'est plus très sûre de vouloir le savoir. Elle s'est souvent demandée ce qu'elle ferait à l'homme responsable de son agression, l'homme qui partage ce secret avec elle. Il mérite la mort, mais elle se refuse de lui faire ce cadeau. Elle veut le voir souffrir, souffrir et souffrir encore avant de mourir. Rien que de penser à cet homme la renvoie aux pensées les plus sombres auxquelles un être humain puisse être sujet. Elle se redresse, serre les dents en essayant de prendre un visage sec, ne laissant paraître aucun sentiment et regarde le vieil homme droit dans les yeux : - D'après vous ? - Il savait... Il savait qu'il était en mise à l'épreuve et qu'il devait rester discret... - Rester discret ? A quel sujet ? - En ce qui concerne les tendances agressives... Son problème psychologique... Earnie la regarde une seconde avant que son esprit ne s'éclaire subitement : "Il... Il ne t'a rien dit ?!" - Rico m'a agressé ! - Oh non... Oh mon dieu, non ! Il a recommencé... - Recommencé ? Mais que... Ecoutez, je veux des explications. Et je les veux tout de suite ! - Il y a quelques mois... Rico était encore à l'université. Ca a toujours été un bourreau des coeurs. Le petit drague tout ce qui bouge... dit-il en essayant de faire de l'humour avant de constater que Kane n'est pas du tout réceptive. Il ravale aussitôt son sourire : "Bref... Y a eu une histoire avec une ex petite amie qu'il aurait harcelée toute une semaine... Un Trouble Emotionnel... Affectif, ou quelque chose de ce genre d'après le psy de la fac. Avant ça, il avait déjà eu quelques avertissements concernant des attouchements sur des camarades... Mais jamais de mineures ! Ah ça, jamais !" - Et depuis, est-ce qu'il est suivi ? - Plus ou moins, oui... - Plus ou moins ?! Plus ou moins !?! Vous savez que votre neveu a tenté de me violer et que si mon ami n'avait pas été là il serait probablement arrivé à ses fins ! - Il n'aurait jamais fait ça ! Rico est malade... - Qu'est-ce que vous en savez ?! - Il n'a jamais fait de mal à une femme, il les respecte trop ! Et rien ne s'était passé depuis des mois. - Oh, vraiment génial... Je dois le féliciter tout de suite ou vous lui ferez passer le message ? demande Kane plus cynique que jamais - J'avoue que j'ai fait une erreur, d'accord ? J'en suis pas fier mais je l'ai fait. Kane reprend difficilement sa respiration comme si elle venait de faire un 100 mètres avant de poursuivre : - Et cette erreur remonte à 2 ans, c'est ça ? - Mais de quoi est-ce que tu parles ? Rico est entré à l'université il y a moins d'un an. Jusque là il n'avait aucun problème, il vivait avec ses parents en Floride. - En Floride ? Alors... Il ne pouvait pas me connaître ? s'exclame Kane, pensive. - Ecoute, je n'aurais pas du t'envoyer vers lui. Je suis vraiment désolé, je t'assure. Mais il fallait que je saches s'il était guéri... - Est-ce que j'ai servi... D'appât ? demande Kane en grimaçant, dégoûtée jusqu'à l'idée d'être mêlée à d'autres histoires aussi sordides que sa vie privée - Euh... Tu sais... J'ai juste voulu... - Oui ou Non ?! - Je suis désolé, Kane. Je te jure que je ne voulais pas ça... - C'est moi qui suis désolée, Earnie... Je vais déposer plainte dès que possible pour agression et tentative de viol. - Non, tu ne vas pas... Kane, je t'en supplie ne fait pas ça ! Avec son passé il irait directement en prison ! - Bien sûr, vous voulez que j'attende sa prochaine victime ou alors on patiente jusqu'à ce qu'on ait un cadavre sur les bras ? lance Kane, toujours plus sordide dans le sarcasme - Je te demande ça comme un service... Kane, s'il te plaît ! - Mais je n'ai absolument aucun service à vous rendre ! Par contre c'est un service que je rends à tout le monde en le dénonçant. Elle commence à faire demi tour quand Earnie se lève pour la saisir par le bras : - Attends, Kane ! Elle se retourne lentement en essayant de dégager son poignet : - Quoi encore ? - Si je te payais, tu penses que tu pourrais... Oublier l'incident ? - Ca n'a rien d'un incident, d'accord ! C'est grave ! - 2 000 dollars, et on oublie tous cette histoire d'accord ? Kane parvient enfin à se dégager : - Non, merci. Je ne mange pas de ce pain là. - 4 000 dollars ! Rico sera renvoyé en Floride, s'il le faut. Kane revient lentement vers le vieil homme, sans le regarder du tout, plutôt tournée vers la vitrine : - 4 000 dollars... Et "oui", il le faut, conclue-t-elle en le regardant enfin. Je passe les chercher quand ma voiture sera réparée. - Ta voiture ? - Rico vous expliquera... avant de déguerpir sans jamais se retourner. - Je te remercie, vraiment... - Non ! Ne me parlez plus, s'il vous plaît. Je ne veux plus vous entendre. Jamais... Elle lui jette un dernier regard glacial qui lui fait baisser les yeux, accablé par la honte et la culpabilité. Kane retourne vers le bar où Mme Hunch fait celle qui n'a pas entendu : - Un problème avec Earnie ? - Vous nous écoutiez ? - Euh... Non, j'ai juste... Oui, un peu. Earnie sort quelques billets de sa poche et les poses sur la table avant de sortir du restaurant sans oser regarder Kane ou Mme Hunch. Mme Hunch rejoint Kane de l'autre côté du bar : - J'ai du mal à croire que Earnie soit capable d'une chose pareille... - Vous croyez que je mens ?! s'exclame Kane, outrée - Non. Bien sûr que non ! Je suis de ton côté, rappelle-toi. - Désolée, je suis... Je suis encore un peu sur les nerfs. - Tu n'as pas à t'excuser. Je te comprends très bien, d'accord ? Kane acquiesce de la tête en esquissant le début d'un sourire alors que Mme Hunch repart de l'autre côté du bar pour rejoindre Jun dans sa poussette : "Et j'ai de quoi te remonter le moral !" - Ah oui, cette nouvelle alors ? - Je me suis replongé dans mes bouquins de l'université... Je t'avouerais qu'ils ont bien pris la poussière. Enfin bref, j'ai étudié ton cas et je pense pouvoir t'aider pour le rendez-vous avec les Services de Protection de l'Enfance. - Oui, euh... Vous me l'aviez déjà dit, il me semble. - Oh non ! Pas seulement pour que le rendez-vous et la visite à domicile se passent bien mais pour pouvoir éviter les 2 ! - Eviter les... Quoi, on peut faire ça ? - Bon, je t'avoue que je suis encore en train de bosser là dessus mais on peut déjà retarder les rendez-vous le temps que je devienne la marraine légale de Jun... - Sa marraine ?! s'étonne Kane - Oh, si tu es d'accord bien sûr !? - Euh... Je... Ouah... Je crois... Oui, je crois que j'adorerais ça oui ! - Ah, formidable ! Heureusement que tu es d'accord... J'avais déjà mis les choses en marche pour ne rien te cacher. Kane lui lance un regard à la fois surpris et complice : - Oui, ne perdons pas de temps après tout, répond Kane en souriant Edna lui sourit avant qu'elles ne se tournent toutes les deux vers Jun qui s'est réveillé et qui les regarde en tendant les bras vers elles. La patronne le prend dans ses bras tandis que Kane pose son regard attendrissant sur son bébé : "Oh, j'aurais un petit service à vous demander. Avant que j'oublie..." s'exclame Kane à Mme Hunch qui la regarde, intriguée. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 30 Déc à 2:57 | |
