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| | | Histoires Courtes pour lecture rapide | |
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| Auteur | Message |
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Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Histoires Courtes pour lecture rapide Lun 2 Mai à 15:50 | |
| Je me suis lancé dans une longue histoire à suivre en plusieurs épisodes mais je dois y passer du temps à chaque épisode. Ca ne change pas mon idée que c'est extrêmement simple de faire une histoire qui tient la route en sa basant sur des faits vérifiés et en y ajoutant des inventions détaillées. Le seul problème étant que je ne peux pas m'y consacrer entièrement Donc je créé ce sujet pour poster des histoires courtes en un seul épisode. C'est pas ça qu'on appelle un one shot? La première est en direct : La pluie s'était abattue sur la ville depuis plusieurs heures maintenant, je n'avais plus l'espoir de revoir le soleil avant cette nuit. Il était déjà 16h20 et je tremblais de froid assis dans ma voiture. Emmitouflé dans mon imperméable, le chapeau enfoncé sur la tête je jetais mon mégot par la vitre avant de la remonter rapidement. J'avais les yeux rivés sur cette boutique de piercings. Bien sûr, ça n'était qu'une couverture. Comme tous les gangs organisés ils utilisaient des façades et parfois des sociétés écrans pour faire du commerce légal avec des moyens illégaux. Ils ne m'échapperaient pas cette fois. Pour m'en assurer j'avais amené un ami, mon seul ami : CJ. Un Magnum Desert Eagle 50 mm dont je ne me séparais jamais même sous la douche. Depuis qu'un coup monté m'avait fait virer de la brigade criminelle je restais sous mes gardes. Ca y est, un homme sort de la boutique. Pas le genre de gars à aller se faire trouer la langue ou l'arcade, plutôt le genre à couper et broyer ces parties du corps. Un colosse de près de 2 m avec un grand manteau sur un costume complet avec un chapeau et un parapluie qu'il ouvre d'un seul coup. Il jetait un oeil dans toute la rue, personne. La pluie avait chassé les passants, les habitants et même les clochards indélogeables d'habitude. J'étais assez armé pour descendre ce type mais je n'avais pas de mobile et surtout je savais que ce n'était qu'un homme de main, la tête de l'organisation était encore à l'intérieur. J'attendais, le pistolet à la main, je reculais le marteau du pouce en pensant que j'avais 1 chance sur 2 de me faire abattre. La porte s'ouvrait à nouveau et un petit homme barbu sortait : ce coup-ci c'était lui. Il était suivit d'un autre garde du corps. Une voiture surgissait lentement du coin de la rue et s'arrêtait devant la boutique. L'homme de main ouvrait la porte à son patron. Je lâchais mon arme et je mettais ma main gauche sur le volant et la droite sur les clés de contact : partant pour une petite filature. Mais voilà qu'un inconnu passait et s'approchait de ces bandits. Je reprenais mon arme, ça pouvait mal tourner. Il semblait discuter avec eux mais il n'étaient visiblement pas coéquipiers. Et là je comprenais tout. La technique d'arrestation de la brigade criminelle : un homme s'approche pendant que les autres surveillent, prêts à intervenir. Je scrutais les alentours, une camionette à 100 mètres de là. En regardant au niveau des toits j'apercevait un, deux, cinq snipers. Je ne pouvais pas les laisser faire, il me fallait leur chef vivant. Je sortais de ma voiture et me précipitais vers ces bandits. L'inconnu n'aurait qu'un seul mot à dire pour qu'ils soient abattus. Je sortais mon arme et tenait le premier garde du corps en joue en pleine course. Il plongeait la main dans son manteau et commençait à en sortir un fusil à canon scié quand l'inconnu se mit à crier quelque chose comme "Rédemption". Je voyais des flashs tout autour de moi et une pluie diagonale s'abattant sur moi en plus de l'averse. Je m'écroulait par terre à côté des trois mafieux. L'inconnu s'approchait, j'entendais des pas : les équipes d'assaut se rapprochaient. Je les voyais entrer dans la boutique, probablement pour finir le travail. Mon arme ne me quitte jamais, je n'ai pas eu le temps de tirer un seul coup de feu mais je l'ai gardé près de moi jusqu'au bout. Mes yeux se fermaient alors que la pluie s'arrêtait...  _________________  |
|  | | Bülü Noodle

Nombre de messages: 308 Localisation: tokyo coco loco Date d'inscription: 28/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 3 Mai à 1:07 | |
| Bon, alors ce petit one shot je le trouve infiniment plus interessant que tes derniers écrits. Tout simplement parce que là il y a un travail plus approfondit sur l'ambiance..ca me semble d'ailleurs très inspiré Sin city si je ne m'abuse, dans la narration introspective, et dans l'ambiance très sombre/polar des années 50.. enfin c'est peut être par frustration que je vois du sin city partout, je sais pas....enfin la j'entrevois bien Marv, ou Dwight, dans cette bagnole. Et puis on sent que t'as prit ton pied à raconter cette courte histoire; le coup du gun qu'il garde jusqu'à la fin, c'est bien trouvé, ca casse un peu l'aspect très linéaire de tes histoires, et surtout ca ouvre un peu le coeur de ton personnage ..(mes critiques sont jamais super sympas, mais je continues kémem; *chù*): là tu y a été fort sur les détails, mais il manque peut être quelques détails d'ordre plus sensible, plus humain, (comme le coup du gun à la fin), histoire d'entrer ds une dimension différente du simple "je raconte une histoire pour en raconter une et balancer mes idées"; tu as des idées, c'est supaire, je t'envie GRAVE, mais n'hésites pas à balancer plus de détails encore, ds le décors, sur le perso, sur les autres persos..alimente ton texte! la je trouve ça un peu "froid"; niveau ambiance c'est réussit, mais ca pourrait être un poil plus "humain" dans cette ambiance glaciale. Si je suis la seule à me comprendre, je m'en excuse, il est tard..mais j'avais envie de commenter cette histoire; et puis j'en veux d'autres! J'adore les one shot. _________________  |
|  | | Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 3 Mai à 10:36 | |
| En voilà une de retour! lol Ca va bien? Ca faisait longtemps Bon pour juger de la qualité il faut comprendre les origines de l'histoire. Tu l'as remarqué, et c'était fait pour, une profonde inspiration Sin Cityesque avec quelques lignes presque identiques. La scène n'est pas dans le film si ça t'inquiète Quand j'ai dis que c'était en direct c'était vraiment en direct. Même pas une idée en commençant l'histoire : pas de choix de narrateur, de temps, de lieu, d'époque... Bref, le genre d'histoire qui s'écrit un peu toute seule. Après faut dire que c'est TRES inspiré d'une autre histoire plus importante que j'essaie d'écrire : à croire que j'en ferais un livre un de ces jours, voire même une série de livre. Pour situer, à la base, c'était les derniers mots d'un personnage mourrant qui s'exprime toujours en vers. Il meurt après un règelement de compte, sous la pluie, face contre terre. Alors bien sûr je voulais rendre l'ambiance mais pas trop en même temps pour ne pas avoir à réécrire l'histoire de base sous prétexte que c'était pareil. Alors en fait je dois reconnaître que quand je tiens une histoire que je juge bonne je la laisse de côté pour la peaufiner jusqu'au bout et livrer un récit fini complet et, j'espère, de bonne qualité. Problème, je ne peux pas me concentrer sur la même histoire, il faut que je change Bon en plus, je devais faire les courses et y'avait Detective Conan sur la 3 donc cette histoire n'avait pas toute mon attention Ca fait très excuse foireuse, t'inquiète pas je m'en rend compte mais c'est vraiment ça qui m'a fait m'arrêter là, sans changer quoique ce soit à la relecture  (Au passage t'aurais pas un titre?!  ) _________________  |
|  | | loupette Apprenti

Nombre de messages: 34 Date d'inscription: 17/03/2005
 | Sujet: Critik Sam 7 Mai à 21:33 | |
| Hellou Pit (voilà je me suis enfin décidée à visiter ton forum "Gloriahallelujah" "Hosannah", que sonnent les trompettes des cieux et tout ti quanti^^!) Dis-moi on nage en plein film noir! Moi je dirais plutôt année 30-40 (avec le petit mot énigmatik, lancé dans l'agonie comme un certain Orson Welles avec "Rosebud"), tu nous remets à l'ordre du jour le "lonesome cow-boy" du bitume, dénué lui, de toute morale puritaine et de sentiments pompeux, contrairement à son homologue gardien de vache (oula je sais pas si c'est très clair tout ça, qu'à cela ne tienne, je poursuis...) Je trouve que le fait que tu exploites l'espace en profondeur horizontale (la vitrine, la fausse boutique, l'arrière boutique) et que la verticalité (toujours fatale pour le héros-chute de la pluie, immeubles hauts, snipers-vertigineux) soit sensible du début jusqu'à la fin jette bien la symbolique d'un espace à conquérir, et à redouter à la fois. C'est ce que j'aime dans cette ambiance, mais bien sûr, tout ce que je dis est mon sentiment personnel, ça se trouve je suis complètement à côté de la plaque lol! Par contre Bülü, pourquoi critiquer l'absence de sentiment? Ca relève du critère purement subjectif, plus tellement de la technique, non? C'est pitêt' fait èxeupré! Moi je vois bien le héros qui serre la ferraille contre son coeur jusqu'au trépas (s'il trépasse cela dit), pour un héros solitaire, les charmes d'une femme sont fourbes, l'arme est restée seule fidèle (je sais ça fait cliché mais bon... c'est ça non?). Il n'allait tout-de-même pas balancer une phrase du style "Dites à ma tante que mes dernières pensée lui ont été vouées^^". Et hormis cette scène finale, le fait qu'il y ait une absence totale de sentiments rejoint ce qui est sus-dit et plus : nous n'avons qu'un fragment de l'histoire, montrer les sentiments du héros ça serait vendre la mèche... Je suis d'accord avec cette "pudeur" qui suscite l'interrogation justement. Alors Peter, incipit ou dénouement? Quand au choix "rédemption", c'est pas mal, rédemption pour qui? Le "goodie", les "méchants", qui sait? Pour tout le genre humain? Quoi qu'il en soit, ça a l'air de le fracasser le néo-Humphrey Bogart (finalement, en voilà un! Un gros sursaut sentimental!^^)! Et la pluie qui s'arrête quand la conscience du héros décide le mettre en stand-by, ça me laisse croire qu'il est allé dans un monde meilleur. On retire la verticalité pour suggérer que la fatalité est tombée. Mais là encore, c'est de l'interprétation, je suis encore en train de faire fausse-route probablement^^! Enfin je dirais juste qu'il faudrait que tu fasses un effort au niveau du rythme des phrases, il y'a certaines scantions qui tombent comme un cheveux sur la soupe... Et je reste perplexe sur ton usage limite abusif de ponsifs, tu le fais èxeupré (comme le sordide dans un bon western spaghetti)? Ou bien tu ne t'en es pas rendu compte? J'opte plutôt pour la première paskeu le coup du flingue sous la douche ça me fait penser à Elli Wallach qui prend son bain, tire sur son assaillant après avoir tiré son flingue de la profondeur des eaux et dit : "quand on tire, on raconte pas sa vie" [Le bon, La brute...] lol! Moi c'est le genre d'image qui me fait mourir de rie^^, alors je pense que tu l'as fait èxeupré, vouala vouala. Voilà, j'espère que tu auras eu le courage de tout lire:p! [/u] _________________ Toujours tout nu les mains dans les poches...
