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 Histoires Courtes pour lecture rapide

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Peter
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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:07

Voilà le fameux dernier chapitre de l'histoire. On y sera arrivés...

________In the mood for life________


Le quartier résidentiel d'Amityville plongé dans l'obscurité de la nuit en avance sur son heure. La soirée est glaciale et plus personne ne s'aventure dans les rues. Il est près de 19 heures et chacun se précipite pour rentrer chez soi. Ici, la délinquance est un phénomène bien lointain qui ne concerne pas le quartier. Un monde différent qui reste à distance toute l'année durant. Mais il arrive que, certains soirs, ces deux mondes totalement opposés se rencontrent. Ce soir est un de ces soirs.

La voiture de Jun est garée à quelques dizaines de mètres de la résidence privée de Monseigneur Mulligan pour ne pas attirer l'attention. Jun porte un grand manteau cintré bleu marine assorti de gants de cuir fin qui ne le protègent presque pas du froid. Il est accompagné de Marcus, engoncé dans son gros blouson "sac de couchage" qui fait beaucoup moins classe à côté. Ils s'arrêtent tous les deux dans l'allée d'une des nombreuses villas identiques dans toute la rue. Aucune lumière : les propriétaires ne sont pas encore rentrés. Jun lance un regard à Marcus qui réajuste son bonnet sur ses oreilles :
- C'est bon, je vais finir seul maintenant.
- Quoi ? Tu déconnes ?! s'exclame Marcus. Je t'ai dit je t'accompagne, je veux pas que ça merde.
- Je te l'ai acheté, il est à moi je crois.
- Qu'est-ce que tu risques si je viens ?
Jun s'apprête à répondre puis finit par soupirer. Ils se dirigent vers le fond du jardin alors que Marcus jette des regards inquiets derrière lui pour s'assurer que personne ne les observe. Ils arrivent devant la palissade qui sépare cette propriété de celle de Mulligan. Jun prend un peu de recul et se hisse en haut de la palissade avant de passer de l'autre côté. Marcus sourit, étonné par tant d'agilité avant de grimper tant bien que mal. Jun l'aide à passer de l'autre côté, debout sur des hauts buissons. Ils se rapprochent de la maison en se baissant pour ne pas se faire voir quand Jun arrive au niveau d'une fenêtre. Il s'apprête à l'ouvrir quand Marcus se jette littéralement sur lui en lui faisant signe de ne pas toucher à la fenêtre. Jun commence à répondre mais Marcus lui fait signe de se taire. Ils se relèvent tous les deux et Marcus recule pour montrer quelque chose sur la maison. Jun, suit les directives de Marcus, perplexe. Le jeune bandit lui désigne une fenêtre mal fermée au niveau du toit :
- Là, tu rentres. Mais t'ouvres un truc fermé et c'est le feu d'artifice, chuchote Marcus.
Jun lui fait signe qu'il ne le suit pas du tout :
"Le système d'alarme, mec !" enchaîne Marcus.
- Tu veux grimper sur le toit ? s'exclame Jun avant d'être repris pars Marcus qui lui fait signe de baisser d'un ton.
- La gouttière, là, conclue le spécialiste.
Jun soupire à nouveau avant de se lancer dans l'ascension de la résidence Mulligan. Tout en grimpant, la raison vient marteler à sa porte ; est-ce que c'est une bonne solution ? Est-ce que c'est vraiment une solution, pour commencer ? Hier encore, il y aurait renoncé. Aujourd'hui, il en sait trop pour fermer les yeux. Toutes les informations concordent, il n'y a plus de doute. En tout cas, Jun fait d'énormes efforts pour s'en convaincre.

Ils arrivent enfin dans le grenier rempli de vieux meubles mais surtout de bibliothèques poussiéreuses remplies de bouquins probablement aussi vieux que leur propriétaire. Marcus se débrouille pour atterrir en silence sur une commode tandis que Jun déboutonne son manteau. Il sort le 9 mm de Marcus, celui qui lui a acheté avant de venir. Il sort le chargeur pour s'assurer une dernière fois que tout est près et charge l'arme.
- T'es sûr que c'est légal ? demande Marcus l'air grave
Jun le fixe, extrêmement surpris par la question. En effet, est-ce qu'une violation de propriété jumelée à un délit d'effraction avec intention de porter atteinte à la vie d'autrui peut-être considéré comme illégal devant un tribunal ? Ma main à couper que Oui. Marcus ne peut s'empêcher de rire :
"Je plaisante, mec. Je plaisante."
- Si tu pouvais plaisanter en silence, ce serait sympa.
Jun se saisit de la poignée et tente d'ouvrir la porte en vain. Il regarde cette poignée, surpris et déçu. Tout tombe à l'eau à cause d'une serrure ? Ce n'est peut-être pas plus mal, après tout. Marcus pousse Jun d'un bras en sortant quelques outils de sa poche :
- Laisse faire les pros.
En quelques mouvements et en moins d'une minute la serrure est crochetée et la porte est ouverte sans trace d'effraction. Jun salue le travail du bandit d'un mouvement de tête avant d'avancer dans le couloir, l'arme cachée dans son dos. Pas moyen de reculer ; c'est maintenant ou jamais et il est certain que ça doit être fait. Quelque chose le fait avancer aveuglément. Mais qu'est-ce qui peut rendre aveugle à ce point ?
Marcus ouvre lentement chaque porte à l'étage pour trouver le vieillard avant qu'il ne s'aperçoive que sa fin est proche. Il fait signe à Jun de continuer tant qu'il ne le voit pas. Ils arrivent alors devant une porte différente des autres ; une porte plus entretenue, plus belle et plus usée à la fois. Ils comprennent tous les deux que c'est une pièce qu'utilise souvent Mulligan. Peut-être enfin la chambre... Jun s'approche de la poignée quand Marcus lui saisit la main :
- T'es sûr de vouloir faire ça ? marmonne Marcus.
- C'est encore de l'humour ? demande Jun en chuchotant.
- Mais nan, mais... Je sais même pas ce qu'il a fait le vieux...
- Crois-moi, il le mérite largement, répond Jun le visage durci par la colère.
- Et tu vas pas le regretter ça, plus tard ? demande le bandit qui semble s'y connaître en matière de regrets.
Jun le regarde en baissant son arme, pensif :
- Ouais... Si je le fais pas, je vais le regretter plus tard...
Marcus le fixe droit dans les yeux en espérant pouvoir le convaincre de laisser tomber. Il comprend que c'est trop tard ; Jun se voit alors comme la seule et unique solution aux problèmes de Kane. Marcus pose un genou à terre pour vérifier que la porte n'est pas verrouiller. Il se relève et regarde une dernière fois Jun avant de lui faire un signe de tête pour lui dire d'y aller. Jun prend une profonde inspiration en reculant le marteau de son arme. Il attrape lentement la poignée de la main gauche, la main droite crispée sur son arme. Marcus le regarde faire avant de se coller dos au mur ; il ne veut pas voir ça. Jun ne le remarque pas. Il ouvre la porte en grand et bondit à l'intérieur sans réfléchir. Il pointe son arme droit devant lui, prêt à presser sur la détente. Marcus attend toujours dans le couloir, les yeux fermés, les dents serrées. Il attend les cris assourdis par la ou les détonations. Il est alors frappé par un silence de mort. Jun aurait été atteint avant d'avoir tirer ? Il hésite une seconde entre filer par où il était entré où jeter un oeil à la situation dans la chambre. Il s'approche de la porte et regarde brièvement avant d'entrer complètement. Jun est debout, les bras le long du corps, l'arme à la main, devant le lit vide de Mulligan.
- Et merde... lance Marcus.
Le sort semble s'acharner sur Jun. Ou, au contraire, peut-être que le destin veut éviter au jeune homme de tomber du mauvais côté de la barrière...

...

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Peter
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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:08

...