| ...Pendant la nuit, la pluie a transformé le manteau neigeux immaculé en une masse boueuse infecte et dangereusement glissante. Mais ce n'est pas une excuse suffisante pour fermer le lycée à Amityville. Comme n'importe quel autre jour, tous les élèves sont conviés obligatoirement à participer aux cours. Kane vient encore en bus pour une des dernières fois peut-être. Si Earnie tient sa parole elle récupèrera une voiture toute neuve assortie d'une belle petite somme pour régler ses problèmes financiers les plus urgents. Elle devrait se sentir plus à l'aise en y pensant mais elle se remémore l'agression en l'associant au viol dont elle n'a quasiment aucun souvenir. Une image, une odeur et elle pourrait peut-être identifier le responsable. Cet événement malencontreux la met face à une idée terrifiante : le violeur est peut-être encore dans les parages. Kane traverse le parking du lycée recouvert de sel. Alors qu'elle passe entre les véhicules garés, elle remarque l'air supérieur de retour sur le visage de Lacey qui vient d'arriver avec une amie. Elle essaye de ne pas y faire attention mais elle sent que quelque chose a changé. La jeune fille et son amie se précipitent à l'intérieur ; ce qui n'a rien de très habituel. Devant l'entrée, Jun quitte son groupe de potes pour la rejoindre alors qu'elle passe timidement devant eux. - Kane, ça va ? - Oui, je te remercie. Elle s'apprête à partir quand Jun vient se planter devant elle : - Et... Est-ce que Jun va bien ? Kane s'assure que personne ne les écoute aux alentours : - Je l'ai laissé chez ma patronne pour quelques temps. - Tu ne fais plus confiance à ta concierge ? - Ecoute, j'aimerais autant qu'on n'en parle pas ok, explique Kane en s'éloignant. Jun la regarde partir, une fois de plus. Une fois de trop peut-être : - C'était moi ! C'est moi qui nous aie dénoncé au père Joseph ! Kane revient sur ses pas, intriguée : Est-ce qu'il dit vrai et si oui pourquoi ? - Quoi ? - Je voulais qu'on puisse se voir plus longtemps. Je voulais qu'on puisse discuter vraiment. Pas comme on fait d'habitude. Du jour au lendemain, tu t'es mise à éviter tout le monde et moi... Moi je me suis rendu compte que tu te méfiais de tout et de tout le monde. Même de moi. J'ai perdu des parents, pas mon père, ni ma mère mais je sais ce que c'est. Il faut pas rester là dessus. Il faut avancer... Ouah, ça sonne très "sermon du père Joseph" ce que je dis, hein ? Kane a du mal à suivre avec le flot d'informations qu'elle reçoit à la fois : elle l'aime, elle en est sûre. Maintenant voilà que ses sentiments sont réciproques et qu'elle n'a pas su le voir jusque là. Jun pourrait être bien plus qu'un ami. Voilà une chose qu'elle n'osait imaginer qu'en rêve. - Euh... Non. Non ! Pas du tout. Mais... C'est plus compliqué. - Je peux toujours essayer de comprendre. - C'est pas évident de parler de ça... - T'as des problèmes avec ton ex... Ou peut-être ton mec ? - Quoi ? De quoi est-ce que tu parles - Et bah, le... Le père de Jun. J'ai encore un peu de mal à parler d'un autre Jun que moi... - Je... Ca ne te regarde pas, d'accord ?! conclue Kane avant de passer sous le paravent de l'entrée. Jun la rejoint à nouveau, de plus en plus intrigué et inquiet pour elle : - Attends ! T'oublies que je suis de ton côté, moi. - Pourquoi est-ce que je devrais te croire, hein ? T'es comme les autres, après tout. - Tu le connais pas... - Quoi ? De quoi est-ce que... - Tu ne sais pas qui est le père ?! - Comment tu sais ça, toi ? - En fait... C'était une question. Mais j'imagine que tu viens d'y répondre. Kane baisse la tête en soupirant, prise au piège : - Ecoute, je te remercie de tout ce que t'as fait jusque là mais je crois que ça va aller maintenant. - Tout ce que je vois c'est que ce garçon te méritait pas, s'exclame Jun, amer. - C'était il y a deux ans. C'est du passé. Qui s'en inquiète ? - Moi ! répond sèchement Jun Kane retrouve le regard inquiet dans les yeux de Jun, sauf que cette fois-ci elle en connaît la raison. Plus de doute à ce sujet ; Jun tient à elle. Malgré tout, les mots se bloquent dans sa gorge et elle se trouve incapable de prononcer la moindre parole apaisante pour calmer la colère du jeune homme. Elle reste là, alors que Jun soupire avant de s'éloigner en entrant dans le lycée. Elle s'avance pour sortir de dessous le paravent pour prendre un grand bol d'air frais après ce coup de chaud qui lui vient à chaque fois qu'elle s'approche de Jun ou qu'elle évoque ses problèmes. Les idées se bousculent dans sa petite tête alors, comme souvent, elle se fixe un but à court terme. A savoir, aujourd'hui ; finir la journée sans nouveau problème et aller récupérer son argent et sa voiture. Après tout, Jun aurait le droit de savoir après tout ce qu'il a fait sans poser de question. Alors qu'elle a repris le frais, son coup de chaud revient accompagné d'un sentiment désagréable. Comme une odeur malsaine. Une odeur de cigarette. Kane regarde aux alentours mais ne voit personne en train de fumer ; c'est d'ailleurs strictement interdit ici. Elle se décide enfin à entrer. Un peu plus haut, sur le paravent, Lacey est assise la clope à la main. Elle reste bouche bée après avoir entendu toute cette histoire. Elle s'empresse d'écraser sa clope dans la boue glacée avant de repartir vers la porte du toit au milieu de tous les élèves fumeurs. Plus tard dans la journée, Kane attend dans un couloir, adossée au mur en regardant les affiches sur le panneau d'affichage de la paroisse. Rien d'intéressant, comme d'habitude mais ça permet toujours de passe le temps en attendant un professeur. Et puis, en les lisant avec un peu de recul, certaines annonces peuvent paraître vraiment amusantes. Le vieux Monseigneur Mulligan passe au fond du couloir avec Mme Watson. Il remarque Kane et fait signe à Watson de partir devant. Il s'approche de la jeune fille qui ne l'a pas encore remarqué : - Mademoiselle, qu'est-ce que vous faites à traîner dans les couloirs ? - Oh, je me contente de lire les annonces de la paroisse. - Oui, et bien vous avez toute la durée des pause pour faire ça. - C'est l'interclasse... - Alors qu'attendez-vous pour aller à votre prochain cours ? - C'est juste ici et le professeur est toujours en retard. - Et rien ne vous empêche d'attendre à l'intérieur. Kane reste une seconde, sans voix. Alors que Mulligan