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|  | | loupette Apprenti

Nombre de messages: 34 Date d'inscription: 17/03/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Sam 7 Mai à 22:23 | |
| [J'ai relu ton texte] En fait, je pense que d'un point de vue technik, il faudrait que tu lises tes textes à haute voix, ça évite les balourdises, et ça t'oblige à revoir ta ponctuation : | Citation: | | Pas le genre de gars à aller se faire trouer la langue ou l'arcade, plutôt le genre à couper et broyer ces parties du corps. |
Ca par exemple, ça fait l'effet d'un badaboum^^, ça aussi : | Citation: | | La pluie avait chassé les passants, les habitants et même les clochards indélogeables d'habitude. | Le "d'habitude" est vraiment de trop... A moins que tu souhaites jouer sur le déséquilibre, mais je n'en verrais pas l'utilité...
Pour revenir à la previous critique, au sujet du manque de détails, notament au sujet des perso, je trouve que c'est plutôt un bon point : on nous les présente comme des ombres, pas d'identité, pas de traits particuliers, on sait juste que ce sont des durs à cuire ; pour une organisation secrète, on doit bien conserver l'anonymat!^^
Voilà, quel sujet intarissable lol! Si t'as écrit ça en pensant à un court métrage, il y aurait trop trop de possibilités stylistiques, le seul problème : le perso qui voit 36 chandelles, difficile de ne pas user du cliché:p!
End of message, sûr cette foua-ci!^^[/quote] _________________ Toujours tout nu les mains dans les poches...
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|  | | Bülü Noodle

Nombre de messages: 308 Localisation: tokyo coco loco Date d'inscription: 28/01/2005
 | Sujet: Re: Critik Sam 7 Mai à 22:56 | |
| Wahou, ca c'est de la critique concise! Je vois le texte tout autrement maintenant, merci! ^^ | loupettébardamu a écrit: |
Par contre Bülü, pourquoi critiquer l'absence de sentiment? Ca relève du critère purement subjectif, plus tellement de la technique, non? C'est pitêt' fait èxeupré! Moi je vois bien le héros qui serre la ferraille contre son coeur jusqu'au trépas (s'il trépasse cela dit), pour un héros solitaire, les charmes d'une femme sont fourbes, l'arme est restée seule fidèle (je sais ça fait cliché mais bon... c'est ça non?). Il n'allait tout-de-même pas balancer une phrase du style "Dites à ma tante que mes dernières pensée lui ont été vouées^^". Et hormis cette scène finale, le fait qu'il y ait une absence totale de sentiments rejoint ce qui est sus-dit et plus : nous n'avons qu'un fragment de l'histoire, montrer les sentiments du héros ça serait vendre la mèche... Je suis d'accord avec cette "pudeur" qui suscite l'interrogation justement. |
Huhu, non c'est sur que pleurer sur sa Tati casserait un peu l'ambiance.mais c'est pas comme ça que je le voyais non plus ! En fait j'englobe un peu tous ces textes ds ma critique sur les sentiments, car globalement ces persos sont toujours un peu "froids" et imperméables. C'est sûr que dans cette historette on sent que c'est plus assumé et ça participe à l'ambiance black & white de son histoire..mais le seul éclair d'humanité du personnage est ammené très subtilement sur la fin, avec le "Mon arme ne me quitte jamais, je n'ai pas eu le temps de tirer un seul coup de feu mais je l'ai gardé près de moi jusqu'au bout."..et c'est ce petit apport que j'adore! Une pointe de sentiment, nous laissant imaginer tout plein de choses nouvelles sur ce personnage qu'on vient à peine de découvrir et qu'on ne connaîtra pas plus. Pour ça j'applaudis des 2 pieds, et j'encourage ce cher Peteuwe à creuser plus ses persos. Et puis bon, comme je l'ai dit plus haut, l'ambiance est très similaire à celle de Sin city et le perso me fait penser aux grosses brutasses de Frank Miller...grosses brutes qui tuent, mais profondément touchantes par quelques tournures de phrases (et jeux d'encrages) ingénieuses. Enfin bon veuala...j'ai la critique mollasse par rapport à toi, mais j'espère qu'on aura comprit mon point de vue!
Moua je veux de l'amouw et des bizousses dans tes prochaines histoires ^0^ mwéhéhéhé_________________  |
|  | | loupette Apprenti

Nombre de messages: 34 Date d'inscription: 17/03/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 8 Mai à 13:13 | |
| [ôlala, un compliment de Bülü^^, je rougis, je suppose que je suis la ènième personne à te dire que tu as un talent ineffable, mais bon, moua je te l'ai jamais dit vouala, c'est fait, tu peux me rajouter à la liste:p!] Euh bé en fait, je n'ai jamais vu Sin City... Et je ne suis pas non-plus une lectrice acidue des oeuvres complètes de Pit! Je vais réctifier ça^^! _________________ Toujours tout nu les mains dans les poches...
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|  | | Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 8 Mai à 17:20 | |
| Eh bien... J'ai lu ta critique, en 2 épisodes, et je pense avoir saisi l'idée. Ca m'a un peu rappeler mes cours de Genres du Cinéma sur le western dans les termes comme "espace à conquérir" et surtout la référence au genre même pas voulue je dois l'avouer. Rédemption c'est en rapport avec l'histoire dont est dérivé ce texte donc je n'en dirais pas plus. En ce qui concerne les phrases, c'est vrai que c'est pas tellement recherché ou égal mais bon, je me suis expliqué sur ce point plus haut  Donc merci de tes critiques, je ne m'attendais vraiment pas à un examen aussi approfondi de ce one shot (je suis toujours pas sûr de l'utilisation du terme mais bon  ) mais ça fait plaisir de voir des avis différents. Ca me permet de me faire une idée de l'impact, si impact il y a, des quelques récits que j'essaie de mettre en forme. En ce qui concerne Sin City, il ne sort que le 1er juin ( voir le sujet attitré) donc c'est normal que tu ne l'ai pas vu. Pour te répondre, Bülü, je vais essayer l'histoire amour et tout, et tout mais je ne promets rien. Un genre à exploiter... Incipit ou dénouement? Question difficile, il y a tellement de possibilité dans les deux sens...  _________________  |
|  | | Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Sam 5 Aoû à 1:25 | |
| Un petit rêve, ça fait de mal à personne même si j'en ai un assez flippant à vivre que j'écrirai plus tard. Bon, c'est pas tellement une histoire ni un rêve à gros budget mais plutôt un extrait de film sur le ghetto : J'étais en classe, dans un cours inconnu avec un prof assez grand et pas encore très noir mais plus très blanc : vous comprendrez pas la suite. Il règne une ambiance typique de fin d'année : les tables sont un peu en désordre, on est qu'une quinzaine et tout le monde discute mais le prof fait quand même son cours. En vérité, plus qu'une fin d'année, on se croirait dans une classe de ZEP ou même de films américains sur des classes à problèmes ( 187 Code Meurtre, Esprits rebelles, etc...). Maintenant vous pouvez imaginer l'atmosphère. Voilà le moment où je me rends compte que j'ai un peu oublié certains détails. Bref, j'étais assis à côté d'un ami que je n'ai pas vu depuis plusieurs mois et avec qui je discutais comme si on se voyait tous les jours. On blaguait sur le prof, la classe et sur le dernier rang, juste derrière nous, où 2 élèves s'étaient pris 2 heures de colle. Le prof était au tableau mais il faisait quelques allers-retours vers des élèves ou des groupes d'élèves pour répondre à des questions. Nous continuons de nous moquer jusqu'à ce que le prof nous interpelle. Je ne ris plus, mais mon camarade ne peut pas s'en empêcher et se prend 2 heures de colle aussi. Je ris dans mon coin et le prof repart vers le tableau. Je sais, jusque là il ne se passe pas grand chose mais ça va venir. Je jette un oeil à mon pote qui fait la gueule et je me tourne vers les 2 autres collés quand le prof passe à côté de moi en me disant qu'il convoque mes parents. Je m'insurge contre cette décision presque arbitraitre, ou au moins tardive. J'essaie de me défendre sans être vulgaire mais je suis hors de moi, dans les deux sens du mot puisque je me vois aussi de l'extérieur. Du coup, je constate que j'ai une dégaine de mec de banlieue de films américains et qu'on est peut-être bien dans un ghetto après tout. Je suis presque hors de contrôle et je tente de me défendre pendant que le prof, un peu plus noir, remplit le papier de la convocation. Je me lève, je tape dans une chaise et je balance mon sac par terre en gueulant. Il finit par me tendre le papier et je commence à le lire pendant que les autres se mettent à me défendre. Je reviens à la charge en lisant son résumé de la situation où il m'accuse de l'avoir insulté. Je me défends à nouveau et il tente de calmer le jeu alors que la cloche sonne. Les élèves commencent à sortir mais je refuse de partir tant que la convocation n'est pas annulée. Il me propose de rester pendant son prochain cours pendant que ses élèves entrent et prennent place. On discute un peu et je lui dis qu'il me rappelle le prof d'un film qu'il titre "187 Code Meurtre" (comme de par hasard). Je remarque qu'une TV diffuse des clips à côté du bureau du prof. Je la regarde sans faire attention au cours. Quand je reviens sur la salle, elle est vide. Je me lève et je me dirige vers les fenêtres ce qui me permet de voir que nous sommes au RDC. Je sors de la salle et j'arrive dehors. Je vois 3 élèves se sauver en remontant la rue à gauche. En face, de l'autre côté de la route, je vois une sorte de petite cabane en bois et, juste à côté, 3 jeunes armés qui enfilent des cagoules en me fixant. Tout s'enchaîne très vite. Une voiture déboule par la gauche et s'arrête devant les 3 jeunes qui couraient vers moi. Je rentre dans le tas et je parviens à récupérer une arme. Je les abats aussi vit que possible alors que 4 personnes descendent de la voiture en tirant. Tout devient très brouillon mais il semble que je ne sois pas touché. Le chargeur est vide, je m'en prends à un autre jeune et je récupère