Il est un peu plus de 19 heures, bien qu'il fasse déjà nuit dehors. Kane et Lacey sont dans une salle de cours vide avec Monseigneur Mulligan assis derrière le bureau du professeur. Le silence règne en maître dans toute la salle. Mulligan, plongé dans un bouquin comme d'habitude, Kane regarde dehors, la tête appuyée sur ses bras croisés et Lacey, les jambes croisées et qui semble déjà exaspérée du peu de temps qu'elle a passé ici jusque là :
- On va vraiment rester une heure comme ça ? demande-t-elle sur un ton excédé.
Kane se tourne en entendant la première parole depuis le début de l'heure.
- C'est le principe d'une heure de retenue, en effet, répond Mulligan.
Lacey soupire bruyamment alors que Kane se retourne vers les fenêtres.
"Ce n'est d'ailleurs pas une heure de sieste, mademoiselle !" fait-il remarquer à Kane qui se tourne à nouveau, surprise :
- Quoi ? C'est pour moi... Mais qu'est-ce qu'on est supposé faire d'autre ?
- Ouais ! A part réfléchir à ce qu'on a fait et être vachement désolée, lance Lacey.
- Réviser donc vos leçons, ça ne vous fera pas de mal, conclue Mulligan avant de se replonger dans son bouquin.
Le silence point à peine le bout de son nez que Lacey lui coupe une nouvelle fois la parole :
- Et y a même pas de preuve que c'est nous ! Personnellement, je trouve ça dégueulasse.
- Oh, vous croyez que ça m'amuse d'être ici ? Vous croyez que je ne préfèrerais pas être chez moi à cette heure-ci ? répond Mulligan qui ignore parfaitement ce qui se trame chez lui.
Lacey soupire à nouveau en se tournant vers la porte, seule issue à ce cauchemar éveillé. Kane est toujours tournée vers la fenêtre tandis que Mulligan jette un oeil à sa montre. Il regarde Kane puis Lacey en fronçant les sourcils. Comme s'il s'inquiétait pour quelque chose ou pour quelqu'un.

Jun revient dans la chambre de Mulligan alors que Marcus est en train de fouiller un placard :
- Y a absolument personne en bas... Je comprends pas, il devrait être rentré.
- Faut croire que c'est encore un fêtard, le vieux, répond Marcus en train de vider un tiroir de la commode.
- A quoi tu joues là ?
- Il est pas là, il est pas là ! Je veux pas être venu pour rien, quand même.
- Quoi ! Tu... Fais-ce que tu veux... se résigne Jun en s'asseyant sur le bord du lit.
Jun repense aux derniers événements. Tout s'est emballé après qu'il ait appris la vérité sur le bébé de Kane. Puis les informations que Lacey lui a fournit à la cantine concernant les soupçons de Kane au sujet de Mulligan. Est-ce qu'il aurait tiré des conclusions trop rapidement ? Il voulait aider Kane en tuant le responsable de ses problèmes sans être certain de sa culpabilité. Il se rend enfin compte de ce qui a faillit arriver ce soir si Mulligan avait été là. Il aurait une mort sur la conscience. Mais Kane serait libre, vengée et n'aurait plus à se soucier de cette histoire. Il l'aurait fait pour elle sans hésiter. Mais il n'avait même pas penser aux conséquences. Il regarde l'arme dans ses mains. Il met la sécurité avant de ranger l'arme à l'intérieur de son manteau :
"On va y aller", lance-t-il en se levant.
- Attends, attends ! T'as un train à prendre ?
- Mulligan risque de rentrer d'une minute à l'autre !
- Et ? C'est pas ce que tu voulais ? dit-il en éparpillant des papiers par terre.
- Sûrement... Mais c'est fini ça, on s'en va.
Marcus ne l'écoute pas vraiment :
- "Services de Protection de l'Enfance" ? Il a un gosse ?
- Qu'est-ce que j'en sais ? On peut y aller ? demande Jun, pressé de filer.
- Dès que j'ai un petit quelque chose, je bouge. T'inquiètes !
Jun soupire en regardant si quelqu'un vient par la fenêtre tandis que Marcus se met à fouiller une armoire. En poussant quelques couches de vêtements, il découvre un long coffre en bois. Il sourit en voyant que le coffre n'est pas protégé par quoi que ce soit. Il l'ouvre et découvre avec surprise une collection de fouets, de dagues et d'autres instruments de tortures du même genre :
- Hé, je savais pas que c'était un sado maso votre vieux ! s'exclame Marcus en voyant tout ça.
Jun revient vers lui et voit l'intérieur du coffre, visiblement très surpris :
- Euh... Je savais pas non plus, en fait...
Marcus passe à un autre meuble tandis que Jun reste à fixer les outils de Mulligan. Un des emplacements pour les dagues est vide :
"Il en manque une..." marmonne Jun alors que Marcus semble arracher un morceaux de sous la table de nuit.
- Là, ça doit être le bon !
Jun vient assister à la nouvelle découverte du bandit. Un coffret bien plus petit que le précédent, fermé par un cadenas :
- J'espère que c'est pas des sex toys...
- Avec toutes les thunes qu'il a... Même pas foutu de s'acheter un coffre fort ! s'exclame Marcus en forçant le petit cadenas.
Ils se penchent tous les deux au dessus du coffret en l'ouvrant...

Dans la salle de cours, Kane fait quelques étirements en repensant à son baiser avec Jun. Le premier et probablement le dernier qu'ils auront jamais partagé. Elle regrette cet instant mais son visage reste impassible. Elle attend que le temps passe en essayant de se vider l'esprit. Lacey tapote frénétiquement sur sa table en jetant parfois un regard à Mulligan toujours plongé dans son bouquin. Alors qu'il regarde sa montre, elle en profite pour l'interpeller :
- Bon, si je dis pardon. Je suis désolée, et tout ça... Je peux y aller ?
- Oh, ce n'est pas aussi simple. Il y a des règles à respecter. Lorsque vous briser les règles vous êtes punie.
- Oui et je suis revenue au lycée pour cette heure ! Est-ce que ça prouve pas ma bonne foi ou un truc du genre ?
Kane sourit en écoutant l'argumentation vaseuse de sa camarade :
- Ne croyez pas que parce que vous êtes la fille du bon Shérif de cette ville vous êtes libre de faire tout et n'importe quoi !
- Oui, et j'ai bien compris la leçon merci ! Je suis venu, c'est bon, c'est fait. Pardon.
Mulligan regarde sa montre avant de revenir sur Lacey :
- Ca fait une demi heure. Etant donné que vous avez partagé le crime, il me semble logique que vous puissiez partager la punition.
Lacey le regarde une seconde en levant un sourcil interrogatif :
- Bon, je peux y aller ou pas ?
- C'est demander tellement gentiment... s'amuse Mulligan en lui faisant signe de partir.
- Et moi aussi, je peux y aller ? tente Kane.
- Tu es l'instigatrice dans cette histoire. Tu mérites une sanction comme il se doit.
- OK, je peux pas échanger ça avec une sanction divine du genre ; une invasion de sauterelles ou l'eau qui devient du sang ?
- C'est pas plutôt le sang qui devient du vin ? demande Lacey en rangeant ses affaires.
- Ce n'est pas une sanction divine, c'est le miracle de Jésus.
- Ah ouais ? Faudra que je relise le bouquin.
- Ca impliquerait que vous l'ayez déjà lu.
- Ouais, enfin voilà.
Kane soupire en s'effondrant sur sa table tandis que Lacey se lève pour prendre son portable sur le bureau avant de se diriger vers la porte :
- Bon, merci pour cette heure de détente. On se voit en cours.
Elle commence à partir puis se tourne vers Kane, un peu inquiète :
- Vous préférez peut-être rester encore un peu ? demande Mulligan.
- Ha, non merci, lance-t-elle en riant avant de sortir.