s'était toujours rangé du côté des élèves voilà qu'il s'en prenait à Kane. Elle regarde aux alentours : pas de caméras cachées. Est-ce que le vieux Mulligan serait devenu grincheux et aigri comme la plupart des personnes de son âge ? Du jour au lendemain ? Kane reprend ses esprits en espérant se faire des idées. - Le fait que la porte soit fermée à clé me paraissait être une bonne excuse... lance Kane en plaisantant. - Oh, ne soyez pas insolente ! Mulligan se met à chercher dans une poche de son grand manteau qui recouvre sa soutane. Il en sort un petit trousseau d'une cinquantaine de clés. Rien de tel pour réveiller la curiosité et la paranoïa de Kane. Ses deux amies fidèles qui l'accompagnent dans tous ses déplacements. Elle se souvient de sa surprise quand Mulligan avait évoqué sa vie "effritée" sans qu'elle n'ait évoqué cet aspect mis à part devant la psychologue. Elle hésite une seconde alors qu'il essaie plusieurs clés de suite et se lance : - Ouah, ça vous fait combien de clés tout ça ? - Quelle importance ? - Une pour chaque serrure de cet établissement, non ? Mulligan parvient enfin à ouvrir la porte de la salle : - Voilà, allez attendre ici. Sentant qu'elle perd son suspect, Kane tente le tout pour le tout : - Attendez ! Vous pourriez attendre avec moi ? J'ai... Je... Je préfère pas attendre seule... Enfin, si ça ne vous dérange pas. - Ca me dérange, en effet. Je dois y aller, lâche Mulligan en rangeant son trousseau de clés. Kane le regarde partir en entrant lentement dans la salle quand elle voit Mulligan éponger la sueur sur son froid avec le revers de sa manche. La sueur suspecte, celle de la personne qui a quelque chose à se reprocher... Ou une nouvelle divagation de la part de Kane qui tente d'oublier ses problèmes réels en se créant des ennuis fictifs. Mulligan se tourne une dernière fois et Kane fait mine d'entrer dans la salle de cours. Elle attend quelques instants, fébrile, avant de se lever et de s'approcher de la porte sur la pointe des pieds. Paranoïa ou curiosité à raison ? Quelle importance puisqu'il n'y a visiblement pas cours et qu'elle a du temps libre. Elle se précipite à l'extérieur et fonce vers son casier : elle l'ouvre et récupère le sac de sport qu'elle utilise pour transporter quelques plats de la cantine à chez elle quand les cuisiniers sont compréhensifs mais voilà un moment qu'elle ne l'a pas fait. Cette jeune fille a une idée derrière la tête... Kane rejoint Lacey sur le parking en accélérant le pas alors que cette dernière monte dans sa voiture : - Lacey, j'ai besoin d'un petit service. - Ou bien t'envoies le message à mon père ? lance Lacey amusée par la situation qu'elle connaît désormais concernant ses aveux. - Euh... Oui, voilà. Mais c'est la dernière chose que je te demanderais. - Si c'est encore pour te sortir de prison... - Il faudrait suivre Mulligan à l'hôpital. C'est vraiment important... Lacey la regarde droit dans les yeux en repensant à la discussion qu'elle a surprise entre Kane et Jun : - OK, monte. Kane ne perd pas une seconde malgré sa surprise. Elle lance son sac à l'arrière et s'installe à côté de Lacey qui démarre : "Mais c'est la dernière fois. Ensuite t'effaces le message." - Promis. La voiture commence à peine à avancer quand la camarade de Lacey arrive en courant : - Hé ! On devait aller chez Jeffrey ! - Mais fiche-moi le camp de là, avant que je t'écrase ! lance Lacey en accélérant Sur la route verglacée, Lacey rattrape rapidement la voiture de Mulligan tout en restant à distance comme elle a appris avec des collègues de son père. - Alors... Pourquoi est-ce qu'on suit le vieux ? - Euh... Je suis pas très sûre... - Ouais, génial, lance Lacey, sarcastique. On va aller loin avec ça. - Ecoute, tu te souviens que je t'avais demandé de faire des recherches sur lui ? - Euh... Vaguement... marmonne Lacey, coupable de fainéantise sur ce coup-là. - Y a quelque chose de pas net... dit-elle en passant sur la banquette arrière. - Hé, à quoi tu joues là ?! - Contente-toi de le suivre, répond Kane en ouvrant son sac de sport. Elle en sort le tailleur complet prêté par Mme Hunch. Lacey jette un oeil dans le rétro pour voir ce que fabrique Kane. - Joli, le costar de mémé ! Si tu veux de faire belle, c'est un peu mort... Kane commence à enfiler le tailleur : - Il faut que je sache ce qui se passe à l'hôpital... Il me reconnaîtra pas avec ça... Un chignon, des lunettes et je passe inaperçue... Lacey regarde droit devant elle sans dire un mot mais la tentation est trop forte : - T'es sûre que c'est lui ? Kane arrête de se changer aussitôt, intriguée par la question : - Qu'est-ce que tu veux dire ? Je comprends pas bien, là. - J'en sais rien ! Tout ce que je dis c'est que là, je suis en train de suivre un prêtre jusqu'à l'hôpital sans raison et avec une fille qui le soupçonne de... Quoi ? Au final, je sais même pas pourquoi. - OK, mais si tu ne voulais pas m'aider tu pouvais... - J'ai pas dit ça ! J'ai pas dit ça. Je dis juste que... Bah, tu pourrais me dire ce qui se passe. Kane la regarde un peu hébétée. Tiens c'est vrai. Pourquoi est-ce qu'elle fait tout ça ? De quoi est-ce qu'elle est certaine ? Est-ce qu'il ne faut pas des indices pour accuser quelqu'un ? - Pff... Je suis pas... Il se passe quelque chose, c'est sûr ! J'ai vu Mulligan y a pas cinq minutes et il était tout... Aigri. - Mais ouais, mais attends. Aujourd’hui il était comme ça avec tout le monde, hein. Je sais pas ce qu'il a mais je m'en fous pas mal. Kane baisse la tête en se rendant compte de la situation dans laquelle elle se trouve avant de se regarder dans le rétroviseur : "Tu vois ce que je veux dire ou pas ?" reprend Lacey - Oui, oui... Je vois très bien, répond Kane un peu sans voix face à ce peu de raison qui comble sa carence énorme de réflexion dans cette histoire. - Après, t'as peut-être raison hein. Je peux pas dire que... - Tu peux arrêter la voiture, s'il te plaît ? - Mais on va les perdre. Kane ne répond pas alors qu'elle retire le haut du tailleur pour le remettre dans le sac. Lacey s'exécute en se garant près du trottoir. Kane ferme le sac et bascule le siège avant pour sortir de la voiture : - Désolée de t'avoir fait perdre ton temps. - Laisse tomber, je vais survivre. Kane claque la porte de la voiture et enfile la bandoulière avant de s'éloigner en prenant bien soin de ne pas glisser. Lacey sort de son côté : "Hé, au fait ! Tu vas effacer le message, hein ?" Kane la regarde une seconde sentant que Lacey sait déjà la vérité à ce propos : - Quel message ? demande Kane, l'air innocente. Lacey lui répond par un bref sourire qu'elle s'empresse d'effacer de son visage avant de remonter dans sa voiture. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 30 Déc à 3:01 | |