son arme. Apparemment, ils sont tous au sol mais quand je me retourne, je vois mon prof, bien plus noir, avec un grand manteau marron et un fusil à pompe à la main. Il tire mais je courre déjà vers la cabane dans laquelle je m'enferme. La cabane est remplie d'armes et de chargeurs posés un peu partout mais mon attention est curieusement attirée par un fusil d'assaut dont la crosse à été dévissée. Le prof tire sur la cabane mais je ne vois pas d'impact. Il approche de l'entrée et je met à tirer une courte rafale sans viser mais près de la porte. Il hurle puis c'est le silence. Je m'approche avec la crosse presque vissée quand je vois un animal me foncer dessus à travers les barreaux d'une cage. Je lâche le fusil et le prof m'attrape par le bras, m'empêchant de fuir à côté d'un pit-bull qui n'arrête pas d'aboyer. Il me demande de lâcher mon arme (le prof, pas le chien) et je hurle que je l'ai déjà fait. Il lâche alors mon bras et je m'éloigne de la cage à reculons. Le prof entre, le fusil à la main. Il ordonne au chien de la boucler puis il me regarde comme s'il allait me descendre avant de sourir et de me demander de sortir. Je le suis à l'extérieur et je vois tous les jeunes cagoulés se relever en riant. COUPURE DANS LE RÊVEOn se retrouve dans un couloir un peu sombre de l'établissement, c'est le soir. Le prof m'explique que ses élèves étaient armés de pistolets à blanc et que la seule arme à balles réelles était le fusil d'assaut qu'il pensait que je n'utiliserait jamais, la crosse étant dévissée. On arrive devant une porte au fond du couloir : " T'es jamais entré dans cette pièce, je parie" me demande le prof " Je savais même pas qu'il y avait quelque chose derrière cette porte." je plaisantais, bien sûr. Il tourne la poignée et donne un coup de pied au bas de la porte avant de l'ouvrir. Un basset, qui était sur le dos près de la porte, se met sur ses pattes pour s'éloigner un peu pendant que nous entrons. Je referme derrière moi et une jeune femme de ménage métisse nous accueille sans même poser de questions sur ma présence. Le chien va se rallonger devant la porte pendant que nous entrons dans ce qui sert d'appart ou de planque à la jeune femme. Au milieu, un lit avec un mini dance floor circulaire juste au bout, à droite du lit un ordinateur juste à côté du frigo. Je ne me souviens pas très bien du reste de la pièce mais c'était petit et confortable, c'est d'ailleurs ce que je disais au professer qui s'asseyait sur le bord du lit. Je passais de l'autre côté du lit pour me mettre à l'ordinateur quand un bruit interrompit la conversation du prof et de la jeune femme. Je vis alors une lumière émanent du mur près de la porte. Le bruit cessa et le mur s'ouvrit : c'était un ascenseur caché. Une jeune femme très peu vêtue en sortit en saluant les deux autres personnes. Elle s'arrêta devant le frigo et me salua. Elle prit une cannette de soda et parla un peu de son boulot : il y avait un club clandestin sous le lycée et elle y était danseuse. Elle nous a d'ailleurs donné un petit aperçu sur le mini dance floor en se servant de la barre verticale. Là encore, le bruit se fit entendre et tout le monde se tournait vers l'ascenseur. La danseuse prend un air terrifié : "Oh non, c'est lui..." FINElle est la seule responsable de cette fin en suspens. J'ai juste senti que quelque chose aller troubler l'ambiance de franche camaraderie qui régnait dans la pièce. On se sentait en sécurité jusqu'à sa dernière intervention. _________________  |
|  | | Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Mar 27 Fév à 19:39 | |
| Pas sûr de déroger à la règle qui caractèrise ce sujet, je poste une nouvelle en plusieurs parties. Mon premier drame... Oui, enfin ça devrait l'être. Il faut savoir que la nouvelle est née d'un défi sur un site de fanfictions dont voici les contraintes : # Kane est encore lycéenne et n'a plus de famille du tout # Elle travaille tous les soirs dans un café d'un quartier chaud # Elle élève un petit garçon de deux qui n'est autre que son fils, Jun, qu'elle a eut lors d'un viol # Kane vit avec son fils dans un misérable petit appartement # Elle est embêtée par un jeune garçon dans son lycée qui se nomme lui aussi Jun J'ai choisi ce sujet parmi d'autres parce qu'il n'était basé sur aucun manga (comme bien souvent) et qu'il me semblait à ma portée. Le caractère extrême de la base m'a convaincu de me lancer dans un drame intitulé : Kane (ou comment faire d'une vie d'enfer une vie un tout petit peu moins infernale)________St James Coffee________ Un café/restaurant assez peu fréquenté en cette sombre nuit d'octobre. Deux clients habituels quittent le bar en laissant un pourboire de quelques cents, même pas de quoi se payer un chewing gum. Madame Hunch, la patronne, les ramasse d'une main sans même les regarder alors qu'elle attrape les deux choppes vides de l'autre main. C'est une femme d'une cinquantaine d'années au visage marqué par le temps et l'alcool. Elle se bat contre l'irrésistible envie de s'en griller une, mais elle l'a promis, elle tiendra au moins cette promesse. Earnie est là, comme tous les soirs, seul à sa table pour déguster un plat, toujours le même, et s'imbiber jusqu'à la fermeture. Il est plus d'une heure du matin. Kane est là debout, tapotant sur son bloc notes, le stylo coincé entre ses doigts recroquevillés par la fatigue. On lui donnerait bien 19 ans mais elle n'en a que 16. Tout ce maquillage et cette coiffure sont autant d'artifice pour "appâter" la clientèle, comme dirait Mme Hunch. Elle a enroulé ses longs cheveux bruns/roux en chignon en laissant retomber quelques mèches devant. Elle garde les yeux mi-clos, perdus dans le vague en fixant la rue à travers la vitrine anciennement transparente. Elle soupire doucement et baisse les yeux sur ce client, venu avec un ami. Tous les deux doivent avoir la vingtaine et semblent trouver la petite serveuse très à leur goût. - Vous avez choisi? lâche enfin Kane en s'efforçant de sourire - Laissez-moi réfléchir... Je vais prendre... - Pour moi ce sera une bière. Brune! lance l'ami du client avant de pouffer de rire - Une bière... C'est noté. Et pour vous? - Euh... Euh... Je vais prendre... Kane enchaîne sans attendre : - Un café? - Ouais! Va pour un café. Kane note et se dirige vers le bar. Elle arrache la feuille du bloc note et commence à lire : - Alors... On a un café et... - Une bière ouais. J'ai encore de bonnes oreilles, hein. - Oui, je vois ça. La patronne s'occupe de servir les deux clients en se retournant par intermittence vers Kane qui souffle un peu au comptoir. - Hé, il est mignon le gars là hein? Qu'est-ce que tu dis de son copain? dit Mme Hunch avec un sourire obscène presque pervers Elle lui donne ses commandes sur un plateau. - C'est très gentil de vous occuper de moi mais, je n'ai vraiment pas la tête à ça. Pas ce soir. - Moi je dis ça pour toi, répond la tenancière en s'essuyant sur son tablier. Kane prend le plateau et va servir les deux jeunes quand l'ami du client lui met la main aux fesses. - Hé ! T'as pas payé pour la fille. Je tiens pas un bordel ici ! lance brusquement Mme Hunch, le visage sévère - Ca va madame Hunch, c'est juste un accident. reprend Kane pour calmer la tension - Ouais... C'est un accident... répond l'ami du client, un peu embarrassé Madame Hunch retourne à sa vaisselle en pestant sur la jeunesse. Quelques minutes plus tard, les deux clients sont partis. Kane, telle une Cendrillon, ou plutôt une Cosette, des temps modernes, finit de laver le parquet autour des tables et range le balai dans le placard. - Vous avez encore besoin de moi? demande Kane, épuisée - Oui, alors va plutôt dormir. Je préfère que tu sois d'attaque pour demain soir, répond Mme Hunch en rangeant quelques verres Kane entre dans la cuisine brièvement et en ressort avec son sac à dos. - Allez, travaille bien, dit Mme Hunch à une de ses serveuses les plus sérieuses Kane quitte le bar, son sac à dos accroché par une seule bretelle. Derrière le bar, Mme Hunch essuie un dernier verre avant de plonger la main dans la poche de son tablier et d'en sortir un paquet de cigarettes écrasé. Elle en sort une du paquet et la porte à ses lèvres. Elle l'allume au briquet : - Cette fois-ci, c'est la dernière... Elle hausse brusquement le ton en se tournant vers la table du fond : « T'entends ça, Earnie ? Quand j'aurais fini cette clope, je veux que tu sois parti et que tu m'aies payé ! » Earnie lui fait un signe de la main pour lui dire de se taire. Fin de soirée habituelle au St James Coffee. Voilà pour l'intro, la suite bientôt...  _________________  |
|  | | Peter Administrateur

Nombre de messages: 451 Localisation: 92 Hauts-de-Seine Date d'inscription: 22/01/2005
 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Lun 5 Mar à 17:34 | |