Jun et Marcus sont debout l'un à côté de l'autre, devant le coffret de Mulligan posé sur sa table de nuit :
- C'est pas vrai... s'exclame Marcus.
- Tu t'attendais à quoi ?
- C'est du foutage de gueule cette baraque ! Ca... Ca c'est de la publicité mensongère, t'as vu ! Tu vois une villa de dehors et là... Putain !
Tandis que Marcus s'énerve dans son coin, Jun fouille le coffret qui contient principalement un genre de journal intime. Un petit carnet bleu marine fermé par un fil argenté comme les dossiers importants au lycée. En dessous, un simple chapelet. Jun retire le fil argenté pour feuilleter le carnet intitulé "Rédemption". Marcus quitte la pièce dans l'espoir de trouver son lot de consolation :
- Je te jure, je pars pas les mains vides hein ! lance-t-il de l'escalier.
Jun commence à lire la première page qui parler de l'expérience de Mulligan au lycée Catholique Blanchet de Salem, dans l'Oregon à l'Ouest des Etats-Unis. Là où il a commencé sa carrière dans l'enseignement.
S'ensuivent des états d'âme du vieil homme qui hésite à penser ce qu'il pense puis qui s'y résigne en se fabriquant des excuses à partir de textes religieux. Jun n'arrive pas à le croire. Cette histoire date d'il y a plus de 5 ans. Le texte évoque ses pulsions réprimées puis assouvies concernant des élèves de ce lycée. Jun lève les yeux de sa lecture un instant en cherchant quelqu'un pour le soutenir dans sa stupeur. Il passe les pages qui sont autant d'années et de lieux où Mulligan s'est retrouvé. Il se condamne lui-même pour ses actions mais ne cesse jamais. Son coffre d'armes : son matériel d'auto flagellation pour avoir pensé à mal et pour avoir cédé au péché. Jun avance dans le carnet ainsi que dans le temps. Son coeur bat de plus en plus vite et son souffle se coupe à mesure qu'il approche de l'année où Kane a été violée. Jusque là, Mulligan est un criminel sexuel mais il n'est pas lié... Trop tard. Voilà la page qui évoque le cas de Kane alors qu'il l'avait remarqué à son arrivée au lycée. A cette époque où Kane vivait encore avec ses parents. Jun n'ose pas poursuivre pour éviter les détails sordides. Il saute quelques pages et découvre que Kane est loin d'être la dernière. En deux ans, Mulligan a fait d'autres rencontres. Il a commis d'autres péchés. Il a causé d'autres malheurs. Mais jusque là son rang semblait l'avoir protégé des poursuites. Jusque là seulement. Maintenant il y a des preuves. Jun est bien déterminé à faire payé Mulligan, et la loi est de son côté cette fois-ci. Il ferme le carnet et le met dans sa poche en quittant la pièce encore sous le choc :
- M... Ma.. Marcus ! Il faut y aller ! lance-t-il la voix tremblante.
- Attends, j'y suis presque...
C'est alors qu'un bruit métallique se fait entendre en provenance du salon avant que l'alarme ne se déclenche brusquement :
"Merde !"
Jun se précipite en bas des escaliers et rejoint Marcus au salon :
- Qu'est-ce qui se passe ?! hurle Jun pour se faire entendre.
- Pardon ! J'ai pas fait exprès OK?!
Ils se précipitent vers la porte de derrière :
"Mais j'ai trouvé le coffre fort !" s'exclame Marcus, visiblement très fier.
- Ah ouais ? J'ai trouvé mieux ! lance Jun alors qu'ils sortent en courant dans le jardin.

...

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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:09

...

Kane s'est mise à dessiner sur son cahier, affalée sur sa table. Elle souffle pour repousser ses cheveux en arrière, ayant la flemme de le faire à la main. Mulligan la regarde faire et finit par fermer son bouquin :
- Un peu de tenue, ce serait trop demandé ?
- A cette heure de la journée, je dirais que ce n'est pas indispensable, répond Kane en marmonnant.
- Vous voyez quel est le problème aujourd'hui ?
- Les chutes de neige à répétition, répond Kane en gribouillant toujours sur sa feuille.
- Votre génération... Vous n'avez plus aucune morale à laquelle vous raccrochez.
- Et grâce à la religion, quoi ? On va tous être sauvés ? s'exclame Kane toujours affalée sur sa table.
Mulligan laisse échapper un petit rire amusé en joignant les mains :
- Imaginez-vous ; des jeunes filles de votre âge qui ont déjà un bébé. Incapable d'attendre jusqu'au mariage, elles ont cédé à la tentation. Vous imaginez ?
- Euh... Difficilement, mais je fais un effort, répond Kane en se redressant. Soudainement interessée par la discussion qui lui semble totalement ciblée sur sa personne.
- Ces gamines ne méritent tout simplement pas de donner la vie. Ce n'est pas leur rôle. Mais elles se retrouvent avec le fruit de leur péché et doivent en faire pénitence.
- Est-ce que c'est un genre de "sermon surprise" ou est-ce que je devrais le prendre pour moi ?
- Pourquoi donc ? Vous vous sentez concernée ?
- Pas tant que je n'aurais pas d'enfant, nan, répond Kane qui se sent profondément attaquée dans sa vie privée.
- Bien sûr. Ca ne vous concerne pas. Et c'est tout à votre honneur de vous occuper de votre "petit frère"... Quel âge a-t-il maintenant ?
- Trois ans, répond Kane du tac au tac, parée depuis longtemps à ce genre de questions indiscrètes.
- Vraiment ? J'aurais dit moins. Mais nous savons bien que c'est impossible. Ca signifierait qu'il serait né seulement après la mort de votre mère...
- C'est donc impossible, vous l'avez dit, répond froidement la jeune fille alors que ses soupçons reviennent à elle au galop.
- Comment s'appelle-t-il ?
- Quelle importance ?
- C'est une simple question.
- Ce sera ma simple réponse !
Le dialogue se poursuit un instant dans les regards. Chacun s'envoyant le message qu'il sait. Chacun sait pour l'autre. Malgré tout aucun d'eux ne veut abattre toutes ses cartes directement :
- C'est étonnant que personne n'ait averti les Services de Protection de l'Enfance. Avec votre maigre salaire, il doit y avoir d'un carence pour un petit de trois ans.
- Oui, très étonnant. Et non, aucune carence merci. Il est très entouré par sa famille.
- Sa famille ? Il me semble qu'il n'a que vous.
- Plus maintenant. La famille s'agrandit.
Kane joue parfaitement son rôle de grande soeur attentionnée tout en sachant qu'elle est démasquée par son partenaire de jeu. Deux menteurs surentraînés s'affrontent dans le silence d'une salle de classe vide.
Plus rien ne compte alors, seulement le moment présent. Il faut déjouer les plans de l'adversaire et le forcer à se révéler :
- Pourquoi l'avoir gardé ? Tu n'avais pas le droit ! s'exclame Mulligan qui semble perdre le contrôle progressivement.
- Il est à moi. Je suis la seule à décider.
- Et tu as fait une grosse erreur !
- Oh, c'est plutôt vous qui avez commis une erreur ! s'exclame-t-elle en se dressant brusquement. Une erreur que vous allez regretter jusqu'à la fin de vos jours !
Moi, je ne regrette qu'une chose. Que vous soyez déjà si vieux ! Vous ne souffrirez pas assez longtemps avant de mourir de vieillesse.
- Tu n'avais pas le droit de faire ça...
- N'inversez pas les rôles ! Vous êtes le fautif ! Vous m'avez violée !! hurle-t-elle en sanglotant.
Mulligan était là, prêt à répondre mais au moment de le faire il prend conscience de ces paroles. Il savait ce qu'il avait fait mais il ne l'a jamais entendu prononcé aussi clairement.