| ...En quelques heures à peine, le vent s'est levé et il s'est mit à neiger sur tout Amityville. Comme prévu, Kane arrive dès la fin des cours au garage d'Earnie. A l'entrée, elle a le plaisir de constater que des bagages ont été fait et déposés sur un établi. Rico va partir alors, c'est sûr. Mais sans pour autant être soulagée, Kane sent comme une boule dans l'estomac ; si les bagages sont encore là alors... - Salut Kane, dit timidement Rico en osant à peine lever les yeux Et soudain, Kane croit avoir à faire à une toute autre personne. Il l'avait agressé, elle s'en souvient parfaitement. Mais alors que le Rico de la veille était un jeune homme volubile et sûr de lui, c'est maintenant un garçon timide et bafouillant qui se présente devant elle. Comment ne pas se tromper sur les gens quand ils sont capables de changements de caractères aussi radicaux que celui-ci ? - J'aimerais te dire que je suis désolée, Rico. Mais je peux pas. - Je sais. Je sais bien. Moi je suis désolé, explique-t-il en fixant ses chaussures. Kane regarde les valises de Rico alors qu'il remplit un sac poubelles de vêtements : - Il faut que tu te fasses soigner. Tu peux pas rester comme ça. - Je sais... Mais je contrôle pas... - Tu te rends compte que j'ai eu de la chance que Marcus... Enfin que quelqu'un soit venu m'aider ! - Je t'aurais pas fait de mal. Je fais pas de mal aux femmes... - Je ne suis pas désolée, je te l'ai dit. Mais j'espère vraiment que tu seras soigner en Floride, dit-elle en lui donnant une tape sur l'épaule. - Rico ! Ne t'approche pas d'elle ! lance Earnie en entrant dans la salle. Rico obéit en quittant la pièce sans demander son reste : - Ca va, il n'a rien fait de mal, explique Kane. - Si c'était vrai, est-ce qu'il partirait pour la Floride ? demande Earnie un peu amer de se séparer de son neveu - Je ne dis pas qu'il va mieux. Juste qu'il n'a rien fait. - Tu es venue chercher l'argent ? - Comme prévu. - C'est à côté, dit-il en lui indiquant le chemin. Kane commence à s'y diriger puis s'arrête en regardant vers la sortie puis Earnie droit dans les yeux : - Rico vous a parlé de ce gars armé qui m'a aidé, j'imagine. Si c'est un piège, sachez qu'il attend dehors avec quelques amis à lui. - Tout ce que je veux c'est régler cette histoire dans le calme. Ils passent tous les deux dans la grande salle où sont entreposés les différents véhicules en travaux. Dès son entrée, Kane retrouve sa Saab et constate que le boulot n'est pas fini : - Vous pouvez m'expliquer ça ? demande-t-elle en pointant la voiture du doigt. - Ah oui, ce sera un peu plus long pour la voiture. Y a plus de boulot que prévu au niveau du bloc moteur... - Je ne veux pas connaître les détails. Je veux juste la récupérer, coupe Kane. Earnie soupire en se grattant le menton : - Demain, elle sera prête. Sûr. Il se dirige vers une voiture en suspension. Il déclenche les pistons hydrauliques pour la faire descendre et se met à fouiller à l'intérieur. Kane commence à s'inquiéter alors qu'il continue de fouiller. Si jamais "régler cette histoire dans le calme" voulait réellement dire sans un bruit, sans un souffle. Elle jette un bref regard derrière elle puis se met à chercher n'importe quoi qui pourrait lui servir d'arme ou de protection. Un pot d'échappement fera l'affaire et une de ces carrosseries désossées la protégera temporairement des balles. Earnie sort une enveloppe en papier kraft et se rapproche de Kane. Il regarde l'enveloppe une dernière fois avant de lui donner. Kane regarde l'enveloppe et l'ouvre pour jeter un oeil au contenu : - Y a 4 000. Tu peux recompter si tu me fais pas confiance. - J'espère vraiment que c'était de l'humour, dit-elle avant de compter les billets. - Je les ai tiré de mon compte ce matin. J'ai jamais vu autant de billets de 100. - Tout est là, constate Kane en rangeant l'enveloppe dans son sac. - Alors, tu ne diras rien. On est d'accord ? - Je ne dis rien pour l'instant. Mais vous avez 24 heures pour la voiture et le départ de Rico. - Il part ce soir. T'entendras plus jamais parler de lui. Et ta voiture, tu l'as demain c'est sûr. - Y a vraiment des tas de choses que j'aimerais vous dire là, tout de suite. Mais je préfère partir. Ce sera mieux pour tous les deux. Kane le quitte dans cette salle remplie de voitures et pourtant étonnamment vide avec un vieil homme seul et honteux au beau milieu. Dehors, il neige toujours. Aucune trace de Marcus et sa bande. Et un deuxième oscar pour Kane, un ! Ce soir, pas d'Earnie au St James. Mme Hunch ne s'en étonne pas, elle fait son service comme d'habitude avec un bébé à côté par contre. C'est elle qui s'occupe du petit Jun désormais, la concierge ayant fait défaut une fois, Kane refuse de revivre ce moment une deuxième fois. Elle revient vers le bar en donnant le papier de la commande à sa patronne : - Alors, comment ça se passe avec Jun ? - Oh très bien. Il est a-do-rable ! - Il vous dérange pas trop, c'est sûr ? - Ah ça, c'est mieux qu'un patch hein. J'en ai pas grillé une de toute la journée. - C'est plutôt une bonne nouvelle oui... Dites-moi, j'ai un petit service à vous demander... - Quoi, y en a un autre ?! s'étonne Mme Hunch - Non, bien sûr que non ! s'exclame Kane en souriant. Je dois faire une petite course, même pas 10 minutes. - Allez, va. Mais je veux te revoir ici, hein. - Je fais très vite. C'est juré ! Elle se précipite dans la cuisine pour enfiler des vêtements chauds par dessus sa tenue et se tourne vers les couteaux de cuisines en réfléchissant. Il ne neige plus mais il gèle, c'est presque pire. Kane traverse la route recouverte de poudreuse et commence à escalader un des murs de Peterkin Park quand elle voit la porte ouverte. Le parc aurait du fermer il y a des heures. Kane prend son courage à deux mains et entre. Elle fait quelques pas à peine quand quelques individus approchent de plusieurs directions en même temps. - Tu cherches quelque chose, mademoiselle ? Kane prend son air le plus blasé possible ; et elle s'y connaît en air blasé, étant toujours au lycée : - Laisse tomber les formules de politesse. Je viens voir Marcus. - Ouh, faut pas me lancer moi... Je risque de déraper. Attention ! Un autre gars s'approche d'elle en essayant de jouer le blasé à son tour : - Perso, je connais pas de Marcus. Il se tourne vers un camarade. "Tu connais un Marcus, toi ?" Le camarade secoue la tête. Kane travaille encore un peu sur son personnage mais voilà qu'elle se met à sourire, nerveusement. Elle tente d'enchaîner, tant bien que mal : - OK, si vous voulez jouer à ça faudra vous dépêcher là. Je prends du temps sur ma pause. Alors ou vous me dites où est Marcus ou il peut oublier notre petit marché... - Ca