| Il était temps d'enchaîner, hein ________« Des moments comme ça »________ Une chambre qui sert aussi de salon dans un appartement miteux du centre ville. Le loyer n'est pas très cher ici, le confort est absent en conséquence. Un berceau douillet de fortune est placé à côté du radiateur : aucun bébé à l'intérieur. Un coin cuisine qui n'a jamais aussi bien porté sa dénomination de "coin" séparé par un maigre mur donnant sur la salle d'eau réduite au strict minimum. Une douche sans rideau, une cuvette et un lavabo surplombé par un miroir de poche accroché au mur comme un petit tableau. Dans le salon, un meuble sert à la fois de commode, de bureau et de meuble pour la TV débranchée pour essayer d'économiser un maximum. Kane est allongé dans un lit de camp militaire dont le matelas a été remplacé par un matelas digne de ce nom : presque ce qui a le plus de valeur dans cet appartement. Presque car ce qui a le plus de valeur aux yeux de Kane ce n'est pas sa TV récupérée dehors qui ne capte que 3 chaînes, ni la cuisinière offerte avec la location mais c'est sa raison de se battre, son unique raison de vivre. Son bébé, Jun. Il n'a que 2 ans et il dort souvent avec sa maman par peur du noir, du bruit et de tout ce qu'il ne connaît pas. Ils vivent ensemble. Ils vivent seuls. Soudain, Jun se réveille en pleurant. Sa mère manque de tomber du lit en se retournant : - Qu'est-ce qui se passe?! s'inquiète Kane Elle prend Jun dans ses bras : "C'est rien bébé, c'est juste un cauchemar hein... Maman est là..." Jun se calme progressivement dans les bras de sa mère alors qu'elle le borde. Elle se retourne pour finir sa nuit quand le réveil de son portable sonne brusquement, elle ouvre difficilement les yeux : - Oh non, non pas déjà, supplie Kane en attrapant son portable Elle regarde l'écran : 7:00. Les cours ne commencent qu'à 8h30 mais elle doit se préparer, déposer Jun chez la concierge en espérant qu'elle acceptera après quelques supplications et filer au lycée. Elle s'assied sur le bord du lit et reste là sans bouger. Elle regarde à travers les stores de la fenêtre unique et prend son visage dans ses mains une minute en sanglotant. Elle sèche ses larmes et se tourne vers Jun qui s'est déjà rendormi. Elle prend son portable et va dans la salle de bain. En ouvrant le robinet du lavabo, elle a la mauvaise surprise de voir que l'eau ne coule pas du tout : - Oh non... C'est pas vrai. Tu vas pas me refaire le coup, peste-t-elle contre le robinet Kane pousse la porte de la salle de bain et se lance dans une scéance de martelage de la tuyauterie. Elle ouvre le robinet à fond mais pas une goûte ne daigne sortir. Elle donne un coup de pied franc dans les tuyaux en dessous du lavabo ce qui déclenche enfin l'écoulement de l'eau à pleine puissance. Kane est éclaboussée alors qu'elle se presse de fermer le robinet. Un peu trop tard peut-être : elle vient au moins de gagner du temps sur la douche. Surprenant que Kane puisse se permettre d'avoir une voiture à son âge et avec son maigre salaire. Ou plutôt ses maigres salaires puisqu'elle conjugue autant de postes que son corps le lui permet. Tant qu'elle ne s'effondre pas, elle peut travailler. Mais pour commencer Kane conduit sans avoir le permis, elle aurait du le passer cette année mais l'inscription était bien au dessus de ses moyens. Elle conduit une Mercury Topaz vert de gris de 1987 mais en jargon automobile on appelle ça : "un tas de boue". Deux portes sur quatre se bloquent régulièrement mais jamais les mêmes. Même un voleur amateur ne tenterait pas de mettre les pieds dans ce véhicule de peur de la réputation qu'il récolterait auprès de ses pairs. Elle l'aura eu pour une bouchée de pain ; à peine 200 dollars. Il lui arrive de penser que le véhicule aurait été utilisé dans un braquage ou pour transporter un cadavre pour s'expliquer le prix mais c'est tout simplement que ce tacot ne vaut pas plus. Elle fait pâle figure en arrivant sur le parking du lycée. Certains se marent en la voyant arriver mais la plupart sont habitués. Elle trouve une place libre juste à côté d'une magnifique Corvette cabriolet bleu acier. Elle commence à descendre quand une grand brune maigre sort lentement de la Corvette, l'air ahuri : - Excuse-moi, ça te dérangerait de bouger ta benne à ordures sur roue? J'ai pas envie que ma voiture sente le rat mort pendant une semaine, lance la jeune fille sur un ton supérieur - Oh... Alors tu devrais peut-être songer à arrêter d'enlever tes chaussures en la conduisant, répond simplement Kane avant de s'éloigner La jeune fille la regarde, choquée par la réponse avant de se tourner vers le tacot de Kane, un sourire pervers accroché aux lèvres. Dans le couloir tout le monde semble rejoindre des amis, des camarades ou même des ennemis. Kane, elle, n'a personne. C'est juste la fille qui a une voiture qui ne mérite pas ce nom. Rien d'autre. Aucun scandale à son sujet. Il y en a eu. Il y a eu cette histoire il y a deux ans, quand ses parents étaient encore en vie, avant "l'accident" qui les lui a arraché. Après vinrent les 4 semaines de traitement à l'hôpital où on la droguait plus qu'autre chose pour lui faire oublier sa peine. Puis ce soir où elle était paralysée par les traitements du docteur, quand un individu l'a violé et l'a laissé nue dans son lit dans la chambre partagée par 3 autres patients léthargiques. 9 mois plus tard naissait Jun mais personne ne le savait. Encore aujourd'hui, tout le monde ignore que Jun n'est pas son petit frère. Les histoires circulaient autour de la mort étrange de ses parents, le reste était inconnu et c'était mieux ainsi. Au lycée catholique conservateur de St. Johns the Baptist Diocesan, les histoires de viol ne remportent pas tous les suffrages. Sa situation actuelle, telle qu'elle est connue par la majorité, est suffisamment embarrassante pour qu'ils s'en contentent. Des scandales à son sujet, il y en a eu. Il n'y en a plus. Les cours sont les seuls moments où Kane peut se détendre, paradoxalement. Elle fait travailler sa cervelle en restant immobile, sans trop se fatiguer elle se forge un avenir solide et c'est tout ce dont elle a besoin. Pour elle, et pour Jun. A l'heure du déjeuner, Kane va gagner sa vie au lycée même. Elle aide les cuistots pour le service et on le chef l'autorise parfois à emporter quelques restes emballés comme pour quelques autres employés de la cuisine. Elle n'a que le temps d'avaler un yaourt et quitte le lycée avant la prière obligatoire. Sur le parking, elle croise quelques retardataires arrivant juste pour les cours de l'après-midi. Elle se fait toute petite pour rejoindre sa voiture quand elle aperçoit un "camarade" de classe qui quitte également le lycée un peu plus tôt. Pas n'importe lequel, c'est Jun. Et cette coïncidence a dû tilter pour plus d'un. Il s'éloigne un peu de ses potes et rejoint Kane : - Kane! Tu pars déjà? demande-t-il sur un ton moqueur - Oui, j'ai à faire. - J'espérais qu'on pourrait aller prier ensemble, lance-t-il en plaisantant - oh... Tu n'es pas un vrai catholique si tu ne prends pas ce sujet au sérieur, répond-t-elle sur le même ton Elle poursuit quand Jun vient se planter devant elle : - Si tu veux, je peux te garder une place dans ma voiture en rentrant. On pourrait se voir plus tard. Qu'est-ce que t'en dis? Elle le regarde une seconde, un peu surprise avant de sourire : - Tu sais ce que tu pourrais faire, là tout de suite? - Nan? - Dommage Elle tourne les talons et s'apprête à partir : - Quelle répartie! lance Jun, sarcastique Elle revient sur ses pas, le sourire en coin : - J'adorerai pouvoir échanger des incivilités avec toi mais je dois vraiment y aller. Une autre fois peut-être. Elle part décidée, cette fois-ci : - Oh non! Qu'est-ce que je vais pouvoir faire si je ne peux pas te torturer à volonté? demande l'adolescent en souriant - Tu n'as qu'à t'occuper autrement. Tiens, par exemple. Tu ne pourrais pas... Je ne sais pas... Mourir dans un terrible accident de la route? - J'essaierai, répond Jun, fier de lui - Je te souhaite sincèrement bonne chance. Elle part en soupirant et sans parvenir à réprimer un petit rire nerveux. Elle arrive à sa portion de parking quand elle aperçoit une dépanneuse accrocher sa Mercury, elle accélère le pas, inquiète : - Hé! Qu'est-ce que vous faites?! - Je crois que vous savez très bien ce qu'on fait mademoiselle. Un homme s'assure du bon déroulement du remorquage tandis que l'autre est au volant. - OK, je ne travaille pas avec la mafia. Je le jure, répond-t-elle en levant la main droite comme pour jurer - Mademoiselle, cette voiture n'est pas en règle - J'allais... J'allais justement au garage, répond-t-elle en espérant pouvoir sans sortir - Vos plaques ne sont plus valables et la voiture a été identifié comme ayant été impliqué dans une course poursuite hier soir. - Impossible, les témoins ont du confondre. - Désolé, on doit l'emmener. Il bloque les chaînes pour que le véhicule ne se décroche pas. - Quoi? Mais je n'ai que ça pour me déplacer! Comment est-ce que je vais faire? - Vous pourrez la récupérer d'ici 48 heures à la fourrière avec votre permis de conduire. - Ah oui... Mon beau permis de conduire en règle... dit-elle à elle-même L'homme monte dans la dépanneuse et ferme la porte. - Hé! Et d'ici 48 heures, comment je... - Prenez le bus. Elle s'apprête à dire quelques chose mais elle reste muette, constatant qu'elle ne peut juste rien faire d'autre que de regarder son unique moyen de locomotion lui sourire de tout son pare choc avant branlant. Kane tente de se calmer et se met en marche vers la route quand un coupé vient se planter devant elle. Jun, bien sûr : - Je te dépose? - T'es sérieux là? demande Kane, sceptique - Non, mais tu t'en doutais hein? Il démarre en brûlant la gomme et la laisse seule sur le trottoir. Elle sort son portable pour regarder l'heure : plus de batterie, évidemment. Elle pourrait bien péter les plombs dans des moments comme ça. Elle devrait peut-être. Mais il y a une chose avec Kane c'est que ce ne sont pas juste "des moments comme ça". C'est sa vie, et Kane le sait. Bien qu'elle sauterait sur la première occasion pour en changer elle doit s'en accommoder, au moins pour l'instant. A suivre..._________________  |
|  | | Peter Administrateur

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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 11 Mar à 0:01 | |