Dans le couloir, tout près de l'entrée de la salle, Lacey attend collée contre le mur. Elle se tient debout, les yeux ronds comme des soucoupes, bouche bée ; Kane avait raison. Depuis le début cette petite rejetée sans intérêt avait vu juste au sujet de Mulligan. Elle qui la prenait pour une parano psychotique, elle se sent soudain complètement stupide et parfaitement inutile. C'est sûrement à cause d'elle si Kane se retrouve enfermée avec son bourreau ce soir. Lacey se sent impuissante dans cette situation ; elle qui avait évoqué la théorie de Kane avec Jun hésitait plus que tout autre à y croire. Elle reprend lentement son souffle et sort son portable. Si elle ne peut pas apporter son aide, elle peut en tout cas appeler son shérif de père en renfort. Elle sélectionne son père dans son agenda et valide l'appel avant de se tourner vers le hall. Avant qu'elle n'ait pu la remarquer, Mme Watson l'assomme d'un grand coup de Bible dans le visage. La jeune fille s'effondre aussitôt en lâchant le téléphone avant d'avoir pu avertir qui que ce soit. Mme Watson reste debout avec son petit visage impassible comme si elle n'avait pas conscience de ce qu'elle vient de faire. Elle se permet même un petit sourire lorsqu'elle s'accroupit pour fermer le portable à clapet de Lacey.

Jun est au volant de son coupé aux côtés de Marcus qui le regarde, intrigué :
- Mais... T'es sûr ?
- Tu veux peut-être le lire, s'exclame Jun en lui jetant presque au visage.
Tout est écrit. Depuis 5 ans... Plus de 5 ans !
Marcus ouvre le carnet et feuillette un peu. Il se met à lire quelques mots puis revient quelques pages en arrière :
- Putain ! Douze ans, la gamine ! s'exclame le jeune homme en se tenant le front comme s'il avait mal au crâne.
- Le pire c'est qu'il s'en sort toujours à la fin, enchaîne Jun en regardant à peine la route.
- Et il est où là ?
- Je sais pas... J'en sais rien ! L'hôpital, l'église, le lycée... Il peut être n'importe où !
Marcus continue de feuilleter le carnet :
- Kane... Kane, il l'a... bafouille-t-il avant de rendre le carnet à Jun. Faut le trouver ce gars-là !
- Il sait pas qu'on sait. On va le trouver ! On va le trouver...
Le véhicule s'engouffre dans une autre rue sombre balayée par la neige qui tombe depuis plusieurs minutes maintenant.

Kane est toujours debout devant sa table alors que Mulligan est assis derrière le bureau :
- Je ne t'ai pas violé ! Qu'est-ce que tu racontes ?!
- Oh, vraiment ? Comment vous expliquez que vous savez tout ça ?
- Je sais seulement ce que les gens disent... C'est une grave accusation que tu portes là !
- Mais je sais que j'ai raison. Je suis sûre que je pourrais le prouver... Un test de paternité ou quelque chose du genre et...
Elle est brusquement coupée par son portable qui se met à vibrer sur le bureau de Mulligan. Il prend le téléphone et lit sur l'écran extérieur :
- JUN ? Le petit avorton avec qui tu étais à la chapelle?
Kane se souvient. Jun voulait l'aider, il lui a dit et elle a refusé son aide. Il appelle peut-être pour la dernière fois avant de quitter la ville. Elle ne peut pas prendre l'appel et ce sera peut-être le dernier :
- Laissez-moi partir...
- Seulement quand tu auras fini ton heure de retenue.
- Vous n'avez pas le droit de me garder seule dans cette salle.
- En vérité je crois que j'en ai le droit. Au pire, on me pardonnera mon erreur...
Le portable s'arrête malheureusement de vibrer :
- Dès que je sors d'ici, j'irai raconter tout ce que je sais à la police. On est bien d'accord que je n'ai pas d'autre choix, hein ?
- Qui va te croire ? Sérieusement, tu penses que ton témoignage me ferait risquer quoi que ce soit ?
Kane repense alors au témoignage de Lacey. Elle aurait bien enregistré les aveux de Mulligan mais son téléphone la regarde toujours depuis le bureau :
"Ta parole contre la mienne... Qui hésiterais une seconde ?"
Kane le fixe avec dégoût. Tout ce temps où il se montrait compréhensif et modéré, il savait qu'il était responsable des malheurs de Kane. Il a du découvrir qu'il ne pourrait pas séparer Kane du bébé et voilà ce qui lui a fait changer de caractère dernièrement. Deux ans qu'il partage ce secret avec elle. Elle avait des doutes qui devinrent des soupçons puis des indices avant de retomber comme un château de cartes. Elle se pose encore des tas de questions : Pourquoi ? Pourquoi elle ? Comment peut-il vivre avec ce poids sur la conscience ? Est-ce qu'on pourrait la croire si elle témoignait contre lui ?
Pendant qu'elle se torture l'esprit en silence, Mme Watson apparaît dans le cadre de la porte. Kane tente de sécher ses larmes en voyant sa première lueur d'espoir :
- Mme Watson, il faut que je sorte d'ici... Je dois aller aux toilettes d'urgence.
- Je crois que ça peut attendre, Kane.
Kane la regarde, perplexe pendant un instant avant de rassembler les pièces du puzzle. Mulligan et Watson sont tout le temps collés l'un à l'autre. Comme s'ils partageaient quelque chose. Visiblement pas une liaison. Peut-être alors un secret. Le secret de Kane. Elle ignore que son histoire n'est qu'un cas parmi tant d'autres.
- Qu'y a-t-il ? demande Mulligan intrigué par la présence du professeur de littérature.
- Mademoiselle Wratz. Je crains qu'elle ne se soit montrée bien trop curieuse pendant votre petite conversation.
- Et où est-elle maintenant ?
- Elle se repose dans la chapelle, entourée par les anges, répond Mme Watson avec un sourire béa.
Lacey, son alliée d'un temps.
- Vous êtes complètement cinglés ! lance Kane avant de se précipiter vers la porte.
Mme Watson la saisit au passage et la renvoie vers les tables près de la porte avec une force impressionante au vu de son gabarit :
- Tu es punie, rappelle-toi. Tu dois attendre la fin de l'heure.
La situation devient réellement tendue et l'ambiance oppressante à souhait force Kane à se rasseoir, les jambes en coton. En plein cauchemar dans la fosse aux lions.
Kane jette un oeil aux issues : les fenêtres donnant sur la cour intérieure enneigée et la porte verrouillée par Mme Watson. Elle regarde ses deux geôliers, les yeux larmoyants alors que son portable se remet à vibrer sur le bureau...

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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:12

...

Jun est toujours au volant de sa voiture alors qu'ils filent à travers la ville avec Marcus. Ils passent aux abords d'Avon Lake gelé et déserté par les catégories d'individus qu'on y trouve habituellement. Ils semblent être les seuls sur la route. Ils grillent tous les feux, ne respectent aucun stop. La route devient alors presque une ligne droite. Ils se rapprochent de New Eden à grande vitesse. Jun conduit d'une main, le portable dans l'autre main, collé à l'oreille :
- Décroche, décroche, décroche... Kane, allez... Un déclic se fait entendre "Je suis pas là, laissez un message" Oh non !
- Essaye sur son portable ! lance Marcus sans réfléchir.
- Qu'est-ce que je viens de faire, à ton avis ?! répond Jun sur le même ton.
- Essaye chez elle !
Jun compose le numéro de la concierge de Kane, le seul numéro fixe qu'elle possède :
- Ca sonne...
Marcus se tourne sur son siège en fixant le téléphone dans la main de Jun :
- Allo ! Il faut que je parle à Kane d'urgence ! démarre Jun sans perdre un instant.
- Vous êtes qui ? demande la concierge.
- Jun ! On est dans la même classe !
- Ah, vous êtes le garçon de l'autre fois ?
Jun est déjà exaspéré par cet échantillon de conversation parfaitement mal venu :
- Dites-moi ; où - est - Kane ! demande-t-il en hachant sa phrase.
- Elle travaille au St James le soir, puisque...
Sans attendre la suite, Jun referme son téléphone et le balance sur les cuisses de Marcus avant de faire un dérapage contrôlé sur la route verglacé. Il manque de rentrer dans un réverbère avant que le véhicule ne se stabilise :
- T'es malade ?! s'exclame Marcus qui s'empresse d'attacher sa ceinture.
- Elle est au St James ! lance Jun avant de repartir dans la direction opposée.
Marcus ramasse le portable de Jun et commence à composer un numéro :
- Ca te dérange pas ? Le mien a plus de batterie...
- Fais-toi plaisir... répond Jun concentré sur la route, ce qui n'est pas un luxe ce soir.
Marcus attend en reniflant, le portable à l'oreille :
- Hé Sean ? Ouais, on verra ça plus tard... Ecoute... Amène tous les gars au St James là. Ouais, le resto.
Il faut que tu trouves Kane, tu te souviens ? Ouais, ok. On arrive là, tout de suite !
Le véhicule fonce à travers les chutes de neige qui brouillent la vision à moins de trois mètres. Ce sera déjà un miracle s'ils arrivent vivants au St James Coffee...