va, ça va, ça va ! lance Marcus en arrivant du fond du parc. J'arrive, c'est bon. Tu mets la pression toi, maintenant ? Kane le regarde s'amener alors qu'il fait signe aux autres d'aller voir ailleurs : - Bah alors, tu te cachais ? demande Kane en se permettant de plaisanter - Sans déconner, ça devient un moulin ici. Tout le monde vient quand il veut... se plaint Marcus en approchant. - Euh... La porte était ouverte. Tu crois que c'est lié ? demande Kane, sarcastique - Me dis pas que t'as l'argent ?! - Hm... OK, je te le dis pas, enchaîne Kane. - Nan, on est sérieux 2 minutes bébé. Là tu vas me dire que t'as 2 000 dollars ? - Sûrement pas, nan. 1 800 et pas un cents de plus, dit-elle en lui sortant les liasses de son sac. Marcus les prend et commence à compter : - T'es sûre que c'était pas plus ? - Sûre et certaine. J'ai une mémoire d'éléphant, affirme Kane, fière d'elle comme trop rarement. - Mais comment... T'as braqué une banque ou quoi ? - Quelque chose comme ça, ouais. Kane constate que tout va bien. Les autres individus sont retournés à leurs occupations et le vent s'est calmé. Elle tourne les talons pour partir mais Marcus la rejoint en rangeant les billets dans ses poches : - Du coup, je crois que t'as plus envie qu'on fasse affaire ensemble ? demande le jeune homme. - Pas vraiment, non. - Si t'étais dans le business depuis aussi longtemps que moi tu saurais que ça peut pas se passer autrement. - Justement je me bats tous les jours pour ne pas tomber dans le business. Tu sais, pour que ça se passe autrement; - Je sais bien, ça a l'air d'être un peu le bordel chez nous... Mais on a nos règles. - Kidnapper un gamin de 2 ans en fait partie ? - Hé, on lui aurait jamais fait du mal ok ? On devait te foutre la trouille, c'est tout. Je te l'ai dis, on a nos règles. On n'est pas des monstres. - Oh... C'est presque touchant. Je me demande bien ce qui peut me retenir de pleurer. Ah, ça y est je me souviens ; le fait que j'ai été la victime dans cette histoire ! - Ecoute, je vais pas passer le reste de ma vie à m'excuser. On a bossé ensemble une fois, maintenant je sais que t'es réglo. Quand tu veux, on remet ça. Et là, on restera cool. - Merci de ton offre, mais je passe pour ce coup-ci. - Comme tu veux, bébé. Kane passe le portail mais Marcus s'y arrête, comme si c'était la limite de son monde ou plutôt la limite de son influence. Se sentant déjà plus en sécurité, Kane se permet une dernière remarque : - Oh oui, au passage. Ne m'appelle plus jamais comme ça, tu seras un ange. - Un ange déchu, alors, répond Marcus en riant Kane s'éloigne, le coeur un peu plus léger. Certaine de ne plus avoir à traiter avec ce genre de voyou. Mais Kane et la certitude n'ont jamais fait bon ménage... Un autre matin glacial se lève sur Amityville, mais malgré la neige qui s'annonce par des gouttelettes gelées, Kane respire la joie de vivre. Elle a passé sa première vraie nuit de sommeil chez Mme Hunch. Elle a pu prendre le temps d'embrasser Jun, de manger un petit déjeuner et de se préparer pour les cours. Aujourd'hui, c'est décidé, elle s'autorisera un retard. Voire même une absence si nécessaire. Elle part pour la banque où elle va s'occuper une bonne fois pour toute de son découvert. Chaque chose en son temps. Elle arrive tout sourire devant le guichet : - Mademoiselle ? - C'est pour un dépôt, annonce Kane avec un sourire jusqu'aux oreilles. Est-ce qu'on peut vraiment parler d'argent sale ? Peut-être. Mais qui aurait refusé une telle offre dans une situation pareille. Si elle avait refusé l'offre, Kane se serait attiré la colère d'Earnie, probablement celle de Rico et la police se serait aussi penché sur son cas. Ils auraient pu découvrir sa réelle situation familiale. Créer des problèmes, Kane sait le faire. Heureusement pour elle, elle a aussi appris à les éviter. Aucune récompense pour les justes dans la vie. Tout simplement parce que la vie est injuste. L'honnêteté et la justice attendront, tout comme ils ont attendu il y a deux ans, à l'agression de Kane. Elle se rend ensuite au lycée, bien décidée à faire de sa vie quelque chose d'un peu plus supportable. En commençant par rester optimiste vis à vis de l'avenir, pas si sombre que ça après tout. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 30 Déc à 3:03 | |
| ...Après un bref face à face avec le père Joseph toujours aussi tatillon sur les horaires duquel elle s'est brillamment sortie avec une excuse bidon, Kane suit les cours en restant concentrée sur son but : rester concentrée. Les heures semblent s'enchaîner plus rapidement que d'habitude et Kane se permet même de participer aux cours, permettant à la masse d'élèves de somnoler les trois quarts du temps. Vient enfin la sacro sainte heure du déjeuner. Kane va s'installer pour manger cette fois-ci. Elle se pose à une table aussitôt désertée par trois jeunes filles mais Kane n'y prête pas attention. Jun quitte la table de Lacey et ses amis et vient la voir, l'air grave : - Il faut qu'on parle. - Bien sûr, de quoi tu veux parler ? Cinéma ? Politique ? Religion ? Ah non, pas religion. Vaut mieux éviter ici, plaisante Kane. - Qu'est-ce que tu dirais de criminalité sexuelle ? propose Jun, froidement cynique. - Euh... C'est pas un sujet dans lequel je peux briller, désolée, enchaîne Kane sur le même ton. - Les mecs comme ça devraient finir sur la chaise électrique ! - Attends, est-ce que c'est le point de vue de l'église sur le sujet ? demande Kane ne quittant plus le registre de l'humour. - Je me suis retourné le cerveau sur le sujet. C'était un viol, c'est ça hein ? - Hm... OK, t'as gagné. Tu m'as coupé l'appétit, dit Kane en se levant. Elle prend son plateau pour le débarrasser dans la poubelle et Jun la suit. Ils sortent du réfectoire - Tu sais... J'en ai parlé à personne. J'en parlerai pas, c'est promis. - Me dis pas que tu vas me suivre longtemps comme ça ?! s'exclame Kane A mesure que la discussion avance, Kane perd son bel optimisme et sa bonne humeur de la journée. Le garçon qu'elle aime la ramène à la dure réalité. C'est comme de prendre une vitre en plein visage alors qu'en voyant à travers, on pensait qu'il n'y avait aucun obstacle. Jun la suit et ils finissent par s'arrêter dans un couloir : - Ecoute-moi juste 2 minutes, s'il te plaît, demande Jun, suppliant. - OK, ça va ! Oui, tu as vu juste mais Non, je n'ai pas du tout envie d'en parler. A toi ou à quiconque ! - Vraiment ? Et si ce mec était encore dans les parages ? Surprenant que Jun suive la même réflexion que Kane. Surprenant ou suspect. Dans le doute, Kane préfère calmer sa paranoïa une seconde : - Il y a près de 10 000 habitants dans cette ville. Je n'ai pas fini si je me mets à soupçonner tout le monde ! - Tout