| Et on continue en compagnie de la "pauvre" Kane : ________All work and no play make Kane a dull girl________ Le ciel s'assombrit. La pluie ne va pas tarder. Le climat est plutôt doux en cette fin d'année. C'est l'automne, le temps de la déprime bien souvent pour Kane. Enfin, la voilà avec ses sacs de plats froids, assis au milieu du bus entre la vieille dame qui parle toute seule devant et le gros soulard qui ronfle derrière. Cette fois c'est sûr, elle sera en retard pour un de ses nombreux petits boulots. Souvent c'est juste pour une semaine et il est déjà arrivé plusieurs fois qu'on la remercie dès son arrivée en lui expliquant que quelqu'un de plus qualifié a été engagé ou que le poste n'est plus à pourvoir. Kane n'est pas stupide. Il faut comprendre que le poste n'est plus à pourvoir "pour elle". Le problème avec le bus, mis à part le fait que vous deviez accepter la présence d'individus que vous évitez soigneusement au quotidien, c'est justement que vous n'êtes pas seul et que vous ne prenez pas les décisions. Des passagers descendent à chaque arrêt pour lui faire perdre du temps, à moins que ce ne soit qu'une impression. Un peu comme quand tous les feux stagnent au rouge quand vous avez un rendez-vous important. - Excusez-moi, vous auriez l'heure? demande un passager à Kane qui hausse les épaules en secouant la tête en signe de réponse. Voilà son arrêt. Elle bondit du siège et descend rapidement. Kane avance d'un pas accéléré le long de la rue commerçante avant de rentrer dans un fast-food : le Pick-A-Chick'n. Un jeune homme d'à peine 18 ans se plante devant elle : - En retard, encore! - Je suis vraiment désolée. Ma voiture a été emportée... - STOP! lance-t-il en mettant sa main face au visage de Kane, surprise C'est à ma main que tu t'adresses pour les excuses parce que ma tête... Elle ne veut rien savoir, ok? - Euh... OK. Je suis désolée... - Hep! hurle-t-il en refaisant le même geste avec sa main - OK, je ne dis plus rien, dit-elle, résignée - Va t'habiller et sache que ce retard sera retenu sur ton salaire, dit-il à Kane qui part dans le local du personnel. On la retrouve devant l'entrée du fast food, affublée d'un costume de poulet géant. Elle tente de distribuer des tracts aux clients qui entrent et sortent et aux passants ou plutôt "les clients potentiels" comme dirait le jeune responsable d'équipe. - Venez chez Pick-A-Chick'n, le meilleur du poulet servi par le meilleur des serveuses, chantonne-t-elle d'un ton monocorde Le jeune responsable d'équipe lui fai signe de s'appliquer. Bien qu'elle ne soit pas très motivée pour y mettre tout son coeur aujourd'hui, elle le fera pour ceux qu'elle aime. Ceux... "Cot, cot codet!! Pick-A-Chick'n! Meilleur poulet du monde servi par les meilleures serveuses de l'univers!" Kane sautille dans son costume alors que les passants s'écartent du chemin, un peu effrayés par la vue d'un poulet géant hurleur. C'est bientôt l'heure de la fin de la prière et de la reprise des cours. Kane se change dans le local exiguë du personnel alors qu'une autre jeune fille commence à l'enfiler. - Vivement que je sois accepté au centre commercial, se plaint la jeune fille Kane acquiesce d'un sourire. La jeune fille en question s'appelle Amy. Amy va au lycée de la ville voisine. Forcément, autrement Kane aurait eu une alliée au lycée. Ca aurait été trop facile. Ainsi s'acharne la vie sur la jeune Kane. "Tu prévois d'arrêter quand, toi? demande Amy à Kane qui finit de lacer ses chaussures. - Oh, je ne sais pas... Quand j'aurais épouser un milliardaire ou que j'aurais trouvé le remède contre le cancer, répond Kane en essayant de garder son sérieux tant bien que mal - Je te le souhaite vraiment... Kane lui sourit en attrapant son sac. Les deux jeunes filles se regardent et sont soudainement interrompues par un gémissement en provenance des cuisines : - Oho! On demande un poulet géant à l'entrée! C'est pas croyable ça... Est-ce que je dois tout faire moi-même ici?! se plaint le responsable d'équipe - Je vais y aller avant qu'il ne se mette vraiment en colère et ne devienne tout vert, dit Amy avant d'enfiler sa tête de poulet et de quitter la pièce. Kane récupère son portable caché derrière les casiers, pleinement rechargé gratuitement. Kane connaît quelques bons plans. Les élèves sont encore en train de se diriger vers leurs classes respectives lorsque Kane arrive au lycée. Rassurant? Non. Les petits retards sont acceptés après la prière alors certains en profitent un peu. Kane se précipite pour se mêler aux retardataires, l'air de rien quand le père Joseph l'aperçoit dans le couloir. Il accélère le pas et vient lui barrer le passage : - Où est-il? demande sèchement le père Joseph - Qui? - Votre ami. Jun. Où est-il? - Je vous assure que c'est une erreur. Nous ne sommes pas amis. - Bien sûr. Ce n'est qu'une coïncidence si vous n'êtes pas venus à la prière aujourd'hui, insinue le prêtre avec un petit sourire supérieur - Je vais être en retard pour le cours, dit-elle avant de reprendre son chemin. Le père Joseph la saisit fermement par le bras : - Oh oui, un très long retard. Faites moi confiance, répond-t-il sèchement Au bout du couloir, Monseigneur Mulligan passe avec quelques bouquins dans les bras quand il est témoin de la scène : - Père Joseph? - Tout va bien, Monseigneur, répond le père - Veuillez lâchez cette enfant, ordonne Mulligan en tentant de garder son calme - Elle a quitté le lycée pour éviter l'heure de prière! répond le prêtre, véhément - Et bien, autant qu'elle ne rate pas l'heure de cours. Vous ne croyez pas? Nous sommes d'abord un lycée. Le prêtre semble un peu déçu du non soutien de son supérieur mais il obéit et relâche enfin Kane. Mulligan la regarde partir en soupirant. Il jette un dernière regard au père Joseph planté au milieu du couloir avant de partir. Après son "accident", la seule personne de l'école qui lui aura montré un peu de compassion était Monseigneur Mulligan. Kane était déjà une élève studieuse avant la mort de ses parents... Bon, peut-être un peu moins que maintenant mais elle était élevée dans le respect de la foi catholique et dans la tolérance des cultures. Elle était souvent à la bibliothèque où elle lisait quelques ouvrages théoriques et le peu de romans que l'église acceptait de mettre en rayons. Dès qu'elle avait du temps, elle venait apprendre près du bureau du vieux Monseigneur Mulligan dans la bibliothèque qui porte son nom. Le vieil homme semble souvent être le plus tolérant dans ses propos et ses décisions sont régulièrement discutées entre les prêtres avant d'être scrupuleusement appliquées. Malgré les divergences d'opinions, surtout à l'Eglise, les décisions du patron sont paroles d'Evangiles. Fin du cours, début de la course. Kane se débrouille pour toujours avoir plusieurs boulots avec lesquels elle jongle tant bien que mal. Le problème étant que ses lieux de travail sont souvent très éloignés. Alors si c'était déjà un problème mineur lorsqu'elle avait une voiture, voilà que ça devient un obstacle majeur sur son parcours. Elle traverse le parking à toute vitesse en jetant un oeil à sa place de parking désormais occupée par une autre voiture. Elle regarde à nouveau devant elle et voit Mme Watson, la responsable Ateliers & Clubs qui lui fait signe d'approcher : - Mme Watson... Il y a un problème? demande Kane, inquiète - Pas vraiment. Comme le dit Monseigneur Mulligan "Il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions" - J'en déduis qu'il y a effectivement un problème, insinue Kane en souriant - Tu es inscrite au club d'échec depuis un moment déjà et on ne t'a vu qu'une fois, et tu es... - Partie en catastrophe sans donner d'explications... Je suis désolée, enchaîne Kane - Si tu ne viens pas cette semaine, je devrais libérer ta place pour quelqu'un d'autre, avertit Mme Watson - Je comprends... Mme Watson lui sourit, amicalement et commence à partir quand elle se retourne : - Je ne fais pas ça de gaieté de coeur, je t'assure. Elle part une bonne fois pour toutes laissant Kane, le regard dans le vague à nouveau. Une chose avec les problèmes. Les problèmes sont une espèce loin d'être en voie d'extinction qui se déplacent constamment en troupeaux. Ils sont assimilables aux moutons puisque aucun ne se fatigue à se différencier des autres. Tout ça pour dire, qu'au final, un problème en entraîne un autre qui en entraînera probablement un ou deux autres. Une généralité vérifiée et connue par Kane. D’ailleurs, tout se vérifie et ainsi revient la pluie… A suivre..._________________  |
|  | | Peter Administrateur

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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Ven 16 Mar à 19:44 | |
| Retour avec Kane, une vraie fille à problèmes : ________« La roue tourne »________ La salle est remplie d'opératrices et d'opérateurs assis devant des écrans d'ordinateurs, un casque micro sur les oreilles. Quelques personnes circulent au fond, en se relayant aux photocopieuses. Tous, sans exception, ont les yeux rivés sur la pendule et sa trotteuse qui semble ralentir à mesure qu'on l'observe. Une des opératrices, se peint les ongles tout en parlant au téléphone avec son casque : - Bonjour Monsieur, je vous appelle pour vous parler des offres exceptionnelles sur les vitrages et double vitrages que nous proposons dans votre région. Nous avons un large choix de matériaux et vous disposerez d'un délai de 10 jours pour tout remboursement sans coûts supplémentaire. Etes-vous vous-même propriétaire? On entend très bien l'homme raccrocher sans dire un mot : "Merci, pauvre naze!" lance l'opératrice dans le vide avant de composer le numéro suivant sur la liste en prenant soin de ne pas mettre de vernis sur les touches du téléphone. Dehors, c'est une de ces averses torrentielles qui vous tombent dessus d'un seul coup et qui disparaissent en un rien de temps, vous laissant grelottant sous vos vêtements trempés. Et c'est ainsi, toute dégoulinante, que Kane arrive par la porte vitrée et fumée pour donner une impression de confort intérieur illusoire. Dans le brouhaha des conversations téléphoniques multiples, Kane se dirige vers son poste habituel mais elle tombe sur une jeune femme d'une vingtaine d'années déjà au travail. Ce n'est pas surprenant, chaque employé de la boîte de télémarketing partage son poste avec 1 ou 2 autres employés. Chacun ayant ses horaires défini. Mais à tarfif horaire, celui qui aura plus de temps libre pourra occuper la place à plein