Kane est assise à sa table, terrifiée par la situation cauchemardesque dans laquelle elle s'est empêtrée. Elle se sent comme un insecte pris dans une toile par deux araignées. Elle avait de sérieux doutes concernant Mulligan mais le cas de Mme Watson la surprend infiniment. Une prof qui manque cruellement d'autorité et qui se trouve capable de se débarrasser d'une élève trop curieuse. Kane se sent responsable de ce qui arrive ce soir. Lacey a déjà payé le prix pour elle. Il n'y a plus d'issue, elle n'est même plus sûre de survivre à cette nuit. Dans ce décor extrêmement familier d'une salle de cours trop éclairée et mal chauffée, Kane se sent perdue. Mulligan et Mme Watson font des messes basses, debout autour du bureau :
- Vous n'allez pas me laisser partir, hein ?
Mulligan se tourne vers elle, visiblement surpris :
- Bien sûr que si, pourquoi pas ? Nous allons avoir une petite conversation sur ce qu'il convient de faire et tu seras libre.
- Et si je racontais tout ? Et si j'allais voir le père de Lacey ?
- Pour raconter quoi à la police ? demande Mulligan, sûr de lui.
Kane s'apprête à répondre quand Mme Watson passe devant le bureau pour faire face à la jeune fille :
- Tu es une jeune fille moderne. Tu sors avec des tas de garçons chaque soir sans même connaître leur prénom, explique Mme Watson qui semble avoir tout prévu depuis longtemps.
Après la mort de tes parents, tu te sens terriblement seule et tu passes la nuit avec un énième petit ami qui te quitte rapidement. Peut-être le soir même. Tu découvres que tu es enceinte et tu tentes de le cacher.
Au final et comme tu as désespérément besoin d'argent, tu décides d'accuser le riche et respecté Monseigneur Mulligan dans l'espoir de couvrir tes dettes...
Kane reste ébahie et, intérieurement, admirative devant la version de Mme Watson. Cette femme a fabriqué une histoire en se basant sur les faits réels. Un vrai travail d'auteur : le professeur de littérature a toutes les qualités d'un bon écrivain :
- Vous êtes... Complètement folle... prononce difficilement Kane.
Mme Watson semble le prendre très mal. Elle se dirige vers Kane en serrant les dents et les poings, les narines gonflées. Elle s'apprête à saisir Kane quand Mulligan se manifeste :
- Anita ! S'il te plaît, ne te laisse pas emporter par la colère.
Kane fixe Mme Watson alors que son visage semble se transformer. D'un air de rage extrême, les traits tirés se détendent et elle retrouve son visage calme et presque impassible habituel. Elle retrouve son sourire avant de retourner vers le bureau avec Mulligan. Il lui donne un chapelet dont elle semble décrocher une perle avant de l'avaler. Kane respire en haletant en constatant une chose ; non seulement Mme Watson est cinglée mais il se pourrait aussi qu'elle soit sous l'influence des médicaments qu'elle vient de prendre. Ses chances de sortir d'ici vivante s'amoindrissent encore un peu alors que le temps file...

Le principal quitte son bureau, une mallette en cuir à la main. Il éteint la lumière et ferme la porte. Il pose sa mallette et sort ses clés pour fermer la porte. Une fois la porte fermée, il jette un oeil à sa montre et reprend sa mallette. Il commence à partir pour aller libérer Kane de son heure de torture. Comme prévu, il doit la raccompagner chez elle. Une des dernières personnes encore un peu saines d'esprit dans ce lycée ce soir.
Le seul à pouvoir aider la jeune fille... Un téléphone sonne. La sonnerie vient de son bureau. Il jette un regard vers la porte, hésitant à y retourner. Il se tourne vers le couloir puis retourne à son bureau en soupirant. Il pose sa mallette par terre et sort ses clés pour ouvrir. Il entre sans allumer la lumière et décroche :
- Allo ? Mais oui, mais chérie... J'étais sur le point de rentrer. Oui... Oui ! Une heure de retenue, je t'assure ! Je... Je vais... D'accord, je t'écoute...
C'est ainsi que le seul espoir de Kane, retourne vaquer à ses occupations, la laissant en pâture aux deux psychopathes.

Jun et Marcus débarquent au St James. Sean et sa bande sont déjà sur place au milieu du restaurant. Les quelques clients les regardent du coin de l'oeil, inquiets :
- Elle est pas là, elle bosse plus ici, lance Sean en voyant arriver Marcus.
- Quoi ! Tu déconnes ?
Jun les laisse dans leur discussion et se dirige vers Mme Hunch de l'autre côté du bar :
- Hé, si vous ne commandez pas je préfère que vous sortiez là, remarque la tenancière, un peu inquiète à son tour.
- Vous vous souvenez de moi ? Je m'appelle Jun. Je suis un ami de Kane... Il faut que je la voie. Elle a de gros problèmes.
- Quel genre de problèmes ?
- Je dois la voir d'urgence. Vous savez où la trouver ?
Mme Hunch le regarde comme pour essayer de deviner ses intentions. A travers son empressement, le jeune homme semble sincère. Elle se souvient l'avoir vu discuter avec Kane une fois mais elle ignore s'ils sont réellement proches ou si leur relation s'arrêtait à une simple relation serveuse/client. Elle le regarde une dernière alors qu'il affiche toujours son air suppliant puis se dirige vers le téléphone au mur :
- Allo ?
- Lycée St Johns, j'écoute, répond le gardien du lycée.
- Bonsoir, je dois parler à une élève.
- Le nom ?
- Kane.
- Kane comment...
Edna Hunch réfléchit quelques instants, intriguée par sa propre ignorance ; quel est le nom de famille de Kane ? Heureusement, le gardien du lycée ne lui laisse pas le temps de répondre :
- Ah Kane ! Oui, elle est en retenue avec Mademoiselle Wratz là. Mais rassurez-vous, Monseigneur Mulligan est avec elles.
Edna baisse le combiné pour s'adresser à Jun, Marcus et toute sa bande :
- Au lycée. Elle a été punie avec une autre élève.
- OK, j'y vais, lance Jun en se dirigeant vers la sortie.
- Mais au fait, vous êtes qui... demande la voix du gardien avant que Mme Hunch ne raccroche.
- Mais il n'y a aucun problème. Elles sont avec Monseigneur Mulligan... enchaîne Mme Hunch en pensant les rassurer.
A ces mots, Jun et Marcus ont le souffle coupé. Ils se regardent, terrifiés par la situation qu'ils sont alors les seuls à connaître ici :
- Appelez la police ! Dites leur d'aller au lycée tout de suite ! lance Jun en courant vers la sortie.
Marcus lui emboîte le pas alors que ses gars restent en place :
- Vous venez, les mecs ?!
- Le prend pas mal mais... Ils va y avoir un tas de flics là-bas, répond Sean.
- Vaut mieux pas qu'on se montre, t'as vu... reprend un autre gars de la bande.
Marcus les regarde un instant comme des lâches avant de comprendre leur raisonnement :
- Marcus !? hurle Jun de l'extérieur.
- Ouais ! J'arrive !
Il sort à son tour et Mme Hunch compose le numéro de la police. Les gars de la bande se regardent, un peu honteux. En particulier Sean qui connaît un peu Kane et qui regrette de l'abandonner à ce moment précis.
Il s'en remet à son ami Marcus. La bande quitte le restaurant au grand soulagement des clients, inquiets depuis leur arrivée.