ce que je veux c'est t'aider, ok ? - Nan, c'est pas "ok". Je vais régler mes problèmes toute seule comme une grande. Je n'ai pas besoin qu'on me tienne la main ! - Oui, mais rien ne t'oblige à faire ça seule. Je suis là, si tu as besoin... - Alors tu étais où il y a deux ans ?! Tu étais où quand j'avais vraiment besoin d'aide ?! s'exclame Kane, soudain hors d'elle et au bord des larmes. Jun la regarde sans savoir quoi répondre. Il se contente de baisser la tête, reconnaissant son impuissance dans cette histoire. Kane s'assure que personne ne les observe en séchant ses larmes : - Je comprends... - Parce que c'est bien joli de dire qu'on sera là quand il le faudra. Mais au final c'est quand il le fallait que tu aurais du te montrer ! Le silence s'installe dans le couloir. Kane sèche ses larmes en reniflant tandis que Jun hoche la tête sans la regarder. Il finit par la fixer droit dans les yeux. - T'inquiète pas, je t'ennuierais plus très longtemps. On déménage à Babylon, avec mes parents. - Qu'est-ce que tu racontes ? demande Kane, la voix encore tremblante. - Ma mère a eu une promotion et on attendait que mon père trouve un boulot sur place. Il a été embauché hier. - Mais tu... Enfin toi... Tu as envie de partir ? - Moi ? Ce que je veux, moi ? Ce que je veux c'est t'aider, c'est tout. Mais j'ai bien compris que tu voulais pas de mon aide, t'inquiètes pas. - Mais alors... Tu pars bientôt ? - On fait les paquets. Ce soir ou demain on est partis. - Est-ce qu'on se reverra ? demande Kane, très incertaine. - T'es certaine de vouloir me revoir ? Parce que j'ai pas tellement l'impression que t'apprécies beaucoup ma compagnie, si tu vois ce que je veux dire. Kane le fixe, les yeux encore larmoyants, sans savoir quoi dire. Ca recommence, comme lors de leur dernière discussion. Le coup de chaud, le souffle coupé. Les mots refusent de sortir. Jun hoche la tête en croyant comprendre qu'elle ne souhaite plus le voir. Il commence à partir : - Pars pas... parvient à articuler Kane. Il se retourne et ils se regardent droit dans les yeux pendant quelques secondes. Un grand silence s'installe, mais bien moins embarrassant que le précédent. Kane s'apprête à poursuivre sa phrase quand Jun se rapproche et l'embrasse. Elle en fait autant sans réfléchir sur le moment. Comme si tout paraissait normal. Mais dans la vie de Kane, la normalité est une conception parfaitement inconnue. Alors qu'ils continuent de s'embrasser, une jeune élève s'approche timidement en essayant de regarder ailleurs : - Euh... Désolée de vous déranger. Les deux amoureux la regardent du coin de l'oeil avant de se séparer en se frottant les lèvre chacun de leur côté, l'air de rien. - Bon, je... J'essaie de te voir avant de partir, dit Jun avant de partir. - OK, ce serait génial... La jeune élève se rapproche de Kane qui reprend difficilement son souffle : - Euh... C'est toi "Kane" ? - Ca va dépendre de ce que tu vas me dire. - Euh... Je... - Excuse moi, tu voulais ? se reprend Kane, se rendant compte de son agressivité - Le principal, il veut te voir... Dans son bureau. - Oh... soupire Kane. Qu'est-ce que j'ai encore fait ? Dans son bureau, le principal Lace est en pleine conversation au téléphone : - Oui, mais enfin ça ne m'arrange pas vraiment... Je devais dîner avec ma femme. Ah, vous ne vous souvenez pas de ma femme alors... Oui... Oui, je comprends bien mais ça fera la deuxième fois en quelques jours à peine... Kane frappe à la porte et le principal lui fait signe d'entrer : Bien sûr ! Bien sûr... Oui, je m'en occuperais... Oui, bonne journée Monseigneur. Kane est debout derrière les chaises du bureau quand le principal raccroche : Mais je vous en prie, installez-vous Kane. Enfin si vous le souhaitez, hein. Vous pouvez rester debout... poursuit le principal, l'air coupable. - Je crois que je préfère m'asseoir, répond Kane presque gênée par la gêne habituelle du principal lorsqu'il s'agit de montrer un peu d'autorité. - Euh... Si je vous ai fait venir ici c'est que j'ai une information à vous communiquer... - Oui... Je m'en doute, répond Kane alors que le principal prend son temps pour parler. - Ne croyez surtout pas que c'est de l'acharnement contre vous. C'est juste... Une malencontreuse coïncidence que je sois amené à vous sanctionner à nouveau... - Sanctionner ? Vous êtes sérieux !? Enfin, je veux dire... Pourquoi ? - On a trouvé... Quand je dis "on" ce n'est pas pour rejeter la faute sur quelqu'un, d'accord ? Kane lève brièvement les yeux au ciel en lui faisant signe de continuer : On a trouvé, donc, un message insultant concernant Monseigneur Mulligan dans les toilettes des filles... Ecrit au rouge à lèvres, ou quelque chose qui y ressemble... - Et ? Qu'est-ce que j'ai à voir avec ça ? demande Kane, perplexe. - Oh, vous n'êtes pas directement concernée bien sûr, mais... Votre camarade Lacey a finit par avouer... - Je ne vois toujours pas le rapport avec moi, s'exclame Kane qui voit de plus en plus le rapport avec elle : elle qui avait demandé à Lacey de se renseigner sur le casier de Mulligan, la petite peste se sera contenté de gribouillé des insultes dans les toilettes. Elle n'aurait jamais du lui demander son aide. La voilà encore sous le coup d'une sanction. - Et bien, nous avons appris... Par des sources confidentielles, bien sûr, que vous étiez impliquée dans cette affaire... - Lacey m'a balancé ? dit Kane, d'un ton calme. - Je ne dirais pas "balancer"... Disons plutôt qu'elle s'est montrée coopérative dans cette histoire... - Bon écoutez, je ne vais pas chercher à me sortir de cette situation avec n'importe quelle excuse bidon. Alors pourquoi vous ne me diriez pas tout de suite ce que je vais avoir ? - Vous serez collée ce soir, après les ateliers, lâche le principal en retenant presque sa respiration. - Quoi ?! Mais les ateliers finissent à 19 heures ! s'exclame Kane qui commence à sérieusement perdre patience. - J'aimerais pouvoir faire autrement mais... Les ordres viennent d'en haut, ajoute-t-il en levant les yeux au ciel. - Dieu ? s'étonne Kane. - Oh, peut-être pas d'aussi haut quand même. - Mais... Vous avez le droit de garder une seule élève en colle à cette heure-ci ? Il n'y a pas d'articles dans le règlement intérieur qui dit que ce n'est pas possible ? - Si, et croyez-moi je connais ce règlement par coeur. De nos jours, si on veut éviter les procès... le principal laisse sa phrase en suspens en souriant nerveusement Vous serez collée avec Mlle Wratz. Le fait d'avouer sa faute ne l'excuse qu'à moitié... Vous partagez donc la sanction. - Fantastique, s'exclame Kane qui ne tente même plus de cacher le sarcasme. - Je vous raccompagnerai personnellement chez vous bien sûr. Je ne laisserais pas deux