temps. Ainsi, certains employés ne quittent la boîte que quelques heures par nuit pour prendre un peu de repos. Habituellement, le poste est libéré par l'employé précédent quand Kane vient prendre son tour. Habituellement. Kane décide donc de prendre un petit café à la cafetière. Le café y est gratuit contrairement à celui de la machine à café. Le café y est infect contrairement à celui de la machine à café. C'est alors qu'un homme d'une cinquantaine d'années, les tempes grisonnantes, costume pieds de poule froissé et un peu juste aux manches se dirige vers elle alors qu'elle se réchauffe les mains avec son gobelet : - Servez-vous. Je vous apporterai un petit sandwich quand vous aurez fini, lui dit-il sur un ton sarcastique bien évidemment - Oh, monsieur Sanders. J'ai eu un problème incroyable... - Et je sens déjà que je ne vais pas y croire, effectivement, dit-il en la coupant Alors, vous allez me sortir une bonne vieille excuse j'espère. Le chien a mangé vos devoirs? - Non, j'ai... Quoi? Non. Je n'ai plus de voiture. Et je n'ai plus ma place au club d'échecs. J'ai du rester pour en discuter... - Et je crains que la série noire ne s'arrête pas là. - Ce n'est peut-être qu'une impression, dit Kane en essayant de sourire M. Sanders se met en marche vers son bureau et Kane lui emboît le pas en s'essorant les cheveux rapidement : - Je ne dirige pas un dortoir contrairement à ce que vous semblez croire. - Je ne suis pas sûre de comprendre... - Combien de fois j'ai du vous faire la remarque quand je vous trouve affalée sur votre bureau? Ils entrent dans le bureau : - Je sais et je suis sincèrement désolée... Je vous promets que ça n'arrivera plus. - Ecoutez, Kane. Jusqu'ici je pense avoir été plus que patient. Je vous ai payé toutes vos heures passées ici malgré le fait que ce bureau vous servait de hamac pour votre sieste. Kane baisse la tête, un peu honteuse et tente de s'en sortir par l'humour comme souvent : - J'aurais plutôt dit un transat... - Je connais votre situation et j'en suis désolé pour vous et votre frère mais je ne peux pas vous garder. - Quoi... s'insurge Kane, choquée - J'ai des demandes tout le temps, dans ce placard il y a toute une pile de CV qui attendent depuis des semaines. Kane reste là, sans rien dire. "Je suis désolé." Kane, encore toute ruisselante de pluie, s'efforce de ne pas pleurer bien que ce ne serait pas très visible dans son état. Elle regarde vaguement le bureau autour d'elle en s'arrêtant sur le fameux placard qui devrait contenir les CV. Puis elle regarde M. Sanders droit dans les yeux. - Merci de m'avoir donné une chance... Elle sort du bureau sans qu'il ait le temps de répondre et jette un oeil à son ancien poste avant de sortir alors que la pluie s'est arrêté. Encore un coup dur. Un de plus. Arrivée 15h54, départ 16h00. Voilà un boulot vite fait. On dit que la roue tourne. Kane le sait, elle l'espère. Mais il y a des jours comme ça où la roue doit être solidement bloquée. Il n'est que 16h, Kane prend son service au St James Coffee à 18h habituellement. 2 heures à tuer? Sûrement pas. Kane n'est pas de ceux qui rechignent à faire des heures supplémentaires. Bien au contraire. Mais voilà, maintenant elle n'a plus de voiture. Les bus ne vont pas partout et les arrêts dans les quartiers chauds se font de plus en plus rare. En quelques années, le Sud-Est de la ville est devenu une sorte de "mini Bronx". Pourtant, on relève peu ou pas d'arrestation qui s'explique par peu ou pas de patrouille de police qui surveille les quartiers ayant un minimum de valeur. L'arrêt le plus proche de St James est de l'autre côté de Peterkin Park. Un parc pour enfants de l'ouverture à 9h30 à la fermeture anticipée sur les coups de 18h30 quand les individus louches viennent l'investir pour des raisons diverses mais principalement comme lieu de réunion en plein air. De grands enfants. De grands enfants armés. Kane préfère longer le parc bien qu'il soit encore relativement sûr à cette heure-ci. C'est l'hiver et les enfants du quartier ne sont pas autorisés à traîner au parc par leurs parents. Kane apprécierait beaucoup ce protectionnisme mais il y a bien longtemps qu'elle n'y a pas eu droit. Les "voyous" du coin ne sont pas très doués pour le graffitis au vu des oeuvres misérables qui habillent les murs de certains bâtiments. Dans le coin, on semble préférer la gravure : sur pierre, sur bois, même les plaques d'affichages métalliques y ont droit. Sans en comprendre la raison, Kane a toujours été inspirée par ses formes sculptées. A croire qu'elle est sensible au charme des artistes locaux. Peut-être le fait qu'elle habite dans la zone frontière entre le quartier et le Nord de la ville la sensibilise de manière générale aux problèmes d'Amityville. Elle rejoint enfin le quartier sombre. Vraiment sombre, même en plein jour. Un vrai labyrinthe de ruelles et de petites allées parfois à peine larges pour une personne seule. Kane ne connaît pas le coin par coeur. Elle sait se rendre à la station service et à l'arrêt de bus. Rien de plus. Rien de moins. Kane entre alors au St James Coffee comme n'importe quelle cliente. Une serveuse légèrement plus âgée qu'elle va l'accueillir : - Bonjour mademoiselle, bienvenue au St James Coffee. - Euh... Merci. - Fumeur, Non Fumeur? demande la jeune femme d'un ton enjoué - En fait... Je travaille ici. - Oh... Oh. OK. Alors bienvenue quand même... - Kane, répond-t-elle à la question implicite de la jeune femme. - Moi c'est Sam... Euh, Samantha hein. Pas Samuel, ajoute-t-elle en riant Un client cherche la serveuse des yeux et la siffle brusquement : - Oh, et mon steak? T'es en train de me le mouler à la louche ou quoi? - J'arrive, répond Sam - Tu es de l'équipe de jour, demande Kane - Oui, enfin "équipe" c'est vite dit... Elle va chercher la commande au bar où Mme Hunch se démène pour servir la huitaine de clients : - Madame Hunch, je peux prendre mon service tout de suite, demande Kane pleine d'espoir - Quoi, tu dois partir plus tôt ce soir? demande Mme Hunch, pas tellement ravie à cette idée - Non, non. Je reste comme d'habitude. - Va vite te changer alors. Kane disparaît dans la cuisine pendant que Sam sert des clients dont les profils ne s'éloignent pas souvent des vieux vicelards du coin, des routiers en pause casse-croûte et autres personnages hauts en couleurs qu'on ne trouve que dans ce quartier. Un peu plus tard, Kane est en tenu, son chignon fait et son maquillage vieillissant appliqué. Elle ramène quelques assiettes en cuisine alors que Sam boucle ses affaires : - Dommage on aura pas eu beaucoup le temps de discuter, s'exclame Sam - Une autre fois peut-être, répond Kane, un peu absente Elle retourne vers les clients en sortant son bloc notes. Elle ne peut s'empêcher de bâiller puis se rend vers une table quand elle découvre que le client n'est autre que Jun, son camarade de classe : - Qu'est-ce que tu fais là? demande-t-elle sur un ton inquiet - Oh tu ne vas pas t'imaginer des choses. J'ai entendu dire que tu travaillais là. - Qui sait que je travaille ici? - Des gens qui t'ont vu arriver en passant en voiture, sûrement. - Et donc, tu as voulu jeter un oeil et rigoler un bon coup? - Je me suis dis que je pourrais passer avec quelques potes. Kane se tourne vers les sièges vides autour de Jun : - Pote imaginaire numéro 1, pote imaginaire numéro 2, bonjour. Qu'est-ce que je vous sert? Elle revient sur Jun : Ou bien tu préfères commander d'abord? - Ha ha, répond Jun, l'air cynique. Je vais pas m'attarder, je crois. Un Coca? Elle part vers le bar pour chercher sa commande. Les heures défilent et la nuit arrive rapidement. Kane est déjà bien épuisée par son service quand elle repère trois hommes à une table. Les derniers clients, avec Earnie bien sûr, toujours assis au fond. Ils discutent de la difficulté de trouver des modèles "de nos jours". Après être passée plusieurs fois près de la table elle aura saisi les mots "objectifs", "pose" et "éclairage". Suffisamment pour en déduire qu'ils étaient photographes. Kane a bien appris a ne pas laisser filer une occasion quand elle se présente à elle. Elle va donc les voir à leur table : - Vous prendrez un café? - Euh... Ouais, allez. Irish coffe pour moi, dit l'un - Ouais, tiens bah pareil, dit l'autre - Juste un expresson, pour moi, dit le dernier Elle fait semblant de noter, comme si elle en avait besoin. Mais le boulot de serveuse fait beaucoup travailler la mémoire, un atout pour les examens. Elle note pour prendre son temps et engager la conversation innocemment : - Alors, j'ai cru comprendre que vous faisiez de la photo. - Ouais, ouais, pour un site, répond l'un - T'as quel âge? demande l'autre - Euh... A votre avis? relance Kane en espérant que le maquillage fera illusion une fois de plus - Non, non. On fait attention maintenant. On joue plus aux devinettes, répond le troisième - 18 ans, bien sûr - OK, ça pourrait le faire, dit le premier gars en sortant une carte de sa poche pour la donner à Kane. Elle lit la carte disant "Blow Jobs.com". Elle ravale aussitôt son sourire et puise dans ses dernières ressources pour le retrouver : - Un site porno, c'est ça? - C'est là qu'est l'argent, répond l'un des gars - Je vais vous chercher vos commandes. Elle donne la petite feuille de son carnet à Mme Hunch qui ne peut s'empêcher de sourire à cette petite scène habituelle pour elle. Elle lui donne l'assiette d'Earnie : - Je pensais que tu les connaissais, dit Mme Hunch, amusée. - Ils doivent venir de jour, maintenant je ferais plus attention, dit-elle en essayant de rester optimiste Elle part avec l'assiette pour l'apporter à Earnie qui se bourre de mie de pain depuis un moment : - Désolée, Earnie. Voilà votre assiette. Je t'ai entendu parler à ces gars... - Ouais, je dois prendre les commandes vous vous souvenez. C'est mon boulot. - Je sais que tu t'occupes de ton petit frère et que ça demande beaucoup de responsabilité quand une vie dépends de soi. - Si je comprends bien, vous m'attrapez par le bras pour me sortir un peu de philosophie de comptoir? - Ecoute, tu sais que je dirige un garage. - Oui, à ce sujet justement. Je me suis toujours demandé comment vous pouviez faire des bénéfices en passant toutes vos nuits ici, demande Kane, perplexe - Ha! Je délègue, petite. Mon neveu Rico. Il s'occupe de tout, aucun problème. Si tu cherches un petit boulot je peux peut-être aider, non? Kane réfléchit une seconde. C'est trop beau pour être vrai... Une seconde lui suffit à se souvenir que même si c'est vrai, elle n'y connaît absolument rien en mécanique : - Je n'y connais rien, vous savez. - Ah, ça s'apprend. C'est comme tout, s'exclame le vieux Earnie. - Alors vous m'offrez une place? - Bon, bon. C'est rien d'extraordinaire hein. Les pourboires sont rares et il faut aimer se salir un peu les mains. Je te laisse la semaine pour réfléchir. Kane commence à repartir vers le bar puis s'arrête en se retournant vers Earnie, presque les larmes aux yeux : - Merci, Earnie... Comme quoi le destin, si destin il y a, peut réserver de belles surprises. Un de perdu... Bon, peut-être pas dix de retrouvés mais quand même. La soirée finit bien mieux qu'elle n'avait commencé. Méfiance, Kane. Pour chaque bonne nouvelle, il y a deux problèmes en promo. A suivre..._________________  |