Kane reste figée, assise à sa table. Intérieurement, elle est furieuse face à une telle injustice. Mulligan et Watson ont raison ; personne ne va la croire. Elle a caché que Jun était son fils pendant deux ans, pourquoi est-ce qu'elle dirait la vérité maintenant ? Effectivement, au sens propre comme au sens figuré, Kane est bel et bien piégée. Elle observe ses deux geôliers et constate que le ton monte entre eux :
- Tu n'aurais pas du ! Nous devons nous débarrasser d'elle maintenant, remarque Mulligan à une Mme Watson un peu honteuse, la tête baissée.
- Mes amis savent que je suis là... ose prononcer Kane en espérant que son bluff fonctionnera.
Mulligan et Watson se tournent vers la jeune fille, surpris et amusés à la fois :
- Je te demande pardon. Quels amis ? Je ne crois pas que tu aies le moindre ami. Ici ou ailleurs, d'ailleurs.
- Vous vous trompez. Ils vont venir... Ils me croiront, eux... Ils savent que je ne mens pas !
- Tu penses que tes parents seraient fiers de ce que tu es devenue ? lance Mme Watson d'un air dégoûté.
Kane la regarde, très surprise par la question. Voilà bien une vraie sadique, ramener cette blessure à la surface dans une telle situation. Kane est incapable de répondre, elle reste assise, terrifiée.

Le principal presse le pas dans le couloir sombre du lycée. Il est 20 heures passées et, étant déterminé à respecter scrupuleusement le règlement, il ne souhaite surtout pas garder deux élèves punies pour une durée supérieure à ce qui avait été prévu. Il arrive enfin à la porte, la mallette à la main et tourne la poignée. A sa grande surprise, la porte est verrouillée. Il fait signe à la vitre et Mme Watson se précipite vers la porte pour sortir. Elle referme la porte juste derrière elle :
- Mais qu'est-ce qui se passe ici ? demande le principal.
- Oh... Euh... Absolument rien. J'allais... J'allais juste raccompagner Monseigneur Mulligan après l'heure de retenue, bafouille Mme Watson en espérant être convaincante.
- Pourquoi avoir verrouillé la porte ? Vous avez pensé à ce qu'il se passerait s'il y avait un incendie ?
- Oui, je suis désolée... Une mauvaise habitude...
Le principal reste perplexe devant les explications vaseuses de Mme Watson. Il jette un oeil à l'intérieur de la salle par la vitre. Kane s'est dressée sur ses pieds et Mulligan passe devant son bureau pour lui barrer le passage. Le principal sent que quelque chose ne colle pas mais il ne sait pas encore quoi :
- Et vous pouvez me dire où est Mademoiselle Wratz ?
- Elle... Oh, elle est rentrée avec des amis. Vous savez, des jeunes de sa classe...
- Et vous l'avez laissé partir comme ça ? s'étonne le principal Lace en ouvrant la porte.
Kane voit la porte s'entrouvrir. Elle sent que c'est sa chance. Peut-être bien sa seule chance de sortir d'ici vivante. Malgré toutes les promesses de Mulligan de la laisser partir, elle ne peut pas se résoudre à y croire. Elle se met alors à courir vers la porte. Mulligan la saisit par la taille en la tirant vers lui :
- Aidez-moi ! hurle la jeune fille en pleurs.
Le principal comprend que la situation est alarmante sans savoir exactement ce qui se passe. Mais alors qu'il se retourne vers Mme Watson, elle lui saute à la gorge en le plaquant contre le mur :
- Mais qu'est-ce qui vous prend ?! s'exclame le principal qui n'ose pas se défendre.
Watson a retrouvé son visage terrifiant de folle furieuse alors qu'elle tente d'étrangler le principal qui glisse lentement au sol :
- Vous allez m'obliger à utiliser la force ! lance-t-il à moitié étouffé et en se débattant.
Il tente de la repousser presque sans oser la toucher quand elle se retrouve brusquement tirée en arrière en hurlant à plein poumons. Marcus est là, derrière elle. Il la tire violemment par les cheveux en l'envoyant contre le mur. Le principal se relève en reprenant sa respiration :
- Il lui arrive quoi à celle-là ?! demande Marcus alors que Mme Watson se relève.
Elle se met à courir vers l'entrée de la salle de classe quand Marcus la saisit au passage. Watson se débat, complètement hystérique et griffe Marcus au visage :
"Hé, un peu d'aide ce serait sympa !" lance Marcus au principal qui vient l'aider à maîtriser le professeur devenue totalement hors de contrôle :
- Non ! Non !! Lâchez-moi !! Mike, ils veulent te tuer !! hurle la psychopathe en s'agitant.

...

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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:14

...

Dans la salle, Kane parvient à se libérer de l'étreinte du vieillard en soutane et se précipite vers les fenêtres du fond, donnant sur la cour intérieure du lycée. Le vieux Mulligan reprend son souffle en s'appuyant sur une table avant de rejoindre Kane qui ouvre difficilement une fenêtre. Il la saisit à nouveau alors qu'elle se débat en essayant de le mordre mais les manches de sa soutane sont bien trop épaisses. Il se retrouve à l'étrangler d'un bras tout en la tenant à la taille de l'autre main. Kane commence à manquer de souffle quand ses yeux s'illuminent brusquement :
- On ne bouge plus ! lance Jun, son arme pointée vers la tête de Mulligan.
Le vieillard hésite un peu avant de retirer son bras de la gorge de Kane qui reprend son souffle. Il ne relâche pas prise pour autant, gardant son bras enroulé autour de sa taille :
- Tu ne sais vraiment pas ce que tu es en train de faire, mon pauvre, dit Monseigneur Mulligan en espérant pouvoir raisonner le jeune homme.
- J'ai passé une très mauvais journée ! Alors je vous conseille de bien écouter ce que je vous dis : relâchez la... Tout de suite ! ajoute-t-il en hurlant.
- C'est une pécheresse ! Elle refuse de reconnaître ses fautes, prétend Mulligan en essayant de se défendre.
- C'est plus la peine d'essayer ! Vous comprenez vraiment pas ?! On a trouvé votre carnet ! On sait tout !
Mulligan se sent visiblement touché en plein coeur par cette remarque. Son carnet de "flagellation" personnel. Là où est rédigé toutes ses fautes. Rien que pour ses yeux. Des secrets partagés avec Watson depuis des années. Un genre de Curriculum Vitae de ses crimes passés, présents et presque futurs :
- Tout cette violence aujourd'hui... Ca a du te monter à la tête, s'exclame-t-il.
Jun fait un pas vers eux en reculant le marteau du 9mm :
- Relâchez-là tout de suite ! J'hésiterais pas une seconde à vous faire sauter la cervelle !
Mulligan la relâche complètement en plongeant ses mains dans ses poches, lair de rien alors qu'elle se met à avancer lentement vers Jun. Encore sous le choc.

Dans le couloir, Marcus et le principal Lace finissent d'attacher Mme Watson avec la cravate de Lace et les lacets de Marcus :
- Je ne vous laisserais pas faire ! Vous n'avez pas le droit !! Au secours !!
- Faudrait peut-être la bâillonner, propose calmement Marcus en épongeant ses blessures au visage avec un mouchoir.
- Peut-être bien, oui... Mais qui êtes vous, au passage ?
- Juste un ami, répond Marcus, le sourire en coin.
- "Juste un ami", hein ? s'étonne le principal avant de retourner vers l'entrée de la salle avec stupeur. Mais qu'est-ce qui se passe ici ?!