jeunes demoiselles se balader seules à une heure si tardive. - Evidemment, répond Kane, cynique comme à son habitude. Le principal la regarde en se forçant à sourire. Kane se sent obligée de lui rendre son sourire alors qu'ils sont assis face à face. Le silence vient les écraser lentement alors qu'ils semblent tous deux fixés sur leur siège : - Euh... Vous pouvez y aller, finit par expliquer le principal. Kane bondit de son siège en soupirant et sort sans perdre une seconde. Quoi qu'elle fasse, on dirait que les problèmes parviennent toujours à la rattraper. Il est 15 heures, fin de la journée de cours. C'est l'heure à laquelle débute les activités de club, tel le club d'échecs auquel Kane fut inscrite avant que Jun ne lui récupère sa place. C'est aussi l'heure à laquelle démarre les ateliers divers : rien à voir avec les clubs, ces ateliers ne sont pas comptés comme activités extra scolaires et peuvent lourdement influer sur la moyenne générale de ceux qui y participent. Kane a toujours choisi de travailler dur dans les cours pendant la journée pour garder une bonne moyenne et éviter ainsi ces ateliers qui l'empêcheraient de travailler l'après midi. Mais maintenant qu'elle a été virée du télémarketing et que le garage d'Earnie n'est plus une option, elle se retrouve à ne rien faire jusqu'à ce que vienne l'heure de son service au St James Coffee. Jusque là, la journée ne s'est vraiment pas déroulé de la manière dont elle se l'imaginait. Elle a finit par craqué, Jun connaît son secret et une nouvelle heure de colle pour ponctuer une journée parfaite dans la vie de Kane. Elle n'est même pas assise à sa place habituelle dans le bus, celle près du radiateur. Elle reste à se geler en regardant par les vitres couvertes de givre le paysage désolant de l'hiver. Les arbres nus, les toits et les voitures garées recouvertes de neige et le ciel déjà sombre comme s'il était 19 heures. Elle descend du bus à son arrêt habituel, près de Peterkin Park qu'elle voit désormais comme n'importe quel parc, connaissant désormais l'envers du décor. Elle finit les derniers mètres à pied dans le vent froid quand elle s'arrête brusquement. Devant elle se tient une magnifique Saab 9-3 noire, capotée qui semble avoir été polie avec soin récemment. Le véhicule n'étant pas recouvert de neige, elle se doute que la personne qui la conduit vient d'arriver. Elle hésite à sourire mais se le permet tout en s'assurant que personne ne l'observe. En effet si sa voiture est là, alors Earnie n'est pas loin. Elle se décide finalement à entrer au St James. ... _________________  |
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 30 Déc à 3:04 | |
| ...Kane entre en soufflant un petit nuage avant de s'habituer à la température intérieure. Sam est au milieu de son service, à côté d'une table. Elle salue Kane en souriant et lui montre le bar du pouce. Kane regarde dans cette direction et voit Mme Hunch, l'air grave derrière son bar face à Earnie, le visage triste. Ils ne semblent pas l'avoir remarqué. Kane prend une profonde inspiration et les rejoint : - Edna, vous allez bien ? - Moui... Earnie voulait te voir justement. - Je le verrais plus tard, répond Kane agissant comme s'il n'était pas là. Earnie fait un signe de tête pour expliquer qu'il a compris et part s'installer à sa table habituelle en gardant toujours la même mine de déterré. - Il voulait régler vos problèmes sans que vous ayez à vous parler. C'est pour ça qu'il l'a amené ici. - Edna, je ne vais pas pouvoir venir ce soir. - Oh ? Tu as des problèmes ? - Soyons réalistes ; vous m'avez déjà vu quand je n'ai pas de problèmes ? remarque Kane en souriant nerveusement. - Je vois... Tu n'as pas de souci à te faire je m'occupe de Jun. - Je sais, et je vous remercie beaucoup pour ça mais... Je ne pourrais pas non plus demain. - Kane, si tu as des problèmes... Je peux peut-être t'aider. - Non, vous ne comprenez pas. Je ne reviendrais pas. Je vais... Je vais prendre un de ces emplois à domicile. Je veux rester auprès de Jun. - Tu ne peux pas démissionner ! Comment penses-tu payer les factures ? - J'ai longtemps réfléchi et... Cet endroit, ne le prenez pas mal... J'étouffe. - Je comprends bien, mais tu ne peux pas démissionné comme ça. Tu n'as encore rien trouvé à côté. - Tout ce que je vois c'est que je ne peux pas continuer comme ça. Edna s'apprête à répondre quand Sam les rejoint au bar avec les commandes : - Ils mettent une heure et ils prennent juste un hamburger à la fin, se plaint-elle en riant avant de repartir vers une table. - On pourra quand même en reparler, d'accord ? - Bien sûr. Y a pas beaucoup de gens à qui je peux faire confiance ici. Je connais que vous. - Bon. J'irais peut-être annoncer sa promotion à Sam si tu ne changes pas d'avis, conclue Edna en souriant. Dès que j'aurais grillé ces deux sandwichs à la graisse. Elle se dirige vers la cuisine quand Kane l'interpelle : - Attendez, j'ai failli oublier ! Kane se met à fouiller dans son sac et en sort le tailleur de Mme Hunch, un peu froissé : Il m'a été très utile, mais je vais peut-être vous le rendre maintenant. En voyant ce tailleur, Edna Hunch repensait à l'excuse que lui avait donné Kane ; pour un entretien d'embauche. Ignorant qu'il s'agissait de se faire connaître en tant que dealer pour Sean alias Chut. Elle se dit alors que Kane agit en conséquence. Elle aurait passé un entretien d'embauche et aurait réussi. Edna la regarde en souriant et l'aide à remettre le tailleur dans son sac : - Tu peux le regarder. Ce n'est plus ma taille. Elle prend le papier d'une vieille commande et y marque un numéro de téléphone : Tiens. C'est mon numéro, dit-elle en lui donnant. Kane regarde le petit papier en souriant puis revient sur Mme Hunch : Au cas où t'aurais besoin d'urgence de parler à une vieille patronne de bar un peu alcoolique. Elles se sourient et Edna disparaît dans la cuisine. En assistant à la scène, Earnie s'est rendu compte qu'il n'aurait pas d'autre occasion de parler à Kane. Il la rejoint en hésitant jusqu'au bar : - Vous avez mis le temps, remarque Kane sans même se tourner vers Earnie qui reste debout à ses côtés. - Elle est dehors. J'ai fait les niveaux, j'ai mis les pneus neige et je les ai rôdé. Y a plus qu'à la démarrer. - Et je devrais vous féliciter ? demande Kane - On est d'accord que cette histoire est terminée, hein ? dit-il en lui donnant les clés. Kane se contente de les prendre sans le regarder et referme son sac pour partir. Elle se retourne une dernière fois et le regarde droit dans les yeux : - Je n'en parlerais jamais... Pas plus que je ne comprendrais pourquoi vous m'avez fait ça. - Kane... - Merci pour la réparation, dit-elle froidement en sortant du restaurant. Mme