|  | | Peter Administrateur

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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 8 Avr à 23:45 | |
| Tout de suite, la suite : ________New Eden________ La soirée est calme. Le froid aura convaincu les traînards habituels de rentrer chez eux plus tôt. Madame Hunch libère Kane à minuit ; elle pourra très bien s'occuper d'Earnie toute seule. On les suspecte d'ailleurs parfois d'avoir une liaison. Comme tout le monde, Kane a entendu des rumeurs. Mais c'est bien le dernier de ses soucis aujourd'hui. Elle quitte son service et va se planter à l'arrêt de bus. Pas moyen de s'asseoir, un clochard a établi son lit de camp sur le banc de l'arrêt. Elle reste debout, adossée à la paroi de l'arrêt, les mains fourrées dans les poches pour se réchauffer. A travers les barreaux surplombant les murs de Peterkin Park, elle parvient à apercevoir les silhouettes des habitués des nocturnes du parc. Elle les voit s'agiter, parler fort et éclater de rire sans raison apparente. Ca ressemblerait presque à une petite fête de lycéens. Ces fêtes auxquelles elle se rendait souvent avec ces gens qu'elle pensait être ses amis. A l'époque, Jun était déjà de la partie et il ne manquait jamais une occasion de l'embêter. Après la mort de ses parents et son séjour à l'hôpital, Kane ne voyait plus personne. A y regarder de plus près, il n'y aura que Jun qui n'aura pas changé de comportement envers elle. La haine est un sentiment. L'indifférence n'en est pas un. Elle n'a pas vraiment eu le choix et sa situation l'a forcé à se blinder. Maintenant elle se contente de venir en cours et de se défendre si on l'attaque ; si on ne lui adresse pas la parole, elle repartira comme elle est venue. Après un court trajet en bus, qu'elle n'aurait jamais osé tenter à pieds, elle arrivée à son immeuble : la résidence New Eden. L'endroit n'a pourtant rien du Jardin d'Eden. Le dit "jardin" ne représente qu'un espace de terre dégarni au milieu duquel est comme planté une tour de 12 étages aux façades noirâtres usées par les intempéries. A côté de l'entrée principal, un panneau "Welcome" aura subi le vandalisme des quelques graffeurs du coin accueillant ainsi les habitants par un "Hell Comes" (L'Enfer Arrive). Les habitants ne font même plus attention en rentrant mais Kane ne manque jamais de le fixer en entrant. Comme si ne pas lui porter d'attention pourrait lui porter malheur. Elle n'en aurait vraiment pas besoin pour l'instant. En arrivant chez elle, elle trouve la concierge qui se prépare à partir. Son aide est plus que précieuse pour Kane. Elle garde son bébé toute la journée et lui demande une contrepartie ridicule de 5 dollars connaissant les difficultés financières de la jeune fille. La concierge est une vieille femme seule qui a travaillé dans une maternelle il y a quelques décennies de ça. - Vous rentre tôt, remarque la concierge - Oui, il n'y a pas beaucoup de clients ces temps-ci. - Bon, je vais vous laisser alors, dit-elle en rangeant ses magazines dans son sac. - Merci beaucoup. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous. - Et c'est bien ça le problème. Kane baisse la tête, une leçon de morale lui arrive droit dessus : Tu ne peux pas t'occuper de ton petit frère comme ça. Il a besoin d'une vraie famille. De parents, comme tous les enfants. - Je ne vais pas le placer en pension. Et même si je le voulais je n'en aurais pas les moyens. La concierge grimace en signe de compassion quand elle sort une lettre de son sac : - Ton courrier. Kane lit le verso de la lettre : - La protection de l'enfance? - Je suis désolée pour toi, mais... Ca devait finir par arriver. Kane ouvre rapidement l'enveloppe : Ils sauront mieux s'occuper de lui. Ce sont des spécialistes. - Une "SPA pour bébés", oui! lance Kane en parcourant rapidement la lettre. La concierge la laisse lire et se dirige vers la porte : - Pense au petit. Tu es sûre qu'il ne manque de rien? Kane ne répond pas, elle relit chaque mot de la lettre deux fois pour être sûre que ce n'est pas un cauchemar. La concierge sort sans bruit, laissant la jeune fille seule dans sa tristesse. La lettre l'informe qu'un rendez-vous a été pris d'office avec elle et les services de protection de l'enfance. Elle est convaincue d'une chose, ce genre de lettre n'est envoyée que sur dénonciation. Qui a bien pu faire ça ? Le lendemain matin, alors que le soleil tente vainement une percée à travers la masse compacte de nuages blancs, les élèves se rendent à un cours de littérature exceptionnellement à la bibliothèque de Monseigneur Mulligan. Kane arrive dans le bus municipal, n'ayant pas pris l'abonnement aux Bus Scolaires pour la bonne et simple raison qu'elle avait encore une voiture la veille. Kane s'installe vers le fond de la bibliothèque dont les tables ont été aménagées de manière à y donner un cours. Une élève est assise de travers à la table devant Kane. Elle lit le journal du lycée. Et qui dit lycée ultra conservateur dit journal officiel ultra conservateur. Le Prophète ; un nom qui colle parfaitement au contenu. Un journal moralisateur à souhait que Kane se souvient avoir lu quelques fois à l'époque. Lu par la quasi totalité des élèves et du corps enseignant, le tirage est tellement important qu'il est distribué en ville, gratuitement et payant à l'église qui vous appelle cette "vente" un "don" pour que vous puissiez vous sentir un peu moins victime de l'arnaque. La prof de littérature est debout devant les élèves, adossée au comptoir de l'accueil. Elle discute avec Monseigneur Mulligan : - Allez, allez, un peu de silence les enfants, dit Mme Watson en essayant vainement de se faire obéir - S'il vous plaît, votre professeur vous a demandé le silence il me semble, ajoute Mulligan Le silence se fait progressivement : - Merci, Monseigneur. Bienvenue, à la bibliothèque. Je ne sais que la plupart d'entre vous sont déjà venus à leur arrivée à St John mais très peu y sont retournés depuis. - Sans déconner? On nous espionne? chuchote un élève à son pote en plaisantant - Aujourd'hui, Monseigneur Mulligan nous fait l'honneur de nous ouvrir les portes de sa bibliothèque pour notre cours de littérature. Les élèves se mettent brusquement à applaudir comme des automates ce qui tire Kane de sa rêverie éveillée. Elle suit le mouvement sans savoir ce qu'elle acclame. - Et bien, je vous souhaite de bien travailler et de vous cultiver car c'est très important. Mais la culture c'est d'abord le désir d'apprendre et le plaisir de lire. Bon courage et Dieu vous garde. Monseigneur Mulligan quitte la bibliothèque sous les applaudissements. - Bien... Mettons nous au travail, alors, propose Mme Watson enjouée L'élève devant Kane remarque qu'elle fixe le journal par dessus son épaule : - Tu veux le lire? demande l'élève - Euh non merci. Désolée... répond Kane, un peu gênée - Vas-y. Y a rien d'intéressant, dit-elle en lui tendant le journal - Merci. Kane est du genre à suivre les cours mais le cours de littérature est bien trop limité à son goût. La bibliothèque est trop limitée. Seulement des bouquins théoriques qui ne heurtent pas la foi chrétienne et un minimum de romans limite mormons. Officiellement, le programme d'éducation de l'état de New York reconnaît la théorie de l'évolution de Darwin comme seule explication de l'origine des espèces. Mais plus officieusement, chaque cours de biologie et d'histoire à St John est l'occasion de proposer la version créationniste des choses en affirmant qu'il existe des preuves historiques que Dieu est à l'origine de tout. Avant de fréquenter la bibliothèque de la ville, Kane n'avait aucun problème à accepter cette version. Mais aujourd'hui, le fait d'être mise à l'écart lui donne enfin une vision extérieure des choses. Alors que les élèves s'agitent pour participer aux activités de recherches pour savoir comment trouver un livre à la bibliothèque, Kane se plonge dans la lecture du Prophète pour se divertir des divagations des auteurs sous influence. Le journal couvre des événements sur toute la ville comme aujourd'hui, l'arrestation d'un coupable de vol avec délit de fuite par le sheriff Wratz. A sa grande surprise, Kane reconnaît une jeune fille du lycée sur la photo du sheriff au commissariat. La jeune fille qui se plaignait de son "tas de boue" la veille aurait été arrêtée le même jour? Kane sourit, le sort ne s'acharne pas que sur elle après tout. - Kane, vous venez choisir un livre sur la liste? demande Mme Watson, sans une once d'autorité dans