En un instant, Jun se tourne vers le principal en baissant son arme puis revient sur Mulligan en le tenant en joue :
- Vous occupez pas de ça ! lance Jun sans regarder le principal
Kane continue de marcher lentement vers Jun :
- Monseigneur Mulligan, expliquez-moi ! demande le principal alors que Marcus vient se planter devant lui pour l'empêcher d'entrer.
- C'est dans la Bible ! "Tu ne tueras point !", enchaîne Mulligan en tentant de lui faire baisser son arme.
Le principal reste impuissant derrière Marcus, bien déterminé à ne pas le laisser passer quand il aperçoit un objet briller dans la main de Mulligan qu'il sort de sa poche. L'objet est caché en grande partie par ses longues manches évasives. De sa position, Jun ne le voit pas, Kane étant face à lui. Le principal Lace aperçoit clairement l'objet : un couteau, ou plutôt une dague. La dague manquante de la collection de Mulligan :
- Attention !! hurle-t-il.
En une poignée de seconde, Marcus empêche le principal d'entrer en pensant qu'il veut arrêter Jun, Kane se retourne juste à temps pour voir Mulligan se jeter sur elle, la dague à la main et Jun tente de viser tant bien que mal et appuie sur la gâchette. La détonation retentit dans toute la salle et l'écho résonne dans les couloirs du lycée. Mulligan s'effondre en lâchant la dague. Kane reste figée un instant dans sa position avant de se jeter dans les bras de Jun qui tend toujours l'arme devant lui, le canon encore fumant. Marcus et le principal entrent dans la salle. Kane pleure dans bras de Jun qui laisse l'arme à Marcus qui doit lui retirer de sa main crispée. Mulligan gît au sol en tremblant, une tâche s'agrandissant en haut de sa poitrine, vers l'épaule gauche. Jun n'aura pas été assez bon tireur pour l'atteindre à la tête. Ils se tiennent tous dans cette salle, dernier décor de la dernière scène de la carrière de criminel de Monseigneur Mulligan. Marcus s'approche du corps du veillard et tend le canon vers sa tête :
- Il est pas encore crevé, le vieux...
- Ne faites pas ça ! Vous ne pouvez pas faire justice vous-même, lance le principal.
Kane, soulagée d'un énorme poids lâche Jun un instant et se tourne vers les deux autres :
- Il n'est pas tout seul. Mme Watson... Ils sont complices tous les deux...
- Mme Watson ? Vous savez ce qui lui prend ce soir ?
Kane regarde autour d'elle, terrifiée :
- Où est-elle ?
- On l'a attaché dans le couloir, en face là.
Le principal sort son portable et commence à composer un numéro :
- J'appelle une ambulance... Mais il va falloir m'expliquer ce qui se passe ici.

Kane, Jun et Marcus sortent de la salle et arrivent à l'endroit où Watson été attachée :
- Et merde...
- Marcus, tu vas m'expliquer ça hein ? demande Kane en voyant les liens étalés par terre.
- Je croyais que vous l'aviez attaché ! lance Jun
- Hé, on a fait avec ce qu'on avait sous la main...
- Ca a pas l'air d'être très efficace, alors ! reproche Jun alors que Kane fixe les liens défaits en pensant que Watson est encore en liberté.
Un bruit aigu sourd semble se rapprocher mais impossible de savoir d'où il vient. Marcus se tourne vers l'entrée du lycée, visiblement inquiet. Le bruit se rapproche et on reconnaît des sirènes de police :
- Hé mec, je m'arrache moi ! lâche Marcus, en panique avant de s'éloigner vers le fond du couloir.
Jun prend Kane dans ses bras :
- T'inquiètes pas, la police est là. Ils vont la retrouver. On a toutes les preuves qu'il nous faut...
Jun a beau parler, Kane ne l'écoute pas. Elle ne l'écoute plus. Elle sait une chose : Watson est une dangereuse psychopathe droguée et elle est dans la nature par sa faute. C'est alors que lui revient à l'esprit un détail. La vraie victime de la soirée : Lacey Wratz :
- Lacey ! Lacey ! hurle Kane en se précipitant vers la chapelle.
Jun la suit sans trop comprendre et ils poussent tous les deux les lourdes portes de la chapelle. Derrière eux, le principal apparaît dans le couloir le téléphone à la main quand les policiers entrent en le visant :
- Les mains en l'air Monsieur !
- Ne tirez pas, je suis le principal Walter D. Lace. On a un blessé ici !

En entrant, Kane se met déjà à chercher le corps par terre et sur les premiers bancs :
- Regarde la rangée de droite, je regarde à gauche, dit-elle en se précipitant de rangs en rangs.
Jun a du mal à suivre mais se met à chercher Lacey des yeux :
- Lacey !
- Lacey !! Lacey !!
Ils terminent les rangs et Kane se met à regarder partout autour en se grattant la tête :
- T'es sûre qu'elle est ici ? demande Jun qui ne comprend rien à la situation.
Kane saute les marches et grimpe derrière l'autel. Lacey est allongée là, une mèche collée par le sang sur sa tempe. Elle va s'accroupir près du corps de la jeune fille et Jun les rejoint de l'autre côté :
- Lacey ! s'exclame-t-il en la voyant allongée par terre. Est-ce qu'elle est vivante ?
Kane pose la tête de Lacey sur ses cuisses en essayant de la secouer. Elle se met à grimacer avant d'ouvrir difficilement les yeux :
- Lacey, est-ce que ça va ? demande Kane, inquiète.
- Tu peux bouger ? demande Jun.
Elle regarde un peu autour d'elle, un peu ailleurs avant de se redresser, assise par terre. Elle regarde autour d'elle, terrifiée :
- Où est Watson ? demande Lacey encore groggy.

A quelques kilomètres de là, un break marron s'éloigne dans la nuit. A son bord, Anita Watson qui affiche difficilement son habituelle façade sereine. Elle aura préféré abandonné son mentor à son sort plutôt que de le suivre dans sa décadence. Après tout Monseigneur Mike Mulligan n'aura été qu'une passade dans la vie de Mme Watson... Sûrement pas et c'est à renforts de regrets et d'une honte tenace qu'elle tente de se pardonner à elle-même d'avoir fuit...
Il ne neige plus dehors. Un obstacle de moins pour l'empêcher de quitter la ville. Mais alors qu'elle arrive dans le Sud est de la ville et qu'elle longe Peterkin Park, un obstacle inattendu se dresse sur sa route. En effet, un des individus louches qui traînent et vivent dans cette zone s'approche lentement de la route pour y lancer une espèce de chaîne avant de détaler comme un lapin. Avant qu'elle n'ait compris ce qui lui arrivait, Anita Watson passe sur la chaîne qui était en réalité une herse comme celles qu'utilise la police. Mais la police ne passe plus par ici. Watson perd le contrôle de son véhicule et tente de freiner avant de couper le contact pour stopper le véhicule qui se dirigeait vers un des murs d'enceinte du parc. Elle prend son visage dans ses mains en soufflant puis se met à marteler le volant en klaxonnant par accident, folle de rage de la tournure qu'a pris la soirée et, au final, sa vie entière. Elle doit quitter la ville maintenant, elle n'a plus le choix. Mais voilà, certains obstacles sont parfois presque insurmontables.
Alors qu'elle finit sa petite crise, Sean et sa bande apparaissent à l'extérieur et se rassemblent autour du break marron :
- Vous allez pas plus loin, madame, explique Sean en la regardant à travers le pare brise givré.
- J'ai... J'ai de l'argent si c'est ce que vous voulez...
Sean la regarde, dégoûté de ce qu'elle a pu faire à Kane. Ne sachant que ce que Marcus lui a dit par téléphone :
- Descendez de la voiture avant qu'il arrive un accident.
Mme Watson s'exécute en fixant les visages terrifiants des jeunes de la bande qui la dévisagent tous. On dirait que tout finit toujours par se payer et on dit que "le crime ne paie pas".
Mme Watson ne part pas, mais son véhicule s'éloigne lentement sur trois pneus avec un des gars de la bande au volant.