Hunch revient des cuisines avec ses deux assiettes et appuie sur la sonnette. Earnie est debout devant le bar, la tête baissée, accablé par la honte : - Elle m'a à peine regarder... s'apitoie le vieil homme. - Alors c'est sûrement pas le moment de t'annoncer ça mais t'es plus le bienvenu au St James. - Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? - Je veux plus te voir ici. T'iras te saoûler ailleurs. Parce que si tu te pointes ici je t’assure que je préviens les services sociaux. Earnie la regarde sans savoir quoi dire. Il se contente de bafouiller en cherchant ses mots. Il finit par sortir des paroles intelligibles : - Je suis désolé... Sam vient chercher les assiettes en souriant comme à son habitude et repart : - Ce serait mieux si tu partais tout de suite, d'accord ? Earnie la regarde avec le même ton triste qu'auparavant mais il finit par acquiescer, les yeux larmoyants. Il se dirige vers la sortie et jette un oeil à sa table habituelle puis à Edna qui ne le regarde même pas. Earnie et Madame Hunch ? Une rumeur oui, rien de plus qu'une rumeur. Même s'il en avait été autrement, cette conversation clôt définitivement leur relation. Au volant de sa nouvelle voiture en règle, Kane réapprend la conduite. Mais après quelques légers excès de vitesse et quelques STOP grillés, Kane retrouve ses aptitudes de conductrice attentive. Elle profite de ces quelques heures de liberté qui semblent hors du temps. Elle n'a plus d'emploi pour le moment, il y a cette histoire compliquée avec Jun et cette punition qui approche mais tout ça n'a aucune espèce d'importance. Il peut bien neiger dehors, Kane est à l'abri dans sa voiture. Elle dirige, elle va où bon lui semble. Mais après quelques instants de conduite vivifiants, voilà qu'il lui faut un but. La première idée qui lui vient en tête serait de quitter la ville. Passer cherche Jun au St James et partir. Sans savoir où, mais quelle importance. Elle est sortie de ces considérations par une forte impression de déjà vu. Cette route... La route pour l'hôpital. La dernière fois qu'elle voulait suivre Mulligan, Lacey l'en avait dissuadé. Aujourd'hui, personne pour lui faire la leçon ou la faire changer d'avis. Elle ira jusqu'au bout. Par chance, elle aperçoit la voiture de Mulligan sur le parking. Elle va se garer sur une place libre et va attendre Mulligan près de sa voiture. Elle attend en essayant de se réchauffer en se frottant les bras. Il s'est remis à neiger. Kane grelotte pendant deux petites minutes qui paraissent un quart d'heure avant que Monseigneur Mulligan ne vienne vers elle en sortant de l'hôpital : - Kane ?! Mais qu'est-ce que vous faites ici ?! - C'est un hôpital. Je suis blessée. Vous saisissez le lien ? - Ne soyez pas insolente ! Vous devriez être au lycée à cette heure-ci ! - Les cours sont terminés depuis longtemps, il me semble, poursuit Kane sur le même ton audacieux. - Nous règlerons ça ce soir, jeune fille. - C'est une menace ? - Je vous rappelle que vous êtes punie ! - Oui, j'oubliais que vous saviez tout ce qui se passe dans ce lycée. - Fort heureusement, oui. C'est moi qui vous surveillerais. Kane ravale sa salive une seconde en apprenant la mauvaise nouvelle. Son vieil allié devenu aigri va lui faire regretter son audace à coup de sermon pendant une heure avant le dîner qu'elle n'est même pas sûre de pouvoir s'offrir. Avant de retourner à sa voiture, l'air penaud elle se souvient de la raison de sa venue à l'hôpital : - Vous travaillez au lycée maintenant. Qu'est-ce que vous faites à l'hôpital tout le temps ? - J'apporte mon soutien aux malades. C'est de mon devoir de chrétien. - Vraiment ? Est-ce que vous m'avez rendu visite il y a deux ans ? Monseigneur Mulligan la regarde impassible. Pour Kane qui pensait faire mouche et que sa remarque aurait déclenché quelque tic nerveux l'accusant instantanément des pires fautes, c'était manqué : - Quand bien même je l'aurais fait, comment est-ce que je m'en souviendrais ? Je vois des tas de patients différents, chaque semaine, toute l'année. - Je suis bien obligé de vous croire, n'est-ce pas ? Vous êtes "Monseigneur" Mulligan et je ne suis que Kane. - Vous faites bien de remettre les choses à leur place, conclue Mulligan avant de monter dans sa voiture. Kane continue de le fixer à travers la vitre qui commence à dégivrer. La voiture s'éloigne et quitte le parking laissant Kane, seule sous la neige. Elle ne sait plus quoi croire. Lacey lui avait évité cette situation embarrassante, ce coup-ci Kane s'est laissée emporter par l'émotion. Elle fera plus attention à l'avenir. Sur cette réflexion, Kane retourne à sa voiture et... Oh, surprise ! Une amende a été gentiment glissée sous l'essuie glace pour ne pas avoir payé la place de parking. Kane la récupère sans sourciller et monte dans sa voiture. La vie reprend son cours ; retour aux "moments comme ça". Alors qu'elle démarre, une autre voiture est garée sur le parking depuis un moment. Un coupé sport. Le coupé de Jun. Pour des raisons encore obscures il était là. Il était déjà là avant que Mulligan ne sorte de l'hôpital. Il était déjà là avant que Kane n'arrive. Il surveillait Monseigneur Mulligan. Il glisse dans son siège pour éviter que Kane ne le voit en partant avant de se rasseoir correctement. Il semble très préoccupé par la situation. Il réfléchit, crispé sur le volant, en se mordant la lèvre inférieure. Il sort son portable pour regarder l'heure. Il se met alors à fixer la boîte à gants en haletant avant de démarrer à son tour. Il est 18 heures passées et comme tous les soirs à cette heure-ci Peterkin Park est investi par tous les voyous du quartier. Encore plus facilement depuis que le portail n'est plus verrouillé. Marcus et Sean arrivent en se faisant passer un joint avec leurs potes. Jun est garé de l'autre côté de la rue. Il les regarde passer en soupirant : - Kane... marmonne-t-il comme pour se donner du courage avant de descendre de la voiture. Il sort et se dirige vers l'entrée du parc. Un gars fait remarqué sa venue à un pote qui en parle à un pote et ainsi de suite, si bien que Marcus l'apprend sans même l'avoir vu. Il s'arrête en donnant le joint à un camarade et va accueillir Jun à l'entrée : - Hé, mec ! Je te reconnais toi, t'es son copain hein ? Jun, toujours un peu méfiant et le coeur qui bat à 100 à l'heure, s'assure que les potes de Marcus ne viennent pas s'agiter vers eux. Il finit par retrouver son calme. Et son visage se durcit progressivement : - Il faut qu'on discute toi et moi. - Je crois pas, nan. J'ai rien à te dire moi. - Moi, j'ai un truc à régler. Et je crois que tu pourrais m'aider sur ce coup là… _________________  |
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