la voix - Oui, excusez moi mais... J'étais passionnée par la lecture de ce magnifique exemple de liberté de la presse, répond Kane, sarcastique Elle pose le journal et se dirige vers l'accueil et trouve un des derniers livres non barrés de la liste : - "Approches et Interprétations de l'Ancien Testament"? Ouah, ça va être génial, dit Kane, cynique face à Mme Watson qui voit cette réaction comme sincère Kane se lance dans les rayons, à la recherche du bouquin alors que tous les autres semblent perdus : - Quand vous aurez trouver votre livre vous retournez à votre place et vous attendez que les autres aient fini, annonce Mme Watson Kane ressort aussitôt des rayons, son livre sous le bras et retourne à sa place pour réfléchir au calme quand elle a la surprise de voir arriver Jun qui n'a pas cours de littérature avec elle. Elle l'observe, intriguée, alors qu'il se dirige vers Mme Watson, un papier à la main. Ils échangent quelques mots et Mme Watson se tourne vers Kane : - Kane. Tu as déjà trouvée ton livre? - Oui... Euh, oui, oui. Je l'ai là, répond-t-elle, un peu hébété - Le principal Lace veut te voir. - Ah... Bien sûr. Kane se lève en prenant son sac, ravie de pouvoir quitter le cours le plus ennuyeux de tous. Son seul regret étant que Jun doit l'accompagner jusqu'au bureau du principal. La raison de la convocation l'inquiète bien moins. A la guerre comme dans les relations sociales, la meilleure défense reste encore l'attaque. Jun va attaquer, Kane en est convaincue mais elle ignore encore quand. Alors pour éviter tout effet de surprise : - Alors, tu es devenu le nouvel homme de main de notre principal adoré? demande Kane, le sourire aux lèvres - On t'a pas dit? Je suis rabatteur maintenant. Je lui ramène des filles pour son petit commerce. T'as pile le profil d'une gagneuse, répond Jun sur le même ton - Sérieusement. Tu ne devrais pas avoir un cours à cette heure-ci? - Le père Joseph m'a attrapé à l'entrée. Je suis convoqué et il m'a demandé d'aller te chercher aussi, répond Jun alors qu'ils arrivent devant le bureau du principal - Quoi? Toi aussi tu es convoqué? demande Kane, surprise Jun tape à la porte sans répondre et ouvre : - Ah Jun, Kane, installez-vous... J'ai commencé par dire "Jun" mais n'y voyez aucun sexisme, hein. Je suis contre la mysogynie, vous le savez, se défend le principal alors qu'on ne lui a rien demandé. Jun et Kane s'installent dans les confortables chaises face au bureau du principal Walter D. Lace, tel qu'écrit sur une plaque en lettres dorées sur le bord de son bureau. - Est-ce qu'il y a un problème? demande Jun, à peine inquiet - Oui. Oui, il y en a un en effet. Je vais m'adresser à Kane, par galanterie bien sûr. - Je vous écoute... enchaîne Kane, hésitante - Hier vous avez quitté le lycée peu de temps après la cantine et vous avez, pour ainsi dire, "sécher" l'heure de prière. - Monseigneur Mulligan a dit que ce n'était pas grave... répond Kane avant d'être coupée par le principal : - Monseigneur Mulligan est un membre honorable et tout à fait respectable de notre institution. Mais il ne s'occupe pas des affaires d'absences et de retards. En tant que principal, je m'occupe de ces choses. Comme vous le voyez, je suis principal, dit-il en saisissant la plaquette sur laquelle sont inscrits son titre et son nom Vous voyez? Il est écrit "PRIN-CI-PAL Walter D. Lace". Je suis donc le "principal" responsable de cet établissement. Kane et Jun soupirent chacun de leur côté en levant les yeux au ciel : - Qu'est-ce qui vous fait croire que nous n'étions pas là, sagement dans un coin? demande Kane - Oui, ça aurait pu marcher mademoiselle. Mais vous avez été dénoncés peu après votre départ. On vous a vu - Quoi? La délation existe encore? Je croyais que c'était fini depuis l'Holocauste, plaisante Jun - Bon. Alors où voulez-vous en venir? Est-ce qu'on est punis? demande Kane - Bien sûr. Bien sûr! Je ne fais que respecter les règles, vous le savez hein? Alors vous passerez une heure en salle de prière, aujourd'hui après les cours... - Impossible, coupe Kane. Je dois travailler. - Alors demain... Et c'est ma dernière offre, annonce le principal - Allez. Moi ça me va, enchaîne Jun - Bien, retournez à vos cours rapidement maintenant, conclue le principal Kane et Jun se lèvent rapidement et quittent le bureau. ... _________________ 
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 | Sujet: Re: Histoires Courtes pour lecture rapide Dim 8 Avr à 23:46 | |
| ...- Tu t'es encore fait des ennemis ou quoi? demande Jun dans le couloir - Pourquoi tu dis ça? Ce n'est pas un de tes "potes" qui nous a dénoncé? répond Kane - Non, mes "potes" comme tu dis en aurait fait autant s'ils avaient voulu. Comme toi, ça fait des semaines qu'ils sont pas passés à la prière. Kane réfléchit une seconde, surprise par le fait que Jun ait remarqué ses absences répétées. Elle qui pensait être invisible une fois passées les portes du lycée. "J'en sais rien mais à part moi et mes potes y a bien les gars de la fourrière qui t'ont vu. Mais je pense pas qu'ils en aient quelque chose à faire." - Ouais, je crois pas non plus... répond Kane, pensive - Bon, on se voit demain comme prévu mon amour, lance Jun en riant - J'ai hâte d'y être répond, Kane, cynique Jun s'éloigne tranquillement, comme s'il n'avait aucun problème. Ou plutôt qu'il partageait son problème et ainsi sa responsabilité dans cette histoire. Kane arpente les couloirs vides le plus lentement possible pour éviter son cours de littérature à la bibliothèque. Elle s'arrête au milieu d'un couloir face à un des nombreux panneaux "d'affichage libre", ce qui au lycée signifie "Hautement Contrôlé". De la morale et du jugement, voilà tout ce qu'on trouve sur ce tableau qui annonce quelques rassemblements gospel et autres soirées sans alcool ou des marques diverses écoulent leurs stocks d'invendus sous couvert de participer gratuitement à l'évangélisation de la populace. En survolant ces annonces et ces psaumes agrafés sur le panneau de liège, Kane en vient à penser au calvaire qu'elle a vécu après qu'on lui ait annoncé sa grossesse. Kane était certaine d'être encore vierge à ce moment-là. Mais après un examen anonyme dans un hôpital de la ville voisine, elle a appris la nouvelle. Elle s'était déjà installée à New Eden avec le maigre fond de pension de ses parents. Lors des premiers jours de sa grossesse, et après qu'elle en ait eu connaissance, Kane avait désespérément besoin d'en parler mais elle savait que c'était la dernière chose à faire. Dans l'environnement dans lequel elle évoluait et évolue toujours, sa vie serait devenue tout simplement invivable et elle n'y aurait probablement pas survécu en trouvant la seule issue restante. Pour répondre à ses questions, Kane se mit à appeler un numéro vert affiché sur un de ses panneaux. Une soi-disant, ligne d'aide et d'écoute aux adolescentes enceintes où l'identité de l'appelant reste protégée. Un numéro anonyme, la seule solution au final. Kane se souvient que, alors qu'elle cherchait un moyen d'empêcher cette naissance qu'elle comprenait issue d'un viol, les opératrices tentaient de lui faire comprendre la beauté de l'acte. Mettre au monde. Donner la vie. Elle avait beau expliquer tous les détails mis à part les noms et les lieux, Kane se sentait coupable de penser à l'avortement. Ainsi, le travail des opératrices ne fut que plus simple en lui expliquant comment appréhender l'accouchement et à sortir cette idée meurtrière qu'on appelle "l'avortement". Ces conseils, ultra conservateur l'ont amené à accoucher dans un hôpital dans l'état voisin du New Jersey. Est-ce que Kane regrette d'avoir gardé Jun? Non, sûrement pas. Mais il lui arrive de penser que sa vie aurait peut-être été plus facile si, comme la plupart des lycéens, elle n'avait eu qu'à s'occuper d'elle. Elle se remet en marche, en repensant à tout ça. La sonnerie retentit enfin. Enfin la pause du matin. Comme à son habitude à cette heure-ci, Kane se rend de l'autre côté de la rue pour lire les petites annonces sur les vitrines des petits commerçants. C'est de cette manière qu'elle avait trouvée la quasi-totalité de ces jobs pendant ces deux ans. Mais alors qu'elle traverse le parking, elle reconnaît la voiture de la petite garce qui se plaignait de la voiture de Kane, à cette époque bénie où elle en avait une, garée sur une place handicapée juste à côté d'une place normale et libre en plus de ça. Kane se met soudain à faire un rapprochement étrange entre sa punition pour avoir sécher l'heure de prière et la jeune fille alors elle se dirige vers le bureau près de l'accueil, celui du responsable du parking : - Excusez-moi Le responsable du parking est en train de faire un Sudoku en écoutant la radio. Il baisse le son, en voyant Kane devant la vitre du guichet : - Ouais? - Je crois qu'il y a un petit problème sur le parking. Une voiture sur une place handicapée. - C'est fait pour ça, ouais, répond le responsable - La propriétaire n'est pas handicapée... Bien qu'on pourrait parfois la soupçonner de déficience mentale. Elle n'a pas de handicap. - Bon. Z'avez la plaque? - 813 LW 00, répond Kane, de mémoire. Le responsable se met à pianoter sur le clavier de son ordinateur antique dont l'écran plat fait bonne figure : - Ah oui ? Une Corvette, bleu acier ? demande-t-il - C'est celle là, oui. Le responsable s'affale dans son siège en éteignant l'écran : - Ah je peux pas la faire enlever alors. - Pourquoi ça? - C'est la voiture de Mademoiselle Wratz ça. - Et alors... - Lacey Wratz. La gamine du Sheriff. Kane laisse échapper un rire nerveux en apprenant la nouvelle. Elle s'est fait une ennemie, et pas n'importe qui. Le genre de chose qui n'arrive qu'à elle. A suivre... ( Les prochaines parties seront plutôt mastoc dont peut-être postées en deux ou plusieurs fois comme ici) _________________  |
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