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MessageSujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide   Dim 30 Déc à 3:18

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Ce matin, le soleil a réussi sa percée au milieu des nuages pour la première fois depuis des jours. Il ne neige pas aujourd’hui, mis à part le froid, le temps sera clément. Tout le lycée est en émoi ; une édition spéciale du Prophète, le journal du lycée, a été imprimée dans la nuit pour un tirage d’une page sur la terrible aventure qu’ont vécu les deux jeunes filles dont l’heure de retenue s’est transformée en véritable prise d’otages. Un groupe d’élèves témoignent de ce qu’ils ont vu ou entendu au cours de la soirée. Ils étaient déjà sur place à ce moment-là, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas quitté le lycée. La majorité d’entre eux étant les fumeurs de shit qui traînent sur le toit. Mais pour sûr un détail qui restera absent des pages du Prophète. On annonce également qu’une cellule psychologique a été mise en place, à la disposition des élèves du lycée mais aussi du personnel enseignant. Les prochains mois vont être terribles pour le principal qui devra répondre de l’embauche de ces deux ignobles personnages et du maire qui aura donné trop de liberté à Monseigneur Mulligan. La communauté religieuse va perdre bon nombre de fidèles suites à ces événements. Dans toute la presse, l’histoire de Kane fait les gros titres.
Le Père Joseph habituellement contre tout en général et toujours de l’avis de ses pairs, reste consterné en relisant l'article. Il s’est porté volontaire pour assister la psychologue pour le suivi psychologique des élèves qui souhaitent en parler. Les cours risquent d’être perturbés pendant les prochains jours voire même les prochaines semaines. Aucune histoire n’a autant frappé l’opinion publique à Amityville.

Kane est à l’arrière d’une voiture de police. Pas en état d’arrestation cette fois-ci. Elle est raccompagnée du commissariat où elle a complété sa déposition de la veille. Lacey était sur place. Mais aucune trace de Jun. Elle ne peut décemment pas le lui reprocher. Il a complété sa part du marché ; il avait promis qu’il viendrait la voir avant de quitter la ville. Non seulement il est venu mais il lui a accessoirement sauvé la vie. En passant dans son quartier elle remarque le panneau à vendre devant la maison vide de Jun. Plus de voiture dans l’allée. Plus personne ne vit ici. Comme il l’avait dit, Jun et ses parents ont déménagé pour Babylon.

Peu après son départ du commissariat, un jeune homme vêtu d’un sweat avec une capuche solidement serrée sur la tête se dirige vers l’accueil après avoir attendu que l’officier quitte son poste une minute. C’est Marcus. Il s’assure que personne ne l’observe et sort un paquet de sous son sweat. Un petit paquet de la taille d’un répertoire qu’il pose sur le bureau de l’officier de l’accueil. Le carnet de Mulligan. Il s’assure à nouveau que personne ne l’a vu et repart en courant.

A New Eden, Kane est en plein déménagement. Sa situation familiale est désormais connue par les services sociaux. Elle n’a plus à se cacher, plus besoin de mentir. Les gens sauront bientôt tout dans les journaux. La concierge de Kane finit d’installer le petit Jun à l’arrière de la voiture avant de retourner à l’intérieur en croisant Kane qui sort, des cartons plein les bras. Elle les pose par terre sur le trottoir gelé en soufflant et trouve Jun assis sur le capot de sa voiture :
- Jun ?
- Ca va tu me reconnais. J'avais peur que tu sois en état de choc, dit le jeune homme en se levant.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Tu vas rire... J'étais tranquillement assis dans ma nouvelle chambre au milieu des cartons quand j'ai eu un éclair de génie.
- Ouah, tu fais bien de m'en parler ! Ca doit pas t'arriver souvent, réplique Kane en plaisantant.
- J'ai entendu que t'allais t'installer dans un logement de la paroisse.
- Ouais... Hallelujah, hein ? lance-t-elle, sarcastique
- C'est à l'autre bout de la ville alors... Quitte à déménager, autant y aller franchement.
- Je t'écoute.
- Je me demandais si ça t'intéresserais de venir t'installer chez moi quelques temps.
Kane laisse échapper un petit rire en entendant cette proposition puis elle constate que Jun est sérieux. Elle tente alors de reprendre son sérieux :
- Ecoute, j'en sais rien... J'aime pas m'imposer...
- OK, je vais reformuler ça. J'en ai parlé à mes parents et ils sont ravis de pouvoir t'héberger.
- Sans me demander mon avis ? s'étonne Kane qui veut jouer sa mijaurée.
Jun la prend par la main :
- Pour une fois, s'il te plaît... Laisse-moi t'aider.
Kane prend le temps de la réflexion. Il y a cette voix qui lui dit d’accepter et cette autre voix qui la supplie… D’accepter aussi. Au final, c’est un choix facile :
- Je te prends à l'essai. 2 mois et on voit, propose Kane en plaisantant
- Où est-ce que je signe ?
Ils sourient et Jun se baisse pour ramasser les derniers cartons. Il va les ranger dans le coffre tandis que Kane le regarde faire, les bras croisés.
Elle se tourne alors vers la résidence. New Eden. Son petit chez elle pendant près de deux ans. Elle aura du mal à quitter cet endroit même si elle ne se sentait pas particulièrement bien ici, elle y avait tous ses repères. Kane s’efforce de se sortir ces préoccupations de son esprit. Elle regarde le panneau d’accueil Welcome devenu « Hell Comes » : l’Enfer Arrive. Fort heureusement elle aura déjà eu sa part d’Enfer ici. Elle ne tient certainement pas à rempiler pour ne serait-ce qu’une journée de plus. Voilà, la nostalgie est partie.

Ils s’installent tous les deux dans la voiture. Par manque de place, Jun porte quelques cartons sur ses genoux à côté de Kane au volant. Elle jette un œil au petit Jun derrière :
- Tout le monde est là ? lance la jeune fille.
Le petit Jun répond par un rire en regardant le visage radieux de sa jeune maman :
- On est tous là, confirme le grand Jun.
Direction Babylon. Une petite ville où personne ne la connaît. Un nouveau départ, une nouvelle chance, une nouvelle vie. Les choses vont se compliquer pour elle à Amityville maintenant qu’elle va devenir un personnage public. Non seulement ses proches connaîtront toute l’histoire mais les gens qu’elle n’estime pas aussi. Tout le monde saura le secret de Kane qui deviendra alors un fait divers. Elle tente de penser au-delà des conséquences, à ce qui l’attend de bon pour l’avenir. Elle se sent enfin libre.

Kane allume la radio qui diffuse The Reason du groupe Hoobastank. Jun lui sourit avant de l'embrasser.
Elle passe la première et la voiture s'éloigne à travers les rues sales du quartier qui semblent resplendir pour la première fois.
Jusqu'ici Kane aura déjà eu une vie bien remplie. Tout ce qu'elle demande aujourd'hui c'est un peu de calme pour pouvoir respirer sans avoir à s'inquiéter pour le lendemain. Il faudra du temps mais elle y arrivera maintenant qu'elle sait qu'elle n'est plus seule. Kane aura finalement trouver la recette pour transformer une vie d'enfer en vie un tout petit peu moins infernale.

-------- FIN --------


Merci à toutes les personnes qui se sont abimées les yeux à lire une partie, un chapitre voire même le tout. Voilà un défi relevé !

PS :
